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- O Pidižilovi Velikém – Rire, rature et liberté
O Pidižilovi Velikém - ( À propos de Pidijil le Grand ) - Alois Mikulka - éd. Blok - 1970 Sous sa couverture joyeusement bariolée, O Pidižilovi Velikém ( À propos de Pidijil le Grand ) d’Alois Mikulka cache un monde où le trait s’amuse, où le mot danse, et où la logique, un peu moqueuse, s’égare avec délectation.Publié en 1970 à Brno par la maison d’édition Blok, ce livre est un véritable laboratoire de fantaisie visuelle un carnet d’expérimentations où texte et image fusionnent dans une écriture graphique à la fois naïve, grotesque, burlesque et profondément inventive. Une couverture comme manifeste trompeur Dès la première page, le ton est donné : un visage de bouffon, des lettres colorées et brinquebalantes, un texte manuscrit, corrigé, raturé... Tout évoque la spontanéité d’un dessin d’enfant assumé, travaillé, cultivé même.Mikulka s’amuse du désordre, de la maladresse, de la fausse naïveté : un chaos soigneusement organisé qui annonce la jubilation du contenu.Les couleurs débordent, les formes se déforment : joues trop grandes et trop rondes, nez trop long, bras disproportionnés, tout concourt à un joyeux dérèglement visuel. On comprend vite qu’il sera ici question d’une histoire pas tout à fait comme les autres. Un intérieur foisonnant et libre Mais surprise : à l’intérieur, les couleurs disparaissent. Place au noir et blanc, à la profusion des lignes.Les dessins débordent du cadre, envahissent le texte, les personnages bavardent dans les marges, les mots se plient et se contorsionnent. Chaque double page devient un terrain de jeu graphique une conversation entre le trait et la phrase.Ce qui semble improvisé ou gribouillé à la hâte est en réalité minutieusement pensé. Mikulka sature l’espace de signes, jusqu’à créer une densité presque tactile. Il brouille les frontières entre lecture et regard, entre récit et dessin. Il raconte comme un enfant expliquerait une blague : avec trop de détails, des digressions, des ratures, des exagérations. Ce désordre heureux est la véritable énergie du livre, un brouillon génial, comme esquissé sur un coin de table, où le manque de place devient parti pris esthétique. Le blanc se raréfie pour mieux saturer l’atmosphère. L’esprit du jeu et l’enfance retrouvée Dans une interview accordée à IBBY en 1980, Mikulka affirmait combien il est essentiel « d’intégrer le jeu dans l’activité créative » et combien il admirait « l’immédiateté des enfants ».Il se méfiait de l’art sérieux, de la perfection stérile ; il lui préférait la maladresse expressive, l’absurde joyeux, le plaisir de faire. O Pidižilovi Velikém incarne cette philosophie : un livre qui rit, qui trébuche, qui chante un peu faux mais avec grâce. On y sent la main de l’artiste s’amuser, raturer, recommencer, dans un geste de création spontanée, libre et sincère. Une esthétique de la saturation Le style de Mikulka se reconnaît à cette saturation joyeuse où texte et image s’enlacent. L’artiste refuse toute hiérarchie entre les deux : l’écriture devient graphique, le dessin devient narratif.Le résultat, à la fois parodique et poétique, détourne les codes de la littérature enfantine moralisatrice d’autrefois. Là où celle-ci prétendait enseigner, Mikulka invite à désapprendre à réapprendre à rêver, à regarder autrement le réel. Un artiste total Né en 1933 à Brno, diplômé de l’École des arts appliqués de sa ville puis de l’Académie des beaux-arts de Bratislava (1958), Alois Mikulka fut avant tout peintre et sculpteur.L’illustration, disait-il, ne représentait qu’un dixième de son œuvre. Pourtant, ses contributions à la presse enfantine ( Mateřídouška , Sluníčko , Sedmička pionýrů ) et ses livres publiés entre les années 1960 et 1980 révèlent un créateur profondément attaché à l’esprit de l’enfance : libre, curieux, insolent et sans filtre. Son trait volontairement maladroit, ses couleurs franches et ses compositions débridées font de lui un poète graphique rare, à la croisée de l’art brut et du surréalisme populaire. Un trésor d’insolence tendre O Pidižilovi Velikém est bien plus qu’un simple livre pour enfants : c’est une profession de foi dans le pouvoir du jeu.Derrière ses excentricités visuelles, Mikulka nous parle d’une chose très sérieuse celle de ne jamais cesser de s’émerveiller.Le merveilleux est là, à portée de main, dans un rire, un trait, une tache d’encre. On y entend peut-être un écho aux œuvres de Josef et Karel Čapek : ce même désir de dire le monde autrement, avec douceur, humour et un brin d’insolence.
- Do Tramtárie (1974) : une échappée poétisue et graphique
Do Tramtárie - Miroslav Válek (1927-1991) - illustrations de Miroslav Cipár (1935-2021) - éditions Albatros, 1974. Il y a des livres qui, au-delà de leur fonction première, ici divertir la jeunesse, deviennent des témoins silencieux d’une époque. Do Tramtárie , (Au pays de nulle part) publié en 1974 par les éditions Albatros, appartient à cette catégorie rare. Sous la plume poétique de Miroslav Válek (1927-1991) et le pinceau foisonnant de Miroslav Cipár (1935-2021), l’ouvrage déploie un univers à la fois naïf et sophistiqué, ancré dans une Tchécoslovaquie figée par le régime, mais toujours fertile en imaginaires. Dès la couverture, une scène intrigante s’offre au regard : un panorama urbain stylisé, composé de coupoles et de tours bariolées, évoque un Orient rêvé ou une cité impossible, surmontée d’un ciel en damiers. En bas, une automobile rouge aux allures d’entre-deux-guerres glisse vers l’ailleurs. Ce mélange d’architectures fantasques et d’objets modernes dit déjà l’essentiel : Do Tramtárie est une invitation au départ, une porte ouverte sur l’évasion. Nous sommes en 1974, dans une Tchécoslovaquie marquée par la « normalisation » qui a suivi le Printemps de Prague. La littérature jeunesse, paradoxalement, devient alors un terrain de liberté relative. Les auteurs y explorent les marges du réalisme socialiste en recourant à la fantaisie, à la poésie, au conte. Poète reconnu, Válek inscrit son texte dans cette tradition : celle d’une fuite vers l’imaginaire comme refuge, comme manière détournée de parler du monde réel. Les illustrations de Cipár sont essentielles à cette dynamique. Graphiste et peintre d’une inventivité rare, il combine motifs folkloriques, structures géométriques et aplats de couleurs vives. Ses villes aux dômes rayés et ses forêts stylisées rappellent les enluminures médiévales aussi bien que les avant-gardes modernes. Dans la double page d’ouverture, les architectures saturent l’espace, s’empilent et s’enchevêtrent dans une profusion joyeuse : une sorte de cartographie mentale de la « Tramtárie », ce pays imaginaire du lointain et de la fantaisie. Ce foisonnement visuel dialogue subtilement avec le texte de Válek. Ensemble, ils construisent un territoire poétique où l’enfant-lecteur est invité à se perdre volontairement. Les compositions graphiques de Cipár n’illustrent pas le texte au sens strict : elles le prolongent, le densifient, créant une tension heureuse entre lecture et contemplation. Aujourd’hui, Do Tramtárie conserve une fraîcheur singulière. À la fois livre d’enfance et œuvre graphique aboutie, il témoigne d’une époque où la créativité devait parfois se glisser entre les mailles du contrôle politique pour exister. Dans ce pays imaginaire de papier, Válek et Cipár ont inventé une échappatoire élégante et colorée, qui résonne encore comme un acte discret de liberté.
- Štřídá se kapitán, petite histoire d’une rencontre graphique inattendue
Štřídá se kapitán - Bohumil Říha - illustré par Miroslav Čipár - Éditions Albatros, Prague, 1982 Il y a des livres que l’on découvre par hasard, au détour d’une image glanée sur Internet, et qui finissent par nous accompagner bien plus longtemps qu’on ne l’aurait cru. Štřídá se kapitán ( C’est au tour du capitaine ) en fait partie.Ce sont d’abord ces pages de garde qui m’ont arrêté net : un crocodile vert aux écailles régulières et un hippopotame décoré de motifs végétaux, nageant côte à côte dans une eau rythmée de vagues colorées. Tout semblait à la fois enfantin et incroyablement construit. La scène est horizontale, comme un ruban d’eau stylisée qui s’étend d’une page à l’autre. Des bandes sinueuses, superposées en bleu, vert et mauve, vibrent doucement et donnent à l’ensemble un mouvement continu, presque musical. Les deux animaux, placés en diagonale légère, semblent sur le point de se croiser dans cet univers aquatique inventé. Leur dessin m’a immédiatement frappé : contours épais et nets, intérieurs foisonnants de motifs décoratifs. Le crocodile arbore ses écailles comme des bijoux ovales, l’hippopotame est recouvert d’une dentelle organique, presque florale. Les volumes sont volontairement gonflés, arrondis, comme sculptés dans une pâte souple. La gueule du crocodile s’étire dans un sourire immense ; celle de l’hippopotame devient un motif graphique à elle seule, disproportionné et joyeux. La palette chromatique, riche sans être tapageuse, renforce cette impression d’étrangeté joyeuse : bleus profonds, verts lumineux, roses et magentas éclatants, rehaussés de quelques touches blanches et jaunes. On a l’impression de feuilleter une partition visuelle — chaque ligne, chaque couleur joue sa note dans une composition vivante. Ce style si particulier porte la signature de Miroslav Čipár (1935–2022), illustrateur, peintre et graphiste slovaque. Formé à l’Académie des beaux-arts de Bratislava, il a marqué durablement l’illustration jeunesse d’Europe centrale par son trait souple, sa fantaisie maîtrisée et son goût pour les compositions ornementales. Lauréat de nombreux prix, il a su créer un univers immédiatement reconnaissable, où le décor et le récit se mêlent intimement. Feuilleter ce livre, c’est entrer dans un monde parallèle : une Europe de l’Est des années 70–80 où l’expérimentation graphique et l’illustration pour enfants se rejoignent dans des objets d’une inventivité folle. Ce n’est pas seulement une histoire que l’on lit, c’est une atmosphère dans laquelle on entre, un espace visuel où chaque page devient un lieu à explorer.
- Hra pro tvoje modré oči (1989) — Quand la poésie rencontre l’abstraction géométrique
Hra pro tvoje modré oči , Lubomír Feldek – Illustrations de Jan Kubíček – Graphisme Lumír Ševčík - Éditions Albatros, Prague, 1989. Paru en 1989 aux éditions Albatros, à Prague, Hra pro tvoje modré oči (« Jeu pour tes yeux bleus ») est un livre pour enfants singulier, à la croisée de la poésie moderne et de l’expérimentation artistique. Ce volume, fruit de la rencontre entre l’auteur slovaque Ľubomír Feldek et l’artiste tchèque Jan Kubíček , illustre à merveille la vitalité culturelle de l’Europe centrale à la fin du XXᵉ siècle. Destiné aux enfants à partir de huit ans, ce recueil rassemble des poèmes ludiques ( básně hravé ) et des contes modernes ( moderní pohádky ) traduits du slovaque par le poète Jiří Žáček, dont la verve vive et inventive épouse avec élégance la fantaisie de Feldek. Une œuvre venue de Slovaquie Avant de connaître une édition tchèque, Hra pro tvoje modré oči avait d’abord été publié en slovaque sous le titre Hra pre tvoje modré oči . Certaines éditions de l’original remontent aux années 1950, signe de la place durable de ce texte dans le patrimoine littéraire slovaque pour la jeunesse. Jan Kubíček : la géométrie au service de l’imaginaire L’originalité de cette édition réside dans les illustrations de Jan Kubíček (1927–2013) , figure majeure du constructivisme tchèque. Peintre, photographe, graphiste et affichiste, Kubíček s’est imposé comme l’un des représentants les plus radicaux de l’art concret en Europe centrale. Diplômé des Arts appliqués de Prague en 1953, il étudie ensuite la scénographie à l’Académie des arts du spectacle. Dès les années 1960, il développe un langage visuel singulier, fondé sur la rigueur géométrique, les formes épurées et une approche conceptuelle de la couleur. Dans Hra pro tvoje modré oči , Kubíček met ce vocabulaire plastique au service du monde de l’enfance. Ses images s’animent d’un rythme joyeux et d’une légèreté graphique rare : cercles, quadrillages et lignes structurées dialoguent avec des aplats colorés vifs ou pastel, tramés avec finesse. L’artiste réinvente les saisons et les paysages tchèques à travers une abstraction vibrante et saturée toujours lisible, qui laisse place à l’interprétation et au jeu. Illustrer pour éveiller Pour Kubíček, l’illustration n’est pas une simple ornementation : c’est une porte d’entrée vers la perception du monde . Ses images visent à affiner le regard de l’enfant, à développer sa sensibilité esthétique et émotionnelle, et à enrichir son rapport aux formes et aux couleurs. Il considère le livre illustré comme un espace d’expérimentation artistique capable de former les premiers repères visuels et éthiques du jeune lecteur. Les années 1980 marquent l’apogée de sa production pour la jeunesse. Il illustre alors des contes de Pouchkine, des recueils poétiques et des livres-jeux de Věra Provazníková, alternant compositions monumentales et rythmes graphiques raffinés. Un héritage moderne et vivant Découvert à travers un autre ouvrage illustré par Jan Kubíček, Broukalo si deset brouků , ce livre surprend par une modernité qui n’a rien perdu de sa fraîcheur. Son graphisme stylisé évoque, à plusieurs décennies de distance, certains albums contemporains tels que Des 10 petits insectes de Vincent Pianina (Sarbacane), preuve de l’intemporalité de son langage visuel. Aujourd’hui, les livres illustrés par Kubíček sont recherchés autant pour leur valeur artistique que pour leur importance patrimoniale. Ils témoignent d’une époque où la littérature jeunesse tchèque osait expérimenter et affirmer une esthétique singulière, souvent dans un contexte où les artistes, contraints par la censure, trouvaient dans l’illustration un espace de liberté relative tout en répondant à la nécessité de vivre de leur art. Hra pro tvoje modré oči n’est pas seulement un livre pour enfants : c’est une rencontre rare entre poésie, abstraction et design éditorial, un témoignage précieux de la créativité tchèque des années 1980. Par une géométrie conceptuelle et une abstraction structurelle maîtrisées, Jan Kubíček invente une « abstraction saturée » où l’architecture des formes et la vivacité des couleurs insufflent une joie profonde à chaque page. Par son élégance graphique et son inventivité poétique, l’ouvrage mérite pleinement sa place parmi les pépites méconnues de la littérature jeunesse européenne. Dans la foulée de l’année 1989, tournant politique et culturel majeur en Tchécoslovaquie, Jan Kubíček s’éloigne progressivement de l’illustration pour se recentrer sur son médium premier : la peinture, ainsi que sur la photographie, le graphisme et la création d’objets. La fin de la censure et le retour à la liberté artistique permettent à de nombreux artistes, dont Kubíček, de renouer avec leurs formes d’expression fondamentales. Ce recentrage marque un retour à l’essentiel dans son parcours : l’illustration jeunesse, bien que brillante et innovante, devient alors un chapitre parmi d’autres d’une œuvre artistique vaste et profondément cohérente.
- Strakatý máslo (1964) — Folklore tchèque et graphisme moderne : une rencontre exemplaire
Strakatý máslo Josef Štefan Kubín, illustrations et graphisme de Zdeněk Seydl, éditions Československý spisovatel, Prague, 1964. Le livre Strakatý máslo est l’un de ces ouvrages qui, derrière une apparente simplicité, cristallisent plusieurs dimensions importantes de la culture tchèque : le folklore populaire, la transmission littéraire, et l’attention remarquable portée au graphisme dans l’édition tchécoslovaque des années 1960. Son titre, que l’on pourrait traduire littéralement par « Beurre moucheté » ou « Beurre bariolé », est avant tout une métaphore. Il évoque une collection variée, colorée et vivante de récits populaires , un peu comme un tissu aux motifs multiples ou une tapisserie composée de fragments d’histoires. Ce recueil publié en 1964 réunit contes, anecdotes humoristiques, “ poudačky” (petits récits moraux) et histoires rurales issues de la tradition orale. C’est aussi un livre qui, au-delà de son contenu littéraire, témoigne d’un moment éditorial et culturel très riche. Un projet éditorial commémoratif La publication de Strakatý máslo intervient à un moment particulier : en 1964, Josef Štefan Kubín a presque cent ans. Cette édition est conçue comme un hommage à sa carrière et à son rôle essentiel dans la transmission des traditions populaires tchèques. Le livre paraît aux éditions Československý spisovatel, maison centrale dans la vie culturelle tchécoslovaque, connue pour la qualité de ses ouvrages littéraires et graphiques. Mais aussi maison d’édition d’état qui sert le pouvoir communiste. Ce projet commémoratif n’est pas seulement une célébration personnelle. Il illustre aussi une politique culturelle propre aux années 1960 : valoriser le patrimoine populaire dans un cadre éditorial soigné et accessible à un large public adultes comme enfants. Josef Štefan Kubín, passeur de voix populaires (1864–1965) Josef Štefan Kubín est une figure importante, parfois méconnue hors de Tchéquie. Né en 1864, il consacre sa vie à la collecte et la transmission du folklore tchèque : contes, légendes, chansons, proverbes, dialectes régionaux. Il parcourt la Bohême et la Moravie, notant avec soin la langue parlée, les tournures locales, les histoires transmises oralement depuis des générations. Kubín n’est pas seulement un collecteur : il est aussi un écrivain, attentif au style, au rythme et à l’authenticité du “parler vrai” du peuple. Il exerce comme professeur de langues (tchèque, français, allemand) et ne devient un auteur de contes publié que tardivement. À partir du milieu du XXᵉ siècle, ses livres pour enfants et ses recueils folkloriques connaissent un vrai succès. En 1964, l’année de parution de Strakatý máslo , il reçoit le titre de Národní umělec (Artiste national), reconnaissance officielle de son œuvre et de sa contribution à la culture tchèque. Il meurt un an plus tard, en 1965. Zdenek Seydl, le graphisme au service du folklore Le livre doit aussi beaucoup à Zdeněk Seydl (1916–1978), graphiste, typographe, illustrateur et scénographe tchèque. Seydl a été formé à l’école d’arts graphiques de Prague et à l’UMPRUM, dans la classe du grand František Kysela. Son style est immédiatement reconnaissable : stylisation décorative, liberté expressive, traits affirmés, goût pour l’ornementation et la composition. Il n’illustre pas simplement : il conçoit l’objet-livre dans son ensemble : couverture, typographie, mise en page, rapports texte-image. Pendant des décennies, Seydl travaille étroitement avec Československý spisovatel, contribuant à définir l’identité visuelle d’une grande partie de la production éditoriale tchèque. Ses livres sont souvent considérés comme des objets esthétiques autant que des supports littéraires. Dans Strakatý máslo , Seydl réussit un équilibre remarquable : Il accompagne le ton chaleureux et populaire des récits de Kubín. Il introduit une dimension visuelle moderne, typique des années 1960, sans trahir la simplicité folklorique. Il soigne la typographie, la mise en page et la structure pour créer une lecture rythmée, vivante et élégante. Le résultat est un livre où texte et image dialoguent véritablement, et non pas une simple illustration d’accompagnement. Un livre jeunesse… mais pas seulement Bien que publié dans une collection qui n’est pas destinée à la jeunesse, Strakatý máslo s’adresse en réalité à tous les publics amateurs de contes populaires dont les enfants. Le volume compte environ 176 à 184 pages et comporte plusieurs planches en couleur. Le style des récits alterne entre l’humour léger, la sagesse populaire, la chronique villageoise et de petites histoires morales. Ce mélange donne au livre une tonalité chaleureuse, souvent drôle, toujours enracinée dans la vie quotidienne rurale. Pour le lecteur contemporain, le livre possède un double intérêt : Documentaire, car il conserve des formes narratives populaires aujourd’hui en partie disparues. Esthétique, car il témoigne d’un savoir-faire éditorial et graphique très abouti, typique de la Tchécoslovaquie des années 60. Folklore et culture officielle dans les années 1960 La publication de ce type de recueil n’est pas anodine. Dans la Tchécoslovaquie communiste, la culture populaire est à la fois valorisée comme identité nationale et parfois instrumentalisée à des fins idéologiques. Mettre en avant les contes traditionnels, la ruralité et la sagesse populaire permet de construire une narration culturelle cohérente avec certains objectifs politiques tout en répondant à une vraie attente du public. Strakatý máslo témoigne ainsi d’un moment particulier : celui où la culture folklorique, loin d’être marginalisée, bénéficie d’un véritable investissement éditorial et artistique. Une rencontre rare entre oralité, écriture et graphisme À travers ce livre, trois dimensions se rencontrent : La parole populaire, collectée et transmise par Kubín, le travail d’écriture littéraire, fidèle et vivant et la mise en forme graphique moderne, grâce à Seydl. Strakatý máslo n’est pas seulement un recueil de contes : c’est un objet éditorial soigneusement pensé, à la croisée de la tradition orale et de la modernité artistique des années 60. Il rappelle combien la littérature jeunesse tchèque a su être ambitieuse, à la fois dans le fond et dans la forme.
- Josef Čapek a kniha
Josef Čapek a kniha (Josef Čapek et le livre), graphisme Zdenek Seydl, éditions Československých výtvarných umělců, 1958. Il est des artistes vers lesquels je reviens sans cesse, presque malgré moi. Josef Čapek fait partie de ceux-là. Même si je m’éloigne parfois de mon domaine de recherche, je suis invariablement ramenée à lui, à sa personnalité et à son œuvre. Car Josef Čapek, dans son rapport au livre, éclaire avec force l’entre-deux-guerres tchécoslovaque, moment où politique et art s’entrelacent intimement. Le livre devient alors un lieu de dissidence, d’affirmation nationale, par le choix de la langue tchèque et par sa diffusion sous cette forme tangible et populaire. Dès le début du XXe siècle, une question essentielle s’imposait : qu’est-ce qu’un beau livre ? Josef Čapek a tenté d’y répondre, non par la théorie, mais par l’exemple, par ses couvertures, 184 au total, réalisées entre 1920 et 1938, rassemblées dans cet ouvrage à partir de la collection de Vladimír Thiele. Il est difficile de parler de Josef Čapek sans être émue, presque subjuguée. Peintre, dessinateur, illustrateur, caricaturiste, scénographe et graphiste, il est de ces artistes qui abolissent les frontières entre disciplines. Dans ses couvertures, il transpose la tension de ses peintures, y applique une concision moderne, et redéfinit le « beau livre » au-delà du seul regard du bibliophile. Il voyait dans le livre à la fois une source de contemplation et un objet de première nécessité : « emprunter le chemin le plus court possible vers le raccourci le plus concis et le plus complet pour dessiner le visage du livre ». La technique qu’il affectionnait particulièrement pour ses couvertures était la linogravure. Choix à la fois économique et pratique (difficulté financère d’après-guerre et les caractères typographiques tchèques avec accents étant encore rares), mais qui lui offrait une liberté d’expression particulière. Sobre, lisse, géométrique dans un premier temps, son style évolue, dès 1928, vers des couleurs plus vibrantes, une orchestration plus dramatique. Mais toujours, il recherche une solution simple, équilibrée, où l’ingéniosité s’efface derrière l’impersonnalité apparente de la composition. Quatre grands chemins 2 se dégagent dans son travail graphique : · Le rythme typographique : titres et noms d’auteurs deviennent matière plastique, dynamisés par la couleur, les lignes, parfois même caricaturés avec humour. · La solution décorative globale : les lettres se transforment en motifs, les surfaces en figures géométriques, avec l’écho du cubisme. · Le signe condensé : l’idée du livre est réduite à un symbole graphique ou figuratif, une métaphore visuelle. · Le récit visuel : l’image s’impose directement, souvent nourrie des thèmes chers à Čapek : la nature, l’enfance, la simplicité quotidienne. Dans toutes ces approches, même la police de caractères devient décor, expression. La couleur, vive ou mélodique, s’ajuste au besoin. Ses couvertures ne décrivent pas : elles imaginent, elles suggèrent. Cette œuvre graphique témoigne d’une époque où l’art moderne, né dans la rareté et l’expérimentation, se diffuse au cœur de la vie quotidienne. Chez Josef Čapek, ce désir de servir la vie1 est manifeste : il ne distinguait jamais entre une « petite » commande et une mission prestigieuse 2 . Il mettait le même soin, la même liberté intérieure, que dans sa peinture. Il faut rappeler aussi l’engagement politique de Čapek. En 1926, il publie ses premiers dessins antifascistes, en réaction à la fondation de la Národní obec fašistická (Communauté nationale fasciste). Des illustrations percutantes, symboliques, qui marquent le début d’un journalisme graphique engagé contre la montée de l’extrême droite. La résistance, pour lui, passait aussi par le trait. On sait hélas qu’il sera arrêté, déporté et qu’il mourra en avril 1945 au camp de Bergen-Belsen. Je dois avouer que parler de lui n’est jamais simple : j’ai accumulé tant de documents, d’écrits, d’ouvrages, parfois contradictoires que je me sens à la fois riche et dépassée. Josef Čapek reste, encore aujourd’hui, dans l’ombre de son frère Karel Čapek. Et pourtant, si Karel est le grand écrivain, Josef en est l’écho visuel, le compagnon artistique, l’alter ego créatif. « Je suis un illustrateur contre mon gré 3», aimait-il dire. Mais quelle chance pour nous qu’il ait cédé à ce « contre-gré » : il a transformé le paysage graphique tchécoslovaque et donné un visage moderne au livre. 1 - Pracoval jsem mnoho - Soupis výtvarného díla Josefa Čapka II: Užitá kresba, 8smička, 2020, p25 « Première république , lorsque de nouvelles conditions de vie culturelle ont été établies. Les frères Čapek ont compris le développement de la jeune démocratie tchécoslovaque non seulement comme une nouvelle chance, mais comme une tâche personnelle pour chaque individus. Ils se sentaient responsables des conditions de la société et du niveau des événements publics » 2 – Josef Čapek a kniha, Úvodní studie, Jiří Kotalík, pqges13 et 14, Nakladatelství Československých výtvarných umělců, 1958 3-1 - Pracoval jsem mnoho - Soupis výtvarného díla Josefa Čapka II: Užitá kresba, 8smička, 2020, p57 En bref sur l’artiste : Josef Čapek (1887 – 1945) Josef Čapek, figure artistique majeure de l’entre-deux-guerres, fut à la fois peintre, illustrateur, scénographe, graphiste, critique d’art romancier, dramaturge, journaliste, . Né le 23 mars 1887 à Hronov (Bohême), il grandit dans un milieu cultivé aux côtés de ses frères et sœurs, Karel et Helena. Leur père exerçait comme médecin, tandis que leur mère collectionnait le folklore littéraire tchèque, nourrissant ainsi très tôt la sensibilité artistique des enfants. La famille passa son enfance entre Úpice et Malé Svatoňovice. À la demande de ses parents, Josef débute sa formation dans une école allemande de tissage à Vrchlabí, avant d’intégrer en 1904 l’École des arts appliqués de Prague, où il étudie jusqu’en 1910. Peu après, en compagnie de son frère Karel, il effectue un séjour d’étude à Paris (1910–1911), où il découvre avec enthousiasme les courants artistiques modernes, en particulier le cubisme. Ce voyage sera déterminant dans l’évolution de son style. Il visite également l’Espagne, dont l’art populaire influencera sa sensibilité plastique. De retour en Bohême, Josef s’implique activement dans la vie artistique pragoise : il rejoint de nouveaux groupes d’artistes d’avant-garde, devient brièvement rédacteur du magazine Artistic Monthly, puis édite la revue de l’association Mánes, Volné směry (1912–1914). Une rupture conflictuelle avec ce cercle l’empêche temporairement d’exposer ses œuvres. Durant cette période, il se consacre surtout au journalisme et à la création littéraire, souvent en collaboration étroite avec son frère Karel. Souffrant d’une mauvaise vue, il échappe à la mobilisation durant la Première Guerre mondiale. En 1919, Josef épouse Jarmila Pospíšilová, son amour de jeunesse. Le couple aura une fille, Alena. Dans les années 1920 et 1930, Josef Čapek mène une intense activité culturelle. Il collabore à plusieurs journaux et revues, notamment Národní listy, le magazine satirique Nebojsa, et surtout Lidové noviny (1921–1939), où il se distingue par son style vif et engagé. À partir de la fin des années 1920, il devient membre de la Umelecká beseda, une importante société artistique tchèque, et participe à la rédaction de son anthologie Život . Il contribue également aux revues Světozor et Almanach kmene . En 1918, aux côtés de Jan Zrzavý, Václav Špála, Vlastislav Hofman, Otakar Marvánek et Rudolf Kremlička, il fonde le groupe artistique Tvrdošíjní (Les Obstinés). Sous ce label, sa première exposition collective se tient en 1924. Son œuvre picturale, d’abord marquée par le cubisme, intègre progressivement des influences variées : expressionnisme allemand, art populaire tchèque et primitivisme enfantin, auxquels il donne une interprétation très personnelle. Parallèlement, il s’illustre comme scénographe et illustrateur de livres, reconnu pour son trait à la fois moderne et poétique. Tout comme son frère Karel, Josef Čapek s’oppose fermement à la montée du fascisme en Europe. Il exprime ouvertement ses convictions humanistes et démocratiques, notamment dans ses articles et dessins politiques. Peu après l’instauration du Protectorat de Bohême-Moravie en 1939, il est arrêté par la Gestapo. Déporté dans plusieurs camps de concentration, il finit interné à Bergen-Belsen, où il meurt en avril 1945, victime d’une épidémie de typhus, quelques semaines avant la libération du camp.
- Ratata ! Pokrok sport a zvířata
Ratata ! Pokrok sport a zvířata ( Ratata ! Progrès, sport et animaux) , écrit et illustré par Josef Lada , éditions Adolf Synek, Prague 1930. Je poursuis mes recherches sur les artistes de l’Entre-deux-guerres, et deux noms accaparent une bonne partie de mon temps libre : Josef Čapek (1887–1945) et Josef Lada (1887–1957). Deux illustrateurs essentiels, pour des raisons bien différentes, mais qui partageaient un même désir : offrir le meilleur aux enfants de la jeune Tchécoslovaquie. Trouver une première édition d’un livre pour enfants de Josef Lada relève presque de la chasse au trésor. Et pourtant, certains exemplaires se cachent bel et bien en France. Grâce à l’invitation de Roxane Steckerman à la Maison du Père Castor, j’ai eu la chance de tenir entre mes mains quelques-unes de ces raretés. Pour y accéder, détail savoureux, il faut emprunter la rue Roule Galette… Et c’est là que j’ai découvert de véritables pépites, dont Ratata ! Pokrok sport a zvířata , nakladatelství Adolf(a) Synek, 1930. Cet album fait partie d’un triptyque : deux volumes publiés en 1930 chez Adolf Synek et le dernier en 1932, chez Melantrich. Pourquoi ce changement d’éditeur ? Mystère pour l’instant. Dans ce livre, on retrouve l’univers typique de Lada, peuplé d’interactions cocasses entre animaux anthropomophes, Ses personnages donnent l’impression que les bêtes imitent les métiers et les gestes des hommes, mais toujours à hauteur d’enfant, en puisant dans le quotidien de ses jeunes lecteurs. C’est cette fusion naturelle entre deux mondes qui nourrit son humour. Lada explore avec bonheur l’anthropomorphisme : ses animaux sont drôles, tendres, parfois un peu moqueurs, mais toujours profondément vivants. Conscient qu’un enfant aime tout ce qui est vivant, bouge et fait du bruit », il compose des images dynamiques qui invitent à l’imagination, au jeu et à l’invention d’histoires. Dans cet album Josef Lada oscille entre histoire à gauche et comptines sous les dessins à droite. Ce format hésite encore, tâtonne, à une époque où Lada développe des histoires séquentielles préfigurant la bande dessinée. En bref sur l’auteur : Josef Lada (1887-1957) – Illustrateur, Peintre et Auteur Tchèque Issu d’un milieu modeste, Josef Lada quitte la campagne pour Prague, où il devient apprenti imprimeur. Mais son véritable passe-temps — dessiner — finit par prendre toute la place. Il réussit l’examen d’entrée à l’École des Arts Appliqués de Prague (1906), mais faute de moyens, doit interrompre ses études. Obstiné, il s’impose dans les années 1920 au Lidové Noviny , dans la rubrique « Le coin des enfants », où il croise les frères Čapek et Ondřej Sekora. Une joyeuse émulation créative naît entre eux : pour survivre, il faut produire, et produire vite ! Son œuvre, nourrie par son amour du folklore tchèque et de la vie rurale, passe d’une influence Art Nouveau à un style plus direct, percutant, efficace. Pour les tout-petits, il conçoit des scènes simples, facilement identifiables, exploitant le folklore visuel et l'oralité de la langue tchèque, si propice aux jeux de rimes. Contrairement à une idée reçue, l’absence de profondeur dans ses dessins n’est pas due à la perte de son œil droit dans son enfance, mais à une volonté d’immédiateté et de lisibilité, proche du dessin de presse. Ses illustrations s’ornent souvent de petits motifs décoratifs, fleurs, champignons, soleil, lune qui rappellent l’artisanat populaire tchèque. Un art à la fois simple, joyeux et profondément ancré dans la culture de son pays. Pour les tout-petits, il conçoit des scènes simples, facilement identifiables, exploitant le folklore visuel et l'oralité de la langue tchèque, si propice aux jeux de rimes. Figure incontournable de l'avant-guerre, Josef Lada a su forger pour la jeune Tchécoslovaquie un art où tradition, folklore et modernité se mêlent sur un ton joyeux et toujours empreint de douceur et d'humour. Avec ses animaux bavards et ses scènes animées, il a offert aux jeunes lecteurs bien plus qu'un imaginaire : une véritable voix. Qui est toujours d’actualité.
- Štěkaldla našeho pudla
Štěkadla našeho pudla ( Nos aboiements de caniche ) de Josef Foltýn (1879-1941) et illustré par Josef Lada (1887-1957), éditions Adolf Synek, 1930. Il y a quelque temps, en me rendant à la Maison du Père Castor, médiathèque et fonds d'archives du Père Castor, par la rue Roule Galette, j'ai été invitée par Roxane Steckerman à mener des recherches sur l'influence de Lida Durdíková, épouse de Paul Faucher, et de František Bakule, pédagogue tchécoslovaque, sur la création de cette maison d'édition. J'en parlerai plus tard, mais ailleurs. Alertée par la conservatrice d'un fonds non traité d'ouvrages tchèques pour enfants de l'entre-deux-guerres, j'ai eu la surprise et l'émotion de découvrir des premières éditions de Josef Lada. Cœur battant, mains moites, yeux émerveillés, je n'ai pu m'empêcher de référencer ces trésors et de signaler leur préciosité. L'un des ouvrages, très abîmé, présente des pages cornées, pliées, des agrafes rouillées, un papier friable — un vrai casse-tête à manipuler. Avec précaution, j'ai pris quelques clichés. Ce livre appartient à une série, mais c'est ici de Štěkaldla našeho pudla (Nos aboiements de caniche) qu'il sera question. Écrit par Josef Foltýn (1879-1941) et illustré par Josef Lada (1887-1957), L'univers de Lada regorge d'interactions entre humains et animaux. Ses illustrations font penser à des gens dont les animaux imitent la façon de vivre, le métier ou le travail, mais toujours en fonction de ce que les jeunes lecteurs connaissent de leur quotidien. Cet entrelacement naturel entre ces deux mondes est au cœur de son humour1. Pour les tout-petits, il conçoit des scènes simples, facilement identifiables, exploitant le folklore visuel et l'oralité de la langue tchèque, si propice aux jeux de rimes. Conscient qu'"un enfant aime tout ce qui est vivant, bouge et fait du bruit"1, Lada met en scène des images dynamiques qui suscitent l'imagination et l'interprétation d'une intrigue. La période entre 1923 et 1935 est considérée comme la plus fructueuse de son travail pour les enfants. En 1930, Štěkadla našeho pudla adopte une mise en page originale, alternant une histoire à gauche et des comptines illustrées à droite. Josef Lada donne vie à ces comptines en mettant en scène des animaux aux postures humaines : une fanfare menée par un bouc et des chiens, un cheval tirant une brouette… Ces actions empruntées au monde des humains, interprétées par des animaux, créent un univers joyeux et familier, parfaitement adapté à l’imaginaire des enfants. On perçoit le style de Josef Lada dans cet album grâce à son esthétique épurée et expressive. Ses dessins se caractérisent par des traits noirs nets et des couleurs en aplats, conférant à cette œuvre une lisibilité et une vivacité particulières. Peu de perspectives elles sont volontairement simplifiées, presque naïves, renforce le charme de ses illustrations en leur donnant un aspect accessible et intemporel. Lada intègre également de nombreux motifs folkloriques – fleurs, soleils, et autres ornements – et le paysage tchèque et ses maisonnées qui ancrent son travail dans l’imaginaire populaire tchèque. Puisant son inspiration dans les traditions rurales, il représente des scènes de la vie quotidienne où se mêlent nature, animaux et personnages typiques du folklore. Ce mélange unique de simplicité, de chaleur et de symbolisme fait de son œuvre un héritage visuel unique, reconnaissable et inestimable. Ce format hésite encore, tâtonne, à une époque où Lada développe des histoires séquentielles préfigurant la bande dessinée2. Issu d'un milieu modeste, Josef Lada, jeune paysan venu à Prague en tant qu'apprenti imprimeur, a toujours dessiné. Il réussit le concours d'entrée à une école de dessin, mais faute de moyens, ne peut poursuivre ses études. l'École des Arts Appliqués de Prague (1906). Obstiné, il rejoint dans les années 1920 la rubrique "Le coin des enfants" du Lidové Noviny, où il rencontre les frères Čapek et Ondřej Sekora. Une émulation créative s'installe entre eux. Pour vivre, il faut produire, et vite. Son travail, nourri d'amour pour la culture tchèque, le folklore et la campagne, évolue d'une influence Art Nouveau vers un trait plus percutant et efficace.L'absence de profondeur dans ses illustrations ne résulte pas, comme on le croit parfois, de la perte de son œil droit dans son enfance, mais d'une volonté d'immédiateté et de lisibilité proche du dessin de presse. Ses images intègrent des éléments décoratifs — fleurs, lune, soleil, champignons — typiques de l'artisanat tchèque. Lada puise dans la tradition — contes, comptines, chansons — un univers sonore et rythmé. Il crée des situations cocasses et joyeuses, parlant aux enfants non pour leur faire la leçon, mais pour révéler la beauté et l'humour de leur monde. Pour les tout-petits, il conçoit des scènes simples, facilement identifiables, exploitant le folklore visuel et l'oralité de la langue tchèque, si propice aux jeux de rimes. Figure incontournable de l'avant-guerre, Josef Lada a su forger pour la jeune Tchécoslovaquie un art où tradition, folklore et modernité se mêlent sur un ton joyeux et toujours empreint de douceur et d'humour. Avec ses animaux bavards et ses scènes animées, il a offert aux jeunes lecteurs bien plus qu'un imaginaire : une véritable voix. Qui est toujours d’actualité. 1 - Ladova ilustrace J. A Novotný, éditions Československých výtvarných umělců, 1957. 2- Dějiny československého komiksu 20. století, tome 1 p77. En bref sur l'auteur : Josef Lada (1887-1957) – Illustrateur, Peintre et Auteur Tchèque Josef Lada est une figure incontournable de l’illustration tchèque, reconnu pour ses dessins aux lignes épurées et aux couleurs vives, inspirés du folklore et des traditions populaires. Son travail a profondément influencé la littérature jeunesse et la culture visuelle du XXe siècle. Jeunesse et Formation Né le 17 décembre 1887 à Hrusice, un petit village proche de Prague, Josef Lada grandit dans un milieu modeste. Dès son plus jeune âge, il manifeste un talent pour le dessin. Un accident survenu durant son enfance lui fait perdre un œil, ce qui influencera sa vision artistique, caractérisée par des perspectives aplaties et des compositions claires. En 1906, il intègre brièvement l'École des Arts Appliqués de Prague, mais des contraintes financières l’obligent à abandonner ses études. Autodidacte, il affine son style, initialement inspiré par l’Art Nouveau, avant d’adopter une approche plus minimaliste et accessible, proche de la "ligne claire". Carrière et Œuvre Josef Lada commence sa carrière en illustrant des revues humoristiques telles que Švanda dudák (1905), Neruda , Humoristické listy et Kopřivy . Il devient rapidement un illustrateur prolifique, collaborant avec de nombreux journaux et magazines. En 1910, il publie son premier livre pour enfants, Moje Abeceda . Après la Première Guerre mondiale, il se spécialise dans l’illustration jeunesse et la bande dessinée. Parmi ses œuvres les plus remarquables, on retrouve : · Dobrodružství pana Myope ( Les Aventures de M. Myope , 1905) · Frantík Vovísek a koza Bobeš ( Les Blagues spirituelles de Frantík Vovísek et de la chèvre Bobeš , 1922-1923) · Dobrodružství Tondy Čutála ( Les Aventures de Tonny Casse-cou , 1928) · Tonda - jeden z nás ( Tonda – l’un de nous , années 1930) · Dobrodružství psa Kuldíka ( Les Aventures du chien Kuldík ) En parallèle, il illustre de nombreux contes et comptines populaires tècheques, mettant en scène des animaux et des personnages humanisés, dans des compositions pleines d’humour et de vivacité. Dans les années 1930, il publie des albums illustrés comme Štěkadla našeho pudla ( Nos aboiements de caniche , 1930) et des séries pédagogiques comme Veselé učebnice , qui facilitent l’apprentissage des enfants. Illustrateur de Švejk Josef Lada est mondialement connu pour ses illustrations du roman Les Aventures du brave soldat Švejk de Jaroslav Hašek, publié en 1923. Ses dessins, pleins d’ironie et de simplicité, ont contribué à définir l’image iconique du personnage et demeurent une référence majeure dans l’histoire de l’illustration tchèque. Style et Héritage Le style de Josef Lada se distingue par : · Des traits noirs nets et des couleurs en aplats · Une perspective simplifiée, presque naive · L’intégration de motifs folkloriques (fleurs, soleils, lunes, etc.) · Une profonde inspiration du folklore et des traditions rurales tchèques Sa fille, Alena Ladová (1925-1992), également illustratrice, a poursuivi son œuvre et travaillé à ses côtés après la Seconde Guerre mondiale. Josef Lada s’éteint le 14 décembre 1957 à Prague. Son influence perdure, notamment dans la littérature jeunesse et l’illustration tchèque. Ses dessins restent aujourd’hui un symbole fort de l'identité visuelle de son pays, perpétuant son héritage artistique et culturel.
- Malá vánoční povídka
Malá vánoční povídka (Une petite histoire de Noël) de Ludvík Aškenazy, illustré par Hana Štěpánová, éditions SNDK 1966. Je ne trouve que très peu d’informations sur Hana Štěpánová. Ce que je peux confirmer, c’est qu’elle est née en 1934 et qu’elle était l’épouse de Bohumil Štěpán, un illustrateur et collagiste dont j’ai déjà parlé dans un précédent post. Je suis profondément attristé de découvrir si tard son travail, et de réaliser que sa reconnaissance semble encore trop limitée. En 2019, j’ai eu la chance de la rencontrer à la galerie L’Atelier d’Artiste, située dans le 6ᵉ arrondissement de Paris, à l’occasion d’une exposition consacrée aux collages de son mari. Nous avons discuté un moment, mais, ne connaissant pas encore son œuvre, je n’ai évoqué que les réalisations de Bohumil Štěpán. Quelle tristesse, rétrospectivement, de savoir que j’ai échangé avec une artiste aussi talentueuse sans pouvoir lui parler de son propre travail ! Hana Štěpánová est restée dans l’ombre de son mari, bien que son talent mérite une reconnaissance à part entière. Elle a souvent collaboré au graphisme des ouvrages de Bohumil Štěpán, mais elle était également une collagiste accomplie et a réaliséen Tchécoslovaquie les illustrations de six livres pour enfants entre 1964 et 1969. Ces ouvrages portent la marque d’un style unique et poétique, où se mêlent modernité et une certaine nostalgie propre à l’époque. Il est probable que la fuite du couple Štěpán en Allemagne, suite aux répressions du Printemps de Prague en 1968, ait contribué à limiter la diffusion de son travail. Pourtant, ses créations méritent d’être redécouvertes. Parmi ses réalisations, on peut citer Malá vánoční povídka de Ludvík Aškenazy, publié par les éditions SNDK en 1966. Ce livre raconte une histoire touchante et burlesque où l’on suit Jakub, un enfant perdu, accompagné d’une carpe qui parle, d’un sapin de Noël, et même d’un diable. Le récit mêle des éléments absurdes et fantaisistes, tout en offrant une réflexion désuète mais sincère sur l’esprit de Noël. Les illustrations de Štěpánová renforcent cet aspect intemporel et enchanteur. Avec un jeu de traits réalisés au feutre, elle met en avant uniquement les personnages principaux. Les figures fantasques et mythiques sont habilement représentées par des aplats de couleurs vives, qui évoquent peut-être des collages. Cette approche confère à l'ensemble un caractère visuel très distinctif, ajoutant une dimension onirique qui s’harmonise délicieusement avec l’esprit de l’histoire. Les pages de garde, quant à elles, viennent sublimer l’expérience de lecture. Elles amorcent et concluent l’histoire avec un sens du détail plein de charme. L’histoire débute par une scène touchante où des parents, empreints de tristesse, pleurent la disparition de leur enfant. Elle se conclut, en écho, sur une image empreinte de joie, où les mêmes parents retrouvent leur enfant, réunis dans une scène heureuse et chaleureuse. Ces pages de garde ne se contentent pas d’encadrer l’histoire : elles en amplifient la résonance émotionnelle, offrant un cadre narratif aussi subtil que poignant. Redécouvrir Hana Štěpánová pour rendre hommage à une illustratrice de talent dont l’œuvre mérite de sortir de l’ombre de son célèbre époux. Je pars à la recherche d’informations et des 5 autres livres et je reviendrai vers vous.
- Praštěné pohádky.
Praštěné pohádky (Contes de fées loufoques), de Ludvík Aškenazy, illustré par Bohumil Štěpán, graphiste Zdeněk Mlčoch, éd. SNDK, Prague 1965. P 148, 56 illustrations et pages de garde. Artiste, collagiste, humoriste, affichiste et illustrateur, Bohumil Štěpán a peu travaillé pour l’illustration jeunesse. Pour l’instant, je n’ai référencé que trois livres jeunesse, dont le Voyage de Gulliver (Odeon, 1968) dont je parlerai une autre fois. Praštěné pohádky est le parfait exemple d’une décontraction graphique mise à la portée des enfants et des adultes. Si l’influence surréaliste est prégnante dans le travail de Bohumil Štěpán, il y a aussi de l’air du temps, un peu de Saul Steinberg dans son dessin à l’encre et la manière de jouer avec le blanc de la page et les collages. Bohumil a de l’humour, il sait jouer sur les proportions des personnages, des animaux et des objets : l’éléphant en laisse, un visage apparaît sur une enveloppe, un citron fait pipi dans un verre. Il joue du dessin et du collage de façon subtile et légère, il détourne avec malice les objets, fruits et légumes en les personnalisant et pose par là même une touche d’humour. Le petit jeu de cadavre exquis en fin de livre, collages, dessins et constructions aléatoires participent au récit ! Pépite ! En bref sur l’auteur : Bohumil Štěpán (1913-1985), artiste, collagiste, affichiste, illustrateur et humoriste, né en 1913 à Křivoklát (Bohême), Bohumil Štěpán étudie à l'École des Beaux-Arts d'Ukraine et à l'École d'Arts Graphiques Rotter à Prague. Pendant l'entre-deux-guerres, Prague est un centre majeur de l'avant-garde et du surréalisme en Europe, en lien étroit avec les surréalistes français, ce qui influence le jeune artiste. En 1948, avec la prise de pouvoir des communistes à Prague, Štěpán travaille pour la propagande communiste et comme caricaturiste pour la revue humoristique Dikobraz. Il réalise des affiches de propagande et de cinéma. Les années 1960 marquent une période de libération sociale et politique qui culmine avec le Printemps de Prague en 1968. Štěpán dessine des affiches de films, mélangeant dessins et collages. Il réalise en 1964 l’affiche pour le film Limonádový Joe. Il publie aussi dans des revues satiriques et littéraires. Il illustre des romans tels que La Jument Verte de Marcel Aymé et Les Voyages de Gulliver. Il expose à Zürich, Vienne et Hambourg, restant influencé par le surréalisme. En 1968, il publie Galerie, un livre de collages érotiques et surréalistes, mis en page par son épouse Hana Štěpánová (illustratrice). Le Printemps de Prague est écrasé en août 1968 par l'invasion soviétique, ramenant la censure. Lors d'une exposition à Berlin-Est, ses œuvres sont piétinées par les censeurs. En 1969, Hana et Bohumil s'enfuient et s'installent à Munich. Štěpán travaille comme illustrateur et caricaturiste, publiant plusieurs ouvrages monographiques. Il meurt en 1985 à Munich où sa veuve Hana vit toujours. En bref sur le graphiste : Zdeněk Mlčoch, 1921-1995, artiste, graphiste, éditeur et illustrateur. Né en 1921 à Nová Dědina, Zdeněk étudie d'abord sous la direction de Karel Langer à l’école des Arts appliqués de Brno, puis à partir de 1943, il poursuit ses études à l'École des arts appliqués de Prague, ou à partir de 1945 à l'Université des Arts Appliqués de Prague sous la direction des professeurs Antonín Pospíšil et Karel Svolinský. À partir de 1950, il travaille comme éditeur et graphiste à la Maison d'édition SNDK (plus tard la Maison d'édition Albatros à Prague). En tant que membre du groupe artistique Radar (entre 1959 et 1970), il traite des thèmes de la civilisation moderne. Au début de son travail graphique, il se concentre sur la gravure sur bois et la pointe sèche, puis sur la lithographie en couleurs et la peinture. Cependant, sa principale discipline artistique est l’illustration, notamment les livres pour enfants. Il illustre plus d’une trentaine de livres pour enfants.
- Procházka po městě - Jan Kubíček
Procházka po městě (Promenade dans la ville), Hana Doškočilová, illustré par Jan Kubíček (1927-2013), éditions Albatros, 1974. Cet ouvrage est une pépite graphique et technique ; si « la perspective colle aux pages », dixit Bastien Contraire, ici elle fait preuve d’une grande ingéniosité supplémentaire. La perspective crée l’histoire et permet à la ville de se dérouler devant nos yeux. Ma boîte à photos n’étant pas assez grande, l’aperçu photo n’est pas idéal. Jan Kubíček illustre en 1974 Procházka po městě. Ce livre ne comporte que trois pages, dont deux composées de volets (cadavres exquis) qui se rabattent pour envisager différentes perspectives. Deux des pages sont également des pages doubles rabattables, offrant ainsi une vision sur quatre pages ouvertes. Tout fonctionne et donne à cet ouvrage une dynamique folle, permettant, dans une cohérence extrême, de composer des paysages et de traverser cette ville, du bord du fleuve à la gare, en passant par le café, le cinéma, la librairie, le primeur et le centre commercial Prior. On aperçoit au loin l’usine, partie intégrante de la ville, soulignant ce besoin de placer la fonction travail comme essentielle à la vie. Une belle touche communiste. L’abstraction et la géométrie sont poussées à leurs extrêmes, tout en restant en parfaite cohérence narrative visuelle. Pour l’instant, j’ai trouvé peu de livres de cet artiste aussi réussis ; il a illustré une quarantaine de livres pour enfants. En 1974, il avait déjà illustré 24 ouvrages¹, la plupart destinés aux enfants. Des mini comptines et poèmes sont apposés sur la couverture et la quatrième de couverture, accompagnant le tout de manière malicieuse. Une pépite ! ¹ Données : Moravská zemská knihovna. En bref sur l'artiste : Jan Kubíček (1927-2013) est un peintre, photographe, graphiste et illustrateur tchéque. Diplômé des arts appliqués de Prague en 1953, il étudie la scénographie à l'Académie des arts du spectacle de Prague jusqu'en 1957. Représentant radical de l'art constructiviste et concret en Europe centrale, il illustre de nombreux livres pour enfants tout en réalisant des constructions en plexiglas. Kubíček participe à des expositions en Tchécoslovaquie et à l'étranger, notamment à Tokyo, Francfort-sur-le-Main, Cracovie et Chicago. Il reçoit des récompenses pour ses illustrations, dont une médaille de bronze à Barcelone en 1968, et ses œuvres sont primées au concours des Plus Beaux Livres de la Tchécoslovaquie en 1980 et 1981. Après ses études, il explore des thèmes tels que la ville comme nature humaine artificielle et la dynamique de l'écriture comme phénomène artistique. Son travail se concentre sur l'illustration pour les enfants, où il crée des livres de coloriage à visée pédagogique, des livres jouets et des marionnettes, en mettant l'accent sur la clarté, la pureté des formes et une approche active des enfants. Depuis le début des années 60, son style constructiviste se manifeste par une clarté d’esprit, une variabilité dynamique et une logique constructive dans ses illustrations. Son apogée artistique se trouve dans ses illustrations des années 80, où il utilise des compositions colorées et variées, notamment dans les contes de Pouchkine et les livres de Věra Provazníková. Ses œuvres enrichissent la perception des enfants et les aident à développer des normes esthétiques et éthiques, tout en favorisant une compréhension artistique du monde qui les entoure. Source : Čeští ilustrátoří v současně pro děti a mládež, František Holešovsý, Albatros 1989, Pages de 187 à 190.
- Náš Dům
Náš Dům (Notre maison), de Pavel Šrut (1940-2018) illustré par Jan Kubíček (1927-2013), graphisme de Jindřich Kovařík (1928-2019), éditions Albatros Náš Dům (Notre maison), de Pavel Šrut (1940-2018), illustré par Jan Kubíček (1927-2013), graphisme de Jindřich Kovařík (1928-2019), éditions Albatros 1977. Il est assez rare de trouver des livres en cartons en bon état. Destinés aux tout-petits, ils sont souvent mâchouillés, dépiautés et/ou déchirés. Lors de ma dernière visite, j’ai trouvé celui-ci : Náš Dům (Notre maison) , un petit délice graphique, une abstraction saturée. J’ai déjà évoqué le travail de Jan Kubíček dans un précédent post : un travail tout en géométrie joyeuse et élégante, avec une utilisation d’espace blanc qui apporte de la respiration au dessin. Il dessine une maison idéale, avec ses petits rideaux aux fenêtres. Le petit encart, en bas à droite, invite le lecteur à tourner la page pour entrer dans cette maison moderne et venir jouer avec les habitants : papa, maman, les deux enfants, grand-mère, le chien et le chat. De l’extérieur à l’intérieur, en passant par chaque pièce de vie : l’entrée où l’on quitte ses chaussures, les toilettes, la salle de bain, la salle à manger, la cuisine, le salon, le bureau, les chambres des enfants et le jardin extérieur. Dès la couverture, une organisation hétéronormée reflète l’époque : maman s’occupe des fleurs, cuisine et lit aussi. Le papa travaille ; il écrit. Mais ils s’occupent ensemble du jardin. Les enfants jouent, révisent, font leurs devoirs. Grand-mère habite avec eux ; elle aime lire de vieux romans sur le banc du jardin l’après-midi. Dans la maison idéale, il ne manque rien… Cependant, cet ouvrage représente tous les objets et actions du quotidien, permettant ainsi aux enfants d’enrichir leur vocabulaire. Des numéros, de 1 à 14, sont disséminés dans les pages : le numéro 1, assez clair, indique le garage ; le 3, les toilettes ; le 4, la salle de bain ; le 5, l’entrée. Certains numéros, en revanche, restent plus mystérieux. Aucune règle n’est énoncée. En bref sur l'artiste : Jan Kubíček (1927-2013) est un peintre, photographe, graphiste et illustrateur tchéque. Diplômé des arts appliqués de Prague en 1953, il étudie la scénographie à l'Académie des arts du spectacle de Prague jusqu'en 1957. Représentant radical de l'art constructiviste et concret en Europe centrale, il illustre de nombreux livres pour enfants tout en réalisant des constructions en plexiglas. Kubíček participe à des expositions en Tchécoslovaquie et à l'étranger, notamment à Tokyo, Francfort-sur-le-Main, Cracovie et Chicago. Il reçoit des récompenses pour ses illustrations, dont une médaille de bronze à Barcelone en 1968, et ses œuvres sont primées au concours des Plus Beaux Livres de la Tchécoslovaquie en 1980 et 1981. Après ses études, il explore des thèmes tels que la ville comme nature humaine artificielle et la dynamique de l'écriture comme phénomène artistique. Son travail se concentre sur l'illustration pour les enfants, où il crée des livres de coloriage à visée pédagogique, des livres jouets et des marionnettes, en mettant l'accent sur la clarté, la pureté des formes et une approche active des enfants. Depuis le début des années 60, son style constructiviste se manifeste par une clarté d’esprit, une variabilité dynamique et une logique constructive dans ses illustrations. Son apogée artistique se trouve dans ses illustrations des années 80, où il utilise des compositions colorées et variées, notamment dans les contes de Pouchkine et les livres de Věra Provazníková. Ses œuvres enrichissent la perception des enfants et les aident à développer des normes esthétiques et éthiques, tout en favorisant une compréhension artistique du monde qui les entoure. Source : Čeští ilustrátoří v současně pro děti a mládež, František Holešovsý, Albatros 1989, Pages de 187 à 190.












