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  • Jak krtek ke kalhotkám přišel

    Jak Krtek ke kalhotkám přišel (Comment la Petite Taupe se fit un pantalon) Eduard Petiška, réalisateur et animateur Zdeněk Miler, éditions SNDK (Státní nakladatelství dětské knihy), 1960. Il s'agit de la novélisation du premier film mettant en scène la petite Taupe (aussi appelée Taupek/Taupinette), Comment la Petite Taupe a confectionné son pantalon. Ce film est basé sur le film de 1957 et raconte la genèse de la création des dessins animés pour les tout-petits, dans le but de promouvoir la production tchécoslovaque, mettant en avant le lin et l'automobile. L'objectif était de créer des dessins animés malins, à l'opposé des dessins animés "hystériques" américains, pour montrer ainsi le savoir-faire tchécoslovaque en matière d'animation. Le cinéma d'animation est un domaine de la culture tchécoslovaque qui rayonne déjà à l'étranger, et il est mis en valeur par les autorités communistes. Zdeněk Miler n'est pas un novice, il collabore depuis 1948 avec les studios indépendants "Bratři v triku"1. En 1956, ce studio est placé sous la supervision centrale de l'entreprise d'État "Krátký film" (Films courts), ce qui marque un tournant dans la carrière de Zdeněk Miler. Pour créer un personnage, il cherchait un animal peu représenté dans la littérature pour enfants et le cinéma d'animation. En trébuchant sur une taupinière, l'idée lui est venue de faire d'une petite taupe le héroïne ! (J'ai lu cette information dans la presse, et j'aime à penser qu'elle est vraie, mais qui sait !). Ce qui est frappant, c'est le décor dans lequel évolue cette petite taupe, fait d'une flore et d'une faune délicates et vivantes. Les personnages secondaires sont tous attachants, et leurs expressions sont très expressives. Les films sont sans paroles, avec juste de la musique pour accompagner l'action. Pourtant, ils sont compréhensibles par les petits et les grands. Le succès est au rendez-vous, la presse s'en empare, et le livre est diffusé à l'étranger par les éditions "Artia"2 dès 1959 en France, puis dans d'autres pays d'Europe : France3, Italie, Angleterre, Allemagne... Il paraîtra un an plus tard en Tchécoslovaquie. Il faudra tout de même attendre 1963 pour voir un nouveau film de cette série, suivi d'une cinquantaine d'épisodes. Concernant le livre, il s'agit d'une novélisation, mais plutôt que de simplement copier les films et d'y ajouter du texte, des éléments des personnages sont extraits pour mettre en avant leurs actions et leurs interactions. Certains personnages sont détourés sur fond blanc pour enrichir l'histoire visuellement, permettant ainsi une lecture différente de l'œuvre. À la différence des films, qui sont sans paroles, le livre en contient du texte. Zdeněk Miler se concentre sur le jeune public à travers des dessins légers, amusants et aux couleurs vives, sur des fonds pittoresques aux tons pastel doux. Il anime de manière humoristique les personnages pour expliquer aux enfants divers phénomènes ou lois de la nature, souvent influencés par des facteurs civilisationnels. De manière ludique, il éclaire pour eux le sens des choses qui les entourent. La maquette du livre est parfois maladroite, mais elle dégage un charme certain, et l'objet est plus qu'un simple produit dérivé. Il est bien réalisé, imprimé avec soin, et le papier est de qualité ! Je comprends pourquoi ce livre et ce film ont enchanté le public ! En bref sur les auteurs : Zdenek Miler, de son vrai nom Zdeněk Müller (1921-2011), est un illustrateur, animateur et réalisateur de dessins animés. En 1938, il est admis à l'École des arts appliqués (UMPRUM) de Prague, en section photographie. Après la fermeture des universités et son implication dans les manifestations anti-nazis, il part à Zlín en 1941, où il travaille comme animateur et dessinateur au département des films de l'entreprise Bat'a. Quelques années après la Libération, en 1948, il rejoint le studio indépendant "Bratři v triku" en tant qu'animateur, artiste, scénariste et réalisateur. Il est également l'auteur du logo du studio. Il finit par diriger le studio. En 1956, il vit le rattachement à l'entreprise d'État "Krátký film". C'est alors qu'il reçoit la commande d'une série éducative et porteuse de savoir technologique, devant servir de faire-valoir culturel tchécoslovaque. Le succès est au rendez-vous, et il en résulte une cinquantaine d'épisodes. C'est ainsi qu'il crée la Petite Taupe (également appelée Taupek ou Taupinette). Miler a collaboré à une vingtaine de films d'animation au cours de sa carrière, avec les plus grands réalisateurs tchèques, tels qu'Eduard Hofman, Hermína Týrlová, Vladimír Lehký, Břetislav Dvořák et Jan Karpaš. Il a illustré une trentaine de livres pour enfants. Atteint de la maladie de Lyme, il cesse de dessiner en 2002 et il s'éteint en 2011. Eduard Petiška (1924-1987) est un écrivain tchèque. Dès son enfance, il est attiré par les histoires et lit abondamment. En 1945, il entame des études de littérature comparée et allemande à l'Université Charles. Parallèlement, il suit des cours d'esthétique, d'anthropologie et d'ethnographie. C'est à ce moment-là qu'il s'implique dans la vie culturelle de Prague. Il écrit de la poésie, de la prose et des articles pour la presse, tout en pratiquant la traduction. Il commence à collaborer avec le cinéma et la radio. Cependant, en 1948, tout s'arrête brutalement avec la prise de pouvoir communiste. Refusant de rejoindre le parti communiste, il trouve un nouvel élan dans le cinéma d'animation. Le succès international de ses œuvres lui permet de poursuivre son travail d'écriture en marge du système en place. Eduard Petiška est l'auteur de plus de 90 titres. Ses livres ont été traduits dans plusieurs dizaines de langues et ont rencontré un large succès à l'étranger. Parmi ses œuvres les plus célèbres, on compte les fables et légendes grecques antiques ainsi que les histoires mettant en scène la Petite Taupe. Petiška a exploré de nombreux genres littéraires, en tant que poète, romancier, nouvelliste, auteur de livres pour enfants et jeunes adultes, dramaturge, théoricien de la littérature jeunesse et traducteur. 1 - "Bratři v triku" était un studio de cinéma produisant des films d'animation depuis 1945. Il tirait son nom des trois frères qui y travaillaient, l'animateur sourd Boris Masník et ses frères Ivan et Vojen. À cette époque, c'était l'un des studios indépendants, studios et créateurs d'animation qui, pendant le régime totalitaire, étaient, sans exception, placés sous la supervision centrale de l'entreprise d'État "Krátký film". Le célèbre logo du studio, représentant trois petits garçons portant des T-shirts rayés, a été conçu par Zdeněk Miler, le père de la petite taupe. 2 - La maison d'édition d'État "Artia" a été créée peu après, en 1953. Elle se consacrait à l'exportation pour générer des devises pour le régime tchécoslovaque qui en manquait cruellement à l'époque. "Artia" répondait à des commandes précises d'éditeurs étrangers ou leur proposait des ouvrages "clés en main". Ainsi, pendant quarante ans, via entre autres les réseaux du PCF (Parti communiste français), les livres pour enfants de Jiří Trnka, Zdeněk Miler, Zdeněk Burian (Les Animaux préhistoriques) et les pop-up de l'illustrateur et ingénieur papier Vojtěch Kubašta étaient distribués en France. Entre 1954 et 1965, "Artia" a publié plus de 3000 titres dans 26 pays et en 17 langues. La collection de contes du monde entier publiée en France sous le label des éditions Gründ est la plus connue. Ces livres, à la fabrication soignée et aux illustrations aquarellées et poétiques, ont contribué à l'idée d'une "école tchécoslovaque" de l'illustration, comprenant des auteurs établis tels qu'Adolf Born, Ota Janeček et Eva Bednářová, mais aussi des artistes sur la liste noire du régime, tels que Rudolf Lukeš. Parallèlement, "Artia" a produit des pop-up réalisés par Kubašta pour la firme Walt Disney. 3 - La version française du livre, publiée en 1959, a été traduite par Jeanne-Marie de Glérolles et éditée par la Guilde du livre / Clairefontaine à Lausanne, conçue par Artia ! Curieusement, elle est parue en France un an avant sa version tchèque !

  • Zpověď humoristova a jiné povídky

    Zpověď humoristova a jiné povídky (Confession d'un humoriste et autres nouvelles), O.Henry, traduction de Stanislav Klimá, illustrations Stanislav Duda, éditions Melantrich, 1972. Satnislav Duda excelle dans l'illustration des histoires à suspense et Zpověď humoristova a jiné povídky en est la parfaite illustration. Dans ce livre, l'humour et la malice se complètent tout en laissant une part au suspense. Le point de vue adopté par le dessin invite à regarder les éléments du texte différemment. Le jeu de couleurs noir, orange et blanc pose les bases de l'enquête. Drôle, coquin et parfois inquiétant, son dessin est astucieux. Son trait vif, énergique, tout en rondeur et très fin, accompagne malicieusement le texte en jouant avec les perspectives. Parfois en contre-plongée pour nous placer au rang des spectateurs, ou en mettant en relief un seul élément de l'image par l'utilisation de disproportions. L'utilisation de la couleur orange est toujours pertinente, elle souligne un ou plusieurs éléments pour les mettre en valeur. En bref sur l'auteur : Stanislav Duda (1921-2008) est illustrateur, affichiste, graphiste et peintre. Il fait partie de ces artistes du grotesque qui, comme Jiří Šalamoun, sont très actifs depuis le milieu des années 50 jusqu'à la fin des années 90. Il intègre les Arts appliqués de Prague (VŠUP Vysokéškole uměleckoprůmyslová v Praze) en 1941 et en sort diplômé en 1947. De 1948 à 1953, il travaille dans le domaine de la publicité. Il développe également de manière significative des solutions créatives pour des expositions nationales ou étrangères (Bruxelles en 1958, Milan en 1968, Montréal en 1975, entre autres). De nombreux prix lui sont attribués dans ce domaine. Parallèlement, il illustre plus d'une soixantaine de livres pour enfants dans différents genres. Il reçoit des mentions et des prix pour le concours des Plus Beaux Livres tchèques de l'année (Nejkrásnějšíčeské knihy roku). Il réalise aussi quarantaine d’affiches pour le cinéma.

  • Skládanky z papíru, pro male i velké

    Skládanky z papíru, pro male i velké (puzzles (pliés)/ origamis de papier, pour les petits et les grands), Václav Penc, illustration R. Lander, éditions Vladimír Žikeš, Prague, 1948. Parfois, j'achète des livres parce qu'ils me procurent une véritable claque de joie graphique ! Même si cette émotion intense qu'ils suscitent n'a pas de sens, l'esthétique de ces livres m'ébranle. Pour l'instant, il n'est pas nécessaire que je fasse des recherches, donc je partage simplement ces images.

  • Domeček z kostek

    Domeček z kostek (Une maison en briques), Ela Periocová, traduit du slovaque, illustrations de Gabriela Dubská , éditions SNDK, 1962. J'ai souvent croisé le travail de Gabriela Dubská, mais je n'avais pas pleinement pris conscience de l'étendue de son œuvre. J'étais familiere de ses illustrations pour la série de dessins animés O Markové Panence a motýlu Emanuelovi 1 (La poupée de pavot et le papillon Emanuel), produite par les studios Bratři v triku et réalisée pour l'émission télévisée tchèque Večerníček2. Ces feuilletons étaient mignons, et bien que je ne sois pas spécialement attirée par le graphisme, j'étais particulièrement attentive à cette série en raison du personnage d'Emanuel le papillon, qui pleure et sait demander de l'aide à la poupée de pavot. De plus, la musique de la série est relaxante… En résumé, ça se laisse regarder... Cependant, je trouvais parfois son univers graphique un peu trop classique, complaisant et gentillet à mon goût. Malgré cela, je me suis arrêtée sur son ouvrage intitulé Domeček z kostek (Une maison en briques), l'un de ses premiers livres illustrés. J'ai été charmée par les jeux de cubes et les dessins qui s'intègrent dans une structure géométrique, du pixel art avant-gardiste ? Gabriela Dubská s'amuse avec une trame composée de carrés, rappelant un mur ou une page de cahier. Pour ses dessins géométriques, elle ne respecte pas toujours la forme et les objets représentés. Par exemple, les triangles qui composent l'arbre sont posés sans suivre strictement la grille. La pendule est dépourvue d'aiguilles pour ne pas briser la rondeur de l'horloge et compliquer le dessin avec des éléments verticaux. Sa palette de couleurs est chaleureuse, exploitant les nuances de la brique, avec des tons d'orange, de rouge et de jaune. Tout cela contribue à une atmosphère douce et accueillante. L'arrière-plan géométrique, avec ses aplats de couleurs, pourrait servir d'imprimé idéal pour des tissus, tandis que les personnages dessinés trouveraient facilement leur place dans une revue de mode de l'époque. Dans cet ouvrage, Gabriela Dubská dispose parfois maladroitement des vignettes dans l'espace quadrillé, plaçant les éléments clés de l'histoire de manière simple et laissant ainsi place à l'imaginaire de l'enfant. Bien que cela ne soit pas toujours parfaitement réussi, ça reste malin. En bref sur l’illustratrice : Gabriela Dubská (1915-2003) a obtenu son diplôme de l'École des arts et métiers de Brno, avec une spécialité en mode et textile, en 1936. Elle a ensuite étudié la peinture à Paris, à l'Académie de la Grande Chaumière. Après son retour à Prague, elle a travaillé pour le salon "Topič3". De 1947 à 1954, elle a occupé le poste de rédactrice chez la maison d'édition Rudé Právo. En 1954, soit quinze ans après la création de la maison d'édition nationale de livres pour enfants SNDK4 (Státní nakladatelství dětské knihy), Gabriela Dubská a entamé sa carrière de graphiste, rédactrice, puis directrice artistique. Elle est même devenue directrice adjointe de 1970 à 1973. En 1974, elle a pris les rênes de la maison d'édition qui avait depuis été rebaptisée Albatros pendant un an. Outre ses activités éditoriales, elle a poursuivi une carrière d'illustratrice. Dès le début de sa carrière, elle a illustré des magazines tels que Mateřídouška, Ohniček et Pionýr, ainsi que de nombreux livres pour enfants. Au début des années 70, elle a créé les illustrations pour une série animée tchèque intitulée O Markové Panence a motýlu Emanuelovi (La poupée de coquelicot et le papillon Emanuel) diffusée à la télévision tchèque. Elle a imaginé les personnages, l'univers et les animations de ces charmantes histoires écrites par Václav Čtvrtek. Elle a illustré une trentaine d'ouvrages pour enfants et laissé une production artistique considérable. Il est évident qu'il est nécessaire d'explorer de toute urgence la contribution de Gabriela Dubská, ou son absence de contribution, aux travaux des illustrateurs de SNDK/Albatros. Notes : 1 - O Markové Panence a motýlu Emanuelovi (La poupée de pavot/coquelicot et le papillon Emanuel), écrit par Václav Čtvrtek, illustré par Gabriela Dubská, réalisé par Václav Bedřich, studios Bratři v triku, production Československá televize et Krátký film Praha, 1972. La série a été diffusée en France pour la première fois à l'automne 1975, suivie de quatre rediffusions entre décembre 1975 et juillet 1977. Les épisodes de la série sont disponibles ici : lien extranet https://www.youtube.com/watch?v=nL4eKyndnes&t=2393s 2 - "Večerníček" est une émission de télévision destinée aux enfants, très populaire en Tchécoslovaquie. Elle a débuté en 1963 en tant que programme dominical, puis est passée à un format hebdomadaire en 1965, diffusé le soir à 18h45. Ce qui distingue cette émission est son engagement à programmer presque exclusivement des productions tchécoslovaques, notamment du studio Bratři v triku et de Krátký film Praha. Dans les années 70, une période de normalisation politique, alors que la répression était intense, cette émission a su offrir aux spectateurs un univers visuel délicieusement excentrique. Les animateurs ont fait preuve d'ingéniosité pour contourner les contraintes techniques, créant ainsi des animations fascinantes. La musique composée pour ces dessins animés était de haute qualité, et les histoires étaient conçues pour captiver tout en laissant place à l'imaginaire. Les personnages étaient bien développés. Cette émission a programmé au milieu des années 70 des histoires insolites au graphisme décalé, telles que "Maxipes fík" et "Médor le maxichien", scénarisées par Rudolf Čechura et dessinées par Jiří Šalmoun. On peut la comparer à "Bonne nuit les petits", à ceci près qu'en Tchéquie, l'émission existe toujours, permettant aux gens de découvrir ou de redécouvrir certains des dessins animés d'époque sur la chaîne de la ČT. Voici une vidéo montrant l'évolution du générique de l'émission, avec un générique spécial pour le 40e anniversaire particulièrement mignon à 7 min 29 s : lien extranet 3 - Le "Salon Topič", nommé d'après son fondateur František Topič, a été créé en 1886. Il a commencé comme une librairie et une maison d'édition en langue tchèque, avec une galerie d'exposition et un salon littéraire attenants. Dans ses publications, expositions et rencontres littéraires, le Salon Topič s'est efforcé de populariser la culture tchèque. Au fil du temps, il a changé de lieu, mais est resté un espace d'exposition et une librairie. Aujourd'hui, ce lieu emblématique de la culture tchèque est partiellement occupé par une banque, mais le nom de Topič reste inscrit en mosaïque sur le magnifique bâtiment de la Národní třída. 4 - "SNDK" (Státní nakladatelství dětské knihy, maison d'édition nationale de livres pour enfants), créé en 1949, est devenu les éditions "Albatros" en 1969. Il s'agit de la principale maison d'édition jeunesse pour enfants en Tchécoslovaquie, qui a été le refuge de nombreux artistes pendant la période communiste.

  • Na naší peci dějí se věci!

    Na naší peci dějí se věci! Na plotně naší v pekáčích straší (Il se passe des choses étranges dans notre fourneau ! Notre four est hanté), Pohádka s obrazy - vypravuje Tobiáš Eliáš Tisovský (Un conte de fées en images raconté par T.E Vytovski), édions E. Weinfurter1, 1924. La première édition date de 1912 (en petit format et illustré). 1 - E. Weinfurter est une librairie, un magasin d'images et une maison d'édition. Elle a été fondée par Eduard Weinfurter en 1899, et son activité a cessé en 1948. La maison d'édition était orientée vers la littérature technique, commerciale et économique, les manuels pour les écoles professionnelles et la fiction, la littérature pour la jeunesse. Elle publiait principalement des ouvrages en langue tchèque et quelques ouvrages en langue allemande. Elle éditait dès le départ des ouvrages pour enfants : livres d'images, poèmes et contes de fées, jusqu'à des histoires d'aventures. Les livres destinés aux enfants étaient tous illustrés par des artistes tels que Václav Čutta, Jan Dědina, Rudolf Mates, Artuš Scheiner, Karel Šimůnek, Otakar Štáfl, Karel Vítek, Oldřich Vlach, et plus tard Zdeněk Burian, Pavel Černý et Jaroslav Malý. Malheureusement, il n'existe pas de catalogue de sa production ! Dans un cadre réaliste, T.E. Tisovský nous invite à une flânerie féérique, un conte de fées. Les humains affrontent des situations complexes parfois dues à leur ignorance. Au final, ils sont secourus par des êtres enchanteurs (fées et lutins), des légumes et des champignons (des cèpes2). T.E. Tisovský introduit aussi avec ingéniosité des personnages de la mythologie tchèque comme Krakonoš. En résumé, c'est un conte de fées parfois un peu effrayant mais qui sait apaiser les peurs grâce à l'action de personnages féériques et mythologiques. Tout cela est ponctué par quelques proverbes tchèques. Et tout commence, pour mon plus grand plaisir, dans la cuisine. Ce conte est délicieusement vieillot ! La construction en images de cet album est particulièrement intrigante. Je ne sais pas si c'est l'auteur qui a donné des indications précises à l'illustrateur ou si ce dernier a eu l'idée de construire la narration visuelle de cette manière, mais c'est ingénieux ! Un simple coup d'œil à la couverture suffit pour comprendre que nous n'avons pas affaire à un livre pour enfants traditionnel ! Les casseroles et la bouilloire sont personnifiées. Elles sont généreuses par leurs formes arrondies et malicieuses par leurs regards. Elles possèdent des pieds pour nous inviter à suivre leurs aventures. Au second plan, les pommes de terre dans la casserole sont captivées par le récit. 2 - Le cèpe est le champignon national tchèque, sa cueillette est un sport pratiqué à haut niveau. En tchèque, il y a un verbe et un vocabulaire très précis pour dire « cueillir des champignons » : Houbařit, « le cueilleur de champignons » se dit Houbaři et « la cueillette des champignons » Houbaření. Petit vocabulaire rassemblé par Pascale Parry, merci ! 3 - Krakonoš ou Rýbrcoul (en allemand Rübezahl, en polonais Liczyrzepa) est un esprit mythique des montagnes, qui sous diverses formes protège l'ensemble des Monts des Géants des chasseurs de trésors avides, des braconniers et autres mécréants. Il évoque pour moi la délicieuse bière de la ville de Trutnov. L'incarnation humaine des différents éléments est drôle tout en restant élégante. La personnification des ustensiles et des légumes et des cèpes2 ne me semble pas singulière pour l'époque. Des artistes du XIXe siècle comme Edward Lear et Granville s'amusaient avec les animaux et les plantes ! Aux États-Unis, T. Benjamin Faucett nous régalait de personnifications de fruits et légumes. Dès la première page, les principaux personnages de ce conte sont mis en place : les ustensiles culinaires (récipients, casseroles, poêle, faitout, four, poêle à bûches) et d'autres objets comme la pendule. Les enfants n'apparaissent que sur la deuxième page pour signifier leur second rôle. Des bruits étranges de casseroles sur le fourneau naissent une histoire terrible de sorcières qui aiment perdre les enfants, pour se régaler de leurs cris. Mais la gentille fée sait réconforter les enfants perdus avec une bonne soupe qui les rend si forts qu'ils chassent la méchante sorcière ! Certainement une fée de la cuisine. Les histoires s'enchaînent et rebondissent sur la poêle de la première page dans laquelle les œufs au plat grésillent. L'elfe les fait frire. Il nous apprend aussi que même si les œufs de Pâques en chocolat semblent meilleurs que les œufs de poule, il ne faut pas se moquer d'eux car de ces œufs naissent de jolis poussins. À chaque nouvelle aventure, un élément particulier de la première page est mis en scène ! Un récit graphiquement très malin ! En bref sur l'auteur : Tobiáš Eliáš Tisovský (1863-1939) passe ses années scolaires à České Heřmanice et Vysoké Mýto. Il obtient un diplôme de l'enseignement supérieur de Litomyšl, puis de l'Université technique tchèque de Prague. Il travaille quelque temps en tant que chimiste dans une sucrerie à Městec Králové. En 1892, il rejoint la Direction financière de l'État en tant qu'auditeur-contrôleur comptable., puis plus tard, le conseil de contrôle en chef et est devenu directeur. Entre 1892 et 1910, il travaille au bureau des impôts de Tábor, puis jusqu'à sa retraite à Prague. En parallèle, c'est un auteur prolifique pour adultes et enfants, et il réalise des traductions. Il écrit surtout des nouvelles et des histoires pour les adultes, et des contes de fées pour les enfants. Au tournant des XIXe et XXe siècles, la plus grande partie de sa fiction est consacrée à la culture spécifiquement tchèque et à son folklore en relation avec la nature et les mythes. Dans un décor du quotidien, il joue avec l'anthropomorphisme et la personnification des objets. Il brouille les pistes en utilisant des pseudonymes : Vlk Tisovský et Hvězda Jaromír. Ce dernier est surtout utilisé pour les traductions d'ouvrages pour enfants. En 1906, il a traduit le Baron Prášil4 illustré par Miloš Slovák, qui est paru en format album illustré en 1923, un an avant Na naší peci dějí se věci ! Na plotně naší v pekáčích straší. En 1911, il traduit Le merveilleux voyage de Nils Holgersson à travers la Suède de Selma Lagerlöf. Au cours de sa vie, il écrit une cinquantaine d'ouvrages, dont une dizaine pour enfants, mais pour l'instant, je ne sais toujours pas s'il a une activité d'illustrateur. Donc, le mystère reste entier en ce qui concerne les illustrations, mais j'ai quelques hypothèses sur lesquelles je travaille. 4 - En 1906, première traduction de Baron Prášil (Baron de Crac / Le baron de Munchausen) de T.E Vytovski sous le pseudonyme Hvězda Jaromír. En 1921, parution en album illustré par Miloš Slovák, aux éditions Šolc a Šimáček.

  • Pohádka o staré tramvaji

    Pohádka o staré tramvaji (Le conte du vieux tramway), écrit par Ota Hofman et illustré par Alois Mikulka, publié par la maison d'édition nationale de livres pour enfants (SNDK) en 1961 et réédité en 1972. Alois Mikulka (1933-) est un illustrateur aux dessins joyeux, naïvement grotesques et stylisés. Certains se distinguent par une précieuse particularité : une imitation écrite et dessinée de blagues d'enfants. Les pages de ces livres sont variées, avec des coupes, des réécritures et des corrections, créant un effet joyeusement absurde ! Cependant, cette particularité se retrouve assez peu dans les deux ouvrages dont je vais parler maintenant. Malgré cela, on peut discerner un besoin d'insérer de l'écriture manuscrite. Pohádka o staré tramvaji (Le conte du vieux tramway) est le premier livre pour enfants illustré par Alois Mikulka en 1961. Pour cette nouvelle édition, onze ans plus tard, il intervient à nouveau sur l'ensemble de ses dessins. C'est un peu comme un Ping-Pong graphique en termes d'évolution, et le plus étonnant, c'est que les deux versions sont extrêmement réussies ! Une décennie plus tard, lors d'une interview précédant un colloque Ibby en 1980, il explique à quel point il considère l'intégration du jeu comme cruciale dans l'activité créative et comment il aime dessiner en collaboration avec les enfants. Il admire l'immédiateté des enfants, leur jeu sans inhibitions ni limites, leur fantaisie débridée et leur amour de l'absurde et du plaisir. Cette attitude libre et sans contrainte est clairement visible lorsqu'on compare ces deux éditions. Au milieu des années 60, il commence à utiliser des pastels gras et des crayons de couleur pour se rapprocher davantage du style de dessin des enfants ! Cette réinterprétation n'est pas une coïncidence, intervenant au début des années 70. Les éditions Albatros ont vu le jour à partir des éditions SNDK (Maison d'édition d'État de livres pour enfants). Cette dernière a été fondée en avril 1949 dans le cadre de la vague de nationalisation et de fusion d'entreprises privées consécutive à la prise de pouvoir des communistes en février 1948. Elle a initié sa production en se basant sur les modèles soviétiques, avec Václav Netušil en tant que premier directeur. En 1952, un changement de direction s'amorce avec l'arrivée du nouveau rédacteur en chef, Karel Nový. En 1956, Bohumil Říha prend la direction et Václav Stejskal devient rédacteur en chef. La maison d'édition rassemble alors de nombreux auteurs et traducteurs de renom pour son travail. En 1964, elle compte parmi les sept cofondatrices de la Foire du Bologne et crée également le Club des jeunes lecteurs (Klub Mladých Čtenářů) en Tchécoslovaquie la même année. Ce club de lecteurs, qui possède aussi une galerie et propose des abonnements, donne naissance à la collection de livres Klub Mladých Čtenářů au début des années 60. En 1969, avec l'évolution politique et la période de normalisation après le Printemps de Prague, le gouvernement prend le contrôle de SNDK, qui devient alors Albatros. Des changements surviennent non seulement au niveau de la direction et des éditeurs, mais également au niveau de l'orientation politique, avec l'abandon de nombreux projets éditoriaux et l'interdiction de nombreux auteurs. Certains d'entre eux publieront sous pseudonyme avec le soutien d'éditeurs courageux. Des textes sont réécrits pour se conformer à la norme de la réalité socialiste et réinterprétés graphiquement. Anisi dans le texte de Pohádka o staré tramvaji, le tramway change de couleur, passant du rouge au bleu, comme si la couleur rouge devait se restreindre au parti politique, mais il termine en couleur dorée. Ces légères modifications dans le texte et la réinterprétation graphique pleine de liberté s'alignent avec la direction politique stricte et cette nouvelle collection Klub Mladých Čtenářů. Il est possible que la censure ait été moins attentive aux illustrations. Cette réédition a permis de rémunérer les deux artistes impliqués. En bref sur l'auteur : Alois Mikulka (né en 1933) est un peintre, sculpteur, auteur et un illustrateur joyeux de livres pour enfants. Après avoir étudié aux Arts appliqués de Brno, il poursuit ses études aux Beaux-Arts de Bratislava, où il obtient son diplôme en 1958. Son travail artistique se concentre principalement sur la peinture et la sculpture. L'illustration occupe une place relativement modeste dans son corpus créatif, bien qu'il ait tout de même illustré près d'une centaine d'albums, dont certains sont encore réédités aujourd'hui ! Il écrit, dessine et peint pour des magazines tels que Mateřídouška, Sluníček, et Sedmičkapionýrů. Il réside à Brno.

  • Kobylka Lajda doma

    Kobylka Lajda doma (La pouliche/La jument Lajda à la maison !), Jaroslav Podroužek (1913-1954), illustré par Ladislav Česák (1916-?), éditions Jan Jestřábek, ( date non confirmée peut-être 1947) L'ouvrage Kobylka Lajda doma (La pouliche / la jument Lajda à la maison !), Jaroslav Podroužek (1913-1954), Ladislav Česák (1916-?), édité par Jan Jestřábek, suscite en moi une fascination croissante. Cela s'explique peut-être par un autre livre qui a laissé une empreinte marquante dans ma mémoire : Je fais mes jouets avec des plantes1, une réédition en fac-similé d'un des premiers albums du Père Castor datant de 1933 et publiée par l'association Les Amis du Père Castor en 2003. Cet ouvrage dévoile un univers de bricolage, avec des modèles remarquablement complexes et précis, exigeant une grande dextérité. Une véritable pépite artistique. En observant plus attentivement, le cheval représenté par Lajda se distingue par son caractère unique. Il partage une similitude avec le cerf présent dans Je fais mes jouets avec des plantes. La singularité de Lajda réside dans sa conception, son corps composé de marrons aux pieds de haricots secs, reliés par du fil. Sa tête, ses oreilles et sa queue ressemblent aux ramures d'un volant de badminton. Ce personnage évoque l'humour tout en dégageant une élégante souplesse, une dextérité et une légèreté particulièrement plaisantes. Lajda semble naviguer avec aisance dans cet univers plus tangible. La mise en page de l'ouvrage est à la fois libre et équilibrée, offrant une combinaison harmonieuse entre texte et images, sans se laisser entraver par les contraintes. Les numérotations des pages et des histoires, sous forme de petites bulles chiffrées rappelant des boules de loto, intriguent et ajoutent une touche ludique. Ce livre, qui ne semble pas être répertorié dans les bibliothèques tchèques, m'amène à penser qu'il a été publié aux alentours de 1947, bien que cela demeure une hypothèse. Néanmoins, il est clair que ce livre évoque une époque particulière et possède des caractéristiques uniques. Mes recherches en cours pour en savoir davantage sur cette publication sont indéniablement prometteuses …. En bref sur les auteurs : Jaroslav Podroužek (1913-1954) se distingue en tant qu'éditeur, romancier, auteur de livres pour enfants et même traducteur de l'anglais. Ladislav Česák (1916-?) présente un parcours aussi diversifié que remarquable. Alors qu'il est étudiant en médecine, il est déporté par les nazis à Oranienburg avant d'être libéré en 1940. Il poursuit ses études de médecine et connaît une carrière médicale notable. Entre 1946 et 1951, il est assistant dans un hôpital de Pardubice, spécialisé en obstétrique et gynécologie. Par la suite, de 1951 à 1988, il a dirigé le service de gynécologie-obstétrique de Městec Králové. Malgré ses obligations médicales, Ladislav Česák cultive sa passion pour l'art. Ses compétences en dessin et en peinture à l'huile lui permettent de s'exprimer artistiquement. Il a également l'occasion d'illustrer des livres pour enfants, notamment ceux édités par la maison d'édition de Prague Plzák. Les chevaux semblent être un thème récurrent dans son œuvre, Petit aparté sur l’ouvrage Je fais mes jouets avec des plantes. La découverte du livre Je fais mes jouets avec les plantes, une réédition précieuse publiée en 2003 par l'association Les Amis du Père Castor, a été une révélation pour moi. J’ai pu ainsi percevoir le lien, le travail et l'influence de Lida (Ludmila) Durdiková dans la création du Père Castor et au-delà. Cet ouvrage est initié et conçu par Lida pour le Père Castor avec L'institut Bakule. Elle a joué un rôle essentiel à l'Institut Bakule de Prague. Sa rencontre avec Paul Faucher en 1931 a conduit à la création de la collection du Père Castor. Après leur mariage en 1932, elle est retournée à Prague pour terminer les éditions en cours. Cette période a donné naissance à une série d'ouvrages où des auteurs tchécoslovaques, tels que Josef Lada et Ferdinand Krch (Ferdinand Cœur). Cependant, il est regrettable que l'apport de ces écrivains, éducateurs et concepteurs tchécoslovaques n'ait pas été pleinement reconnu, car la plupart de ces ouvrages ont été illustrés par des artistes français ou expatriés russes. Malgré cela, il faut noter le rôle important de Lida dans la création et l'écriture de la collection "Le roman des bêtes3", une collection qui reste intemporelle dans son approche et son impact. František Bakule (1877-1957), éminent éducateur tchécoslovaque et pionnier du mouvement d'éducation nouvelle, a exercé une influence significative sur Paul Faucher et Lida. Sa philosophie éducative a contribué à façonner la ligne éditoriale de la collection du Père Castor et à guider l'enseignement dans l'école de Paul Faucher. Leurs rencontres avec František Bakule ont laissé une marque durable sur leurs approches éditoriales et pédagogiques. La collection "Le roman des bêtes" demeure un exemple emblématique du renouveau graphique et d'une nouvelle conception du livre pour enfants dans l'entre-deux-guerres. La variété de ses titres et les thèmes abordés restent pertinents et captivants, témoignant du génie de sa conception.

  • Na minutku o mamutku

    Na minutku o mamutku, Wiktor Woroslzylski, Ping-Pong illustré par Milan Grygar et Józef Wilkoń. Souvent, un même texte est mis en images par différents illustrateurs. Je pose ici un simple ping-pong d’images d’un même texte illustré par deux artistes : Milan Grygar (version tchèque) et Józef Wilkoń (version polonaise1). N’ayant pas accès à la version originale polonaise, je m'engage dans ce ping-pong avec la version française parue en France sous le titre de Petit mammouth en 2008 aux éditions MeMo. Le jeu est donc biaisé ! Na minutku o mamutku, de Wiktor Woroszylski, illustré par Milan Grygar, éd. SNDK (Státní nakladatelství dětské knihy), 1968. Petit mammouth (Dużo śmiechu trochę smutku to historia o mamutku), de Wiktor Woroszylski, illustré par Józef Wilkoń, éditions MeMo, 2008, d'après l'édition originale des éditions Czytelnik, 1961. Cette version est particulièrement époustouflante au niveau graphique. La représentation singulière des mammouths en découpe de pochoirs, les détails mis en évidence par des collages ainsi que les fonds aux couleurs changeantes (vert sapin, rouge et bleu), qui évoluent en fonction du rythme de l'histoire, font de ce livre une expérimentation aux formes uniques. Les formes des mammouths laissent apparaître la couleur du papier, se détachant des fonds colorés et créant ainsi une forte présence visuelle. La typographie du titre, manuscrite par Milan Grygar, ajoute une touche de modernité à cet ouvrage publié en 1968. Chaque illustration, encadrée dans un carré, constitue une véritable galerie de peinture pour les enfants, et même pour nous... Pourtant, je suis profondément attachée à la version polonaise, Dużo śmiechu, trochę smutku to historia o mamutku, illustrée par Józef Wilkoń (1930-) et publiée en 1961. Elle demeure intemporelle et émouvante. L'influence sensible de l'art préhistorique, combinée à la création de Józef Wilkoń, en fait une œuvre à part. L'atmosphère préhistorique posée par Wilkoń établit le cadre. Cependant, le traitement des couleurs et des traits apporte une touche contemporaine, en harmonie avec l'histoire de ce petit mammouth. Car ce récit résonne avec les thèmes des fables pour enfants qui touchent chacun à un moment donné de sa vie : grandir, agir, avoir peur. L'humour et la poésie du texte apportent de la légèreté à cette histoire. En résumé, ces deux interprétations graphiques sont à la fois percutantes et radicales, tout en suivant des directions opposées. Je suis admiratrice... Une précision : il y a un déséquilibre textuel dans la version tchèque. Le choix délibéré d'alterner des doubles pages de texte a allégé les pages illustrées. En bref sur les illustrateurs : Milan Grygar (1926-) est un artiste, graphiste, affichiste, typographe et illustrateur tchèque. Diplômé des Arts Appliqués de Prague (UNMPRUM) en 1950, Milan Grygar est aujourd'hui l'une des plus grandes figures de l'art contemporain tchèque. Au début des années 60, il entreprend des explorations graphiques mêlant le son et l'illustration, influencé par John Cage et le mouvement Fluxus. Son travail maintient un lien avec l'héritage spirituel que la musique représentait pour des artistes tels que Kandinsky, Delaunay et Kupka. En parallèle, il réalise 165 affiches pour le cinéma, collabore en tant que graphiste sur plus de 50 ouvrages pour adultes et enfants, et illustre une dizaine d'ouvrages pour enfants. Na minutku o mamutku est le troisième livre pour lequel il contribue au graphisme et à l'illustration. Ses recherches artistiques, qui visent à rendre le son visible dans les images produites, se manifestent également dans ses illustrations pour enfants. Il fut le compagnon de vie de Květa Pacovská. Józef Wilkoń (1930 né en Pologne) est diplômé en Histoire de l'Art de l'Université Jagellonne (1954) et en Peinture de l'Académie des Beaux-Arts de Cracovie (1955). Bien qu'il ait abordé différents domaines artistiques, il est surtout connu pour ses illustrations. Il a illustré plus de 120 livres en Pologne et plus de 60 titres dans d'autres pays. Il a commencé sa carrière d'illustrateur en 1956. Aujourd'hui, il est considéré comme l'un des maîtres de l'illustration polonaise. Ses études en histoire de l'art et sa grande sensibilité esthétique lui permettent de s'inspirer de réalisations d'autres cultures et de l'art du passé. Cet ouvrage en est un bel exemple. Ses illustrations créent des mondes extrêmement cohérents, même s'ils diffèrent sur de nombreux aspects.

  • Jak šel Brousek na vandr

    Jak šel Brousek na vandr (Comment la meule s'est mise à vagabonder), Jan Skácel, illustrations de Jan Kubíček, graphisme de Lumír Ševčík, SNDK (Státní nakladatelství dětské knihy, maison d'édition nationale de livres pour enfants), 1961. Jan Kubíček a un dessin très stylisé. Les formes géométriques sont omniprésentes tout en laissant un champ assez large à l’interprétation, à l’humour, à la générosité et à l’enfance. En résumé, c'est l’histoire d’une petite meule qui s’ennuie et qui s’empoussière. Maltraitée par son propriétaire, elle prend la route et roule, roule, du champ à la rivière, en passant par les collines et arrive en ville. Elle trouve enfin sa place dans une usine et la joie d’être utile au plus grand nombre. Cette histoire est saupoudrée d’idéaux communistes mais je la trouve quand même mignonne. Cet ouvrage illustré par Jan Kubíček est l’un de ses premiers livres pour enfants, moins radical dans son traitement que ceux qu’il réalisera plus tard. Mais l’on sent les prémices du travail tout en géométrie de Jan Kubíček. La personnification de la meule est une vraie réussite, elle émeut, fait rire et donne une belle dynamique à cet album. Elle est aussi vive que Roule galette. En bref sur l’auteur : Jan Kubíček (1927-2013) est peintre, photographe, graphiste, affichiste et illustrateur. Diplômé des arts appliqués de Prague en 1953, il étudie la scénographie à l'Académie des arts du spectacle de Prague de 1954 à 1957. Il est l'un des représentants les plus radicaux d'Europe centrale de l'art constructiviste et concret. Il illustre un grand nombre de livres pour enfants et réalise des constructions en plexiglas ! Pour tous ceux qui connaissent ma passion pour le mobilier et les jouets en plastique. Je suis donc en train de préparer un dossier et peut-être que le résultat sera posté ici très bientôt ! Il faut souligner que le travail du graphiste (rédacteur artistique) Lumír Ševčík est assez exceptionnel : la mise en page, l’utilisation de fonds découpés en couleurs mettent en valeur le dessin ! Il arrive à rendre compte du rythme. Je parlerai peut-être un jour de ce graphiste génial !

  • Záhada kolem albatrosa

    Záhada kolem albatrosa (Le mystère de l'albatros) texte de Jiří Marek, illustrations de Stanislav Duda, éditions Svoboda, 1970. Stanislav Duda se distingue dans l'illustration de romans d'enquête, notamment avec Záhada kolem albatrosu. Dans ce livre, l'humour et la malice se complètent tout en laissant une part au suspense. Le point de vue du dessin invite à regarder les éléments du texte différemment. Le jeu de couleurs noir, rouge orangé, l’orange et blanc pose les bases de l'enquête. Et donne un cadre aux détails. Avec brio, il dépeint les intrigues et les mystères de l'intrigue, donnant vie aux personnages. Son trait est dynamique et une impression de mouvement s’en dégage. Son sens de l'humour subtil et sa finesse artistique font de chaque page une expérience visuelle. Les couleurs qu'il utilise, notamment le noir, le rouge et le blanc, renforcent l'atmosphère de mystère et de suspense qui règne dans ces romans. Stanislav Duda mêle l'humour à l'intrigue. Ses illustrations captivent le lecteur, le plongeant encore plus profondément dans l'histoire et l'incitant à chercher des indices cachés dans les détails du dessin. En résumé, il apporte une dimension visuelle essentielle à cette enquête. En bref sur l'auteur : Stanislav Duda (1921-2008) est illustrateur, affichiste, graphiste et peintre. Il fait partie de ces artistes du grotesque qui, comme Jiří Šalamoun, sont très actifs depuis le milieu des années 50 jusqu'à la fin des années 90. Il intègre les Arts appliqués de Prague (VŠUP Vysoké škole uměleckoprůmyslová v Praze) en 1941 et en sort diplômé en 1947. De 1948 à 1953, il travaille dans le domaine de la publicité. Il développe également de manière significative des solutions créatives pour des expositions nationales ou étrangères (Bruxelles en 1958, Milan en 1968, Montréal en 1975, entre autres). De nombreux prix lui sont attribués dans ce domaine. Parallèlement, il illustre plus d'une soixantaine de livres pour enfants dans différents genres. Il reçoit des mentions et des prix pour le concours des Plus Beaux Livres tchèques de l'année (Nejkrásnější české knihy roku). Il réalise aussi une quarantaine d’affiches pour le cinéma !

  • Vlatisvěda 3

    Vlatisvěda 3 (Éducation civique), éditions OPS a OŠK ONV BRNO VENKOV (Campagne de Brno), sans date (période communiste). Pleine de curiosité à l'égard des livres scolaires tchèques, je n'ai pu résister à l'envie d'acquérir cet ouvrage particulier : Vlatisvěda 3 OPS a OŠK ONV BRNO VENKOV (Campagne de Brno) ! Même si aucune date n'est précisée, les noms de l'inspecteur scolaire de l'époque, Jan Gross, ainsi que de l'équipe enseignante y figurent. Je pourrais entreprendre des recherches pour établir une datation précise, mais les indications présentes laissent entrevoir une influence communiste marquée. Le thème de ce livre est particulièrement captivant : il s'agit d'un guide destiné aux enseignants, composé de recommandations précises et d'instructions pédagogiques pour l'enseignement des "Sciences de la Vie et de la Terre", comme on les appelle en France de nos jours. La fabrication et la conception de cet ouvrage m'émeuvent grandement. Pratiquement à la manière des "Samizdats", le texte du livre est dactylographié recto verso, et il est accompagné de nombreuses planches illustrées : fleurs, plantes, fermes, animaux, villes, panneaux indicateurs... Certaines illustrations sont même en couleur ! Je me demande combien d'exemplaires ont été imprimés, et cela suscite ma curiosité. Cet ouvrage semble véritablement incarner un témoignage poignant de l'époque, avec ses directives éducatives fortement imprégnées de la philosophie communiste. La manière dont il a été conçu, avec une esthétique évoquant les techniques de publication alternative des "Samizdats", le distingue. Contrairement à ces derniers, cet ouvrage a été élaboré pour être partagé, mais sa production artisanale a probablement été limitée, ce qui suggère qu'il a été édité en petit nombre. Une enquête plus approfondie pourrait apporter des éclaircissements sur sa distribution et sur l'impact qu'il a pu avoir sur l'enseignement de l'époque. Ce livre, à travers ses caractéristiques artistiques et éducatives, pourrait éclairer des aspects importants de l'histoire éducative et culturelle de cette période complexe.

  • Kniha vnímání

    Kniha vnímání, (Le livre de la perception), écrit et ilustré par Lucie Lučanská, éditions Lux - Michal Štěpánek, 2022. Kniha vnímání est à l'origine le projet de fin d'étude de Lucie Lučanská à UMPRUM (Arts appliqués de Prague) qu'elle a retravaillé. C'est une exploration des sens en images. L'atmosphère graphique change pour chaque sens. Une précision dans l'illustration transmet ce que les sens évoquent dans nos vies. Une pépite visuelle, avec des éléments d'impression et d'effets : visuels (effets d'optique), tactiles (des parties en volumes légèrement glacées et pailletées) et olfactifs (l'essence du pain à découvrir !), gustatifs (la découverte du sucré, salé, froid, chaud...) permettent une découverte complète des sens, tout en délicatesse pertinente ! Une sensation d'impression en riso donne à cet ouvrage un délicieux velouté visuel. Le dépaysement sensoriel est assuré ! Il y a aussi dans ce livre une modernité teintée du passé par certains éléments, comme la typographie manuscrite et les soulignements, qui donne une coloration particulière, tchèque …. Lucie Lučanská est véritablement impressionnante. En 2019, elle a également illustré un ouvrage qui m'a marquée graphiquement, Alef, Bet, Ted à découvrir…

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