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  • Kobylka Lajda doma

    Kobylka Lajda doma (La pouliche/La jument Lajda à la maison !), Jaroslav Podroužek (1913-1954), illustré par Ladislav Česák (1916-?), éditions Jan Jestřábek, ( date non confirmée peut-être 1947) L'ouvrage Kobylka Lajda doma (La pouliche / la jument Lajda à la maison !), Jaroslav Podroužek (1913-1954), Ladislav Česák (1916-?), édité par Jan Jestřábek, suscite en moi une fascination croissante. Cela s'explique peut-être par un autre livre qui a laissé une empreinte marquante dans ma mémoire : Je fais mes jouets avec des plantes1, une réédition en fac-similé d'un des premiers albums du Père Castor datant de 1933 et publiée par l'association Les Amis du Père Castor en 2003. Cet ouvrage dévoile un univers de bricolage, avec des modèles remarquablement complexes et précis, exigeant une grande dextérité. Une véritable pépite artistique. En observant plus attentivement, le cheval représenté par Lajda se distingue par son caractère unique. Il partage une similitude avec le cerf présent dans Je fais mes jouets avec des plantes. La singularité de Lajda réside dans sa conception, son corps composé de marrons aux pieds de haricots secs, reliés par du fil. Sa tête, ses oreilles et sa queue ressemblent aux ramures d'un volant de badminton. Ce personnage évoque l'humour tout en dégageant une élégante souplesse, une dextérité et une légèreté particulièrement plaisantes. Lajda semble naviguer avec aisance dans cet univers plus tangible. La mise en page de l'ouvrage est à la fois libre et équilibrée, offrant une combinaison harmonieuse entre texte et images, sans se laisser entraver par les contraintes. Les numérotations des pages et des histoires, sous forme de petites bulles chiffrées rappelant des boules de loto, intriguent et ajoutent une touche ludique. Ce livre, qui ne semble pas être répertorié dans les bibliothèques tchèques, m'amène à penser qu'il a été publié aux alentours de 1947, bien que cela demeure une hypothèse. Néanmoins, il est clair que ce livre évoque une époque particulière et possède des caractéristiques uniques. Mes recherches en cours pour en savoir davantage sur cette publication sont indéniablement prometteuses …. En bref sur les auteurs : Jaroslav Podroužek (1913-1954) se distingue en tant qu'éditeur, romancier, auteur de livres pour enfants et même traducteur de l'anglais. Ladislav Česák (1916-?) présente un parcours aussi diversifié que remarquable. Alors qu'il est étudiant en médecine, il est déporté par les nazis à Oranienburg avant d'être libéré en 1940. Il poursuit ses études de médecine et connaît une carrière médicale notable. Entre 1946 et 1951, il est assistant dans un hôpital de Pardubice, spécialisé en obstétrique et gynécologie. Par la suite, de 1951 à 1988, il a dirigé le service de gynécologie-obstétrique de Městec Králové. Malgré ses obligations médicales, Ladislav Česák cultive sa passion pour l'art. Ses compétences en dessin et en peinture à l'huile lui permettent de s'exprimer artistiquement. Il a également l'occasion d'illustrer des livres pour enfants, notamment ceux édités par la maison d'édition de Prague Plzák. Les chevaux semblent être un thème récurrent dans son œuvre, Petit aparté sur l’ouvrage Je fais mes jouets avec des plantes. La découverte du livre Je fais mes jouets avec les plantes, une réédition précieuse publiée en 2003 par l'association Les Amis du Père Castor, a été une révélation pour moi. J’ai pu ainsi percevoir le lien, le travail et l'influence de Lida (Ludmila) Durdiková dans la création du Père Castor et au-delà. Cet ouvrage est initié et conçu par Lida pour le Père Castor avec L'institut Bakule. Elle a joué un rôle essentiel à l'Institut Bakule de Prague. Sa rencontre avec Paul Faucher en 1931 a conduit à la création de la collection du Père Castor. Après leur mariage en 1932, elle est retournée à Prague pour terminer les éditions en cours. Cette période a donné naissance à une série d'ouvrages où des auteurs tchécoslovaques, tels que Josef Lada et Ferdinand Krch (Ferdinand Cœur). Cependant, il est regrettable que l'apport de ces écrivains, éducateurs et concepteurs tchécoslovaques n'ait pas été pleinement reconnu, car la plupart de ces ouvrages ont été illustrés par des artistes français ou expatriés russes. Malgré cela, il faut noter le rôle important de Lida dans la création et l'écriture de la collection "Le roman des bêtes3", une collection qui reste intemporelle dans son approche et son impact. František Bakule (1877-1957), éminent éducateur tchécoslovaque et pionnier du mouvement d'éducation nouvelle, a exercé une influence significative sur Paul Faucher et Lida. Sa philosophie éducative a contribué à façonner la ligne éditoriale de la collection du Père Castor et à guider l'enseignement dans l'école de Paul Faucher. Leurs rencontres avec František Bakule ont laissé une marque durable sur leurs approches éditoriales et pédagogiques. La collection "Le roman des bêtes" demeure un exemple emblématique du renouveau graphique et d'une nouvelle conception du livre pour enfants dans l'entre-deux-guerres. La variété de ses titres et les thèmes abordés restent pertinents et captivants, témoignant du génie de sa conception.

  • Medvěd medvědu medvědem

    Medvěd medvědu medvědem, Jiří Plachetka, illustrations de Václav Kabát, graphisme de Milan Kopřiva, éditions SVĚT SOVĚTŮ, 1967. Václav Kabát est un artiste très respecté et reconnu en République tchèque. J'étais très étonnée lorsque je discutais avec des collectionneurs, des graphistes ou des illustrateurs, car son nom revenait sans cesse. J'avais croisé certains de ses ouvrages, mais quelque chose de trop classique me laissait totalement indifférente... J'ai répertorié jusqu'à présent 82 titres qu'il a illustrés, mais je pense qu'il en manque... Je cherchais donc le livre le plus singulier de cet artiste, jusqu'à ce que je découvre celui-ci ! Medvěd medvědu medvědem est un livre étonnant par son traitement et ses illustrations. Ce livre raconte les aventures de l'Académie des sciences des ours, composée de six personnes, dont l'objet de leurs recherches est les ours... L'histoire est totalement farfelue, mêlant recherche, enquête et données scientifiques fantaisistes. Václav Kabát se distingue par son dessin qui différencie ces deux catégories. D'un côté, les membres de l'académie sont dessinés au trait à l'encre, regorgeant de détails incongrus, et les personnages adoptent souvent des postures proches de la caricature. De l'autre, les ours sont illustrés avec de grands aplats de noir, où seules des ombres blanches délimitent certains aspects de leur morphologie, comme le museau, les pattes, les yeux... Le dessin les rend d'autant plus mystérieux. Parfois, ces deux mondes se rencontrent et donnent lieu à des pages exceptionnelles d'anthropomorphisme. Toutefois, les illustrations conservent un grand respect pour ces plantigrades. Václav Kabát insère délicieusement des éléments manuscrits pour faire parler les personnages par des phrases courtes qui contextualisent un moment ou par des onomatopées ! Il met en valeur des éléments que l'auteur lui-même n'a pas exprimés, mais qui suivent l'intrigue ou l'atmosphère. Tout cela apporte un dynamisme et de l'humour à ce dessin en noir et blanc. Il me semble évident que le travail de ces deux compères, tous deux graphistes, a créé une émulation autour de cet ouvrage. Dans ce livre, Milan Kopřiva (1929-1997) déploie tout son talent. Il utilise l'espace de la page au maximum, avec un texte en deux colonnes comme dans la presse. Les éléments sont disposés de manière à délimiter des rimes plutôt que des sections, ce qui confère une rythmique visuelle très marquée. Il joue avec différentes typographies, variant leurs tailles, les faisant danser, surgir ou se fondre avec les onomatopées, toujours en harmonie avec le texte et la page. L'utilisation judicieuse des espaces blancs, avec le dessin et les typographies dépassant toutes les règles de mise en page, aboutit pourtant à un équilibre et une élégance rares. Les pages sont empreintes de burlesque, de grotesque et de joie. Il joue également avec les fonds noirs imprimés en blanc pour mettre l'accent sur un événement. Le choix économique de n'utiliser que le noir et le rouge parvient pourtant à rendre ce livre surprenant et joyeux ! Et pour couronner le tout, une petite cerise sur le gâteau : les numéros de pages composés de chiffres à additionner et à soustraire, un jeu amusant, par exemple, 34+24+24 (= 86) ou celle d'à côté 72+57-57 (= 87). Je trouve géniale l'idée de dire "j'en suis à la page 35+35+44", c'est le nombre total de pages de cet ouvrage ! Ils en font peut-être un peu trop, mais c'est pour mon plus grand bonheur ! En bref sur les auteurs : Václav Kabát (né en 1932) étudie à l'École nationale de graphisme de Prague de 1947 à 1951, puis à l'Académie des beaux-arts de Prague de 1951 à 1958. Après ses études, il devient indépendant en tant que graphiste et illustrateur, travaillant principalement pour de nombreuses maisons d'édition, dont Mladá Fronta, SNDK (qui devient Albatros en 1968). De plus, il collabore avec de nombreuses revues. Il participe à de nombreuses expositions collectives dès le milieu des années 70, notamment à Leipzig, Bologne et Prague. En 1974, il reçoit une mention à la foire du livre jeunesse de Bologne pour le livre Thurberovy knihy Tŕinácteryhodiny. Il contribue à l'illustration et au graphisme de plus d'une centaine de livres, dont la moitié sont destinés aux enfants. Jiří Plachetka (1927-2012), pour lequel j'ai trouvé très peu d'informations, écrit 9 livres pour enfants entre 1947 et 2003. Milan Kopřiva (1929-1997) est graphiste et typographe. Il étudie à l'Université des Arts Appliqués de Prague de 1948 à 1953, où il poursuit ses études jusqu'en 1955. Après avoir terminé l'école, il travaille comme rédacteur artistique pour le journal Rudé právo. De 1963 à 1965, il est employé au ČTK (Česká tisková kancelář, Agence de presse nationale) en tant que rédacteur graphique pour le nouveau magazine 100+1 intérêt étranger. À partir de 1965, il devient freelance. Il collabore au graphisme de près de 700 livres et réalise des dizaines d'affiches, de catalogues et de tirages occasionnels. Il est le graphiste de la plupart des livres pour la jeunesse de la maison d'édition Mladá fronta. Il reçoit de nombreuses récompenses pour son travail et travaille en étroite collaboration avec de grands artistes tchèques et slovaques (Adolf Born, Jiří Šalamoun, Zdeněk Mézl, Václav Kabát, František Skála, et des photographes (Josef Koudelka, Miroslav Hucek … .) et d'autres personnalités de la culture tchécoslovaque.

  • Domeček z kostek

    Domeček z kostek (Une maison en briques), Ela Periocová, traduit du slovaque, illustrations de Gabriela Dubská , éditions SNDK, 1962. J'ai souvent croisé le travail de Gabriela Dubská, mais je n'avais pas pleinement pris conscience de l'étendue de son œuvre. J'étais familiere de ses illustrations pour la série de dessins animés O Markové Panence a motýlu Emanuelovi 1 (La poupée de pavot et le papillon Emanuel), produite par les studios Bratři v triku et réalisée pour l'émission télévisée tchèque Večerníček2. Ces feuilletons étaient mignons, et bien que je ne sois pas spécialement attirée par le graphisme, j'étais particulièrement attentive à cette série en raison du personnage d'Emanuel le papillon, qui pleure et sait demander de l'aide à la poupée de pavot. De plus, la musique de la série est relaxante… En résumé, ça se laisse regarder... Cependant, je trouvais parfois son univers graphique un peu trop classique, complaisant et gentillet à mon goût. Malgré cela, je me suis arrêtée sur son ouvrage intitulé Domeček z kostek (Une maison en briques), l'un de ses premiers livres illustrés. J'ai été charmée par les jeux de cubes et les dessins qui s'intègrent dans une structure géométrique, du pixel art avant-gardiste ? Gabriela Dubská s'amuse avec une trame composée de carrés, rappelant un mur ou une page de cahier. Pour ses dessins géométriques, elle ne respecte pas toujours la forme et les objets représentés. Par exemple, les triangles qui composent l'arbre sont posés sans suivre strictement la grille. La pendule est dépourvue d'aiguilles pour ne pas briser la rondeur de l'horloge et compliquer le dessin avec des éléments verticaux. Sa palette de couleurs est chaleureuse, exploitant les nuances de la brique, avec des tons d'orange, de rouge et de jaune. Tout cela contribue à une atmosphère douce et accueillante. L'arrière-plan géométrique, avec ses aplats de couleurs, pourrait servir d'imprimé idéal pour des tissus, tandis que les personnages dessinés trouveraient facilement leur place dans une revue de mode de l'époque. Dans cet ouvrage, Gabriela Dubská dispose parfois maladroitement des vignettes dans l'espace quadrillé, plaçant les éléments clés de l'histoire de manière simple et laissant ainsi place à l'imaginaire de l'enfant. Bien que cela ne soit pas toujours parfaitement réussi, ça reste malin. En bref sur l’illustratrice : Gabriela Dubská (1915-2003) a obtenu son diplôme de l'École des arts et métiers de Brno, avec une spécialité en mode et textile, en 1936. Elle a ensuite étudié la peinture à Paris, à l'Académie de la Grande Chaumière. Après son retour à Prague, elle a travaillé pour le salon "Topič3". De 1947 à 1954, elle a occupé le poste de rédactrice chez la maison d'édition Rudé Právo. En 1954, soit quinze ans après la création de la maison d'édition nationale de livres pour enfants SNDK4 (Státní nakladatelství dětské knihy), Gabriela Dubská a entamé sa carrière de graphiste, rédactrice, puis directrice artistique. Elle est même devenue directrice adjointe de 1970 à 1973. En 1974, elle a pris les rênes de la maison d'édition qui avait depuis été rebaptisée Albatros pendant un an. Outre ses activités éditoriales, elle a poursuivi une carrière d'illustratrice. Dès le début de sa carrière, elle a illustré des magazines tels que Mateřídouška, Ohniček et Pionýr, ainsi que de nombreux livres pour enfants. Au début des années 70, elle a créé les illustrations pour une série animée tchèque intitulée O Markové Panence a motýlu Emanuelovi (La poupée de coquelicot et le papillon Emanuel) diffusée à la télévision tchèque. Elle a imaginé les personnages, l'univers et les animations de ces charmantes histoires écrites par Václav Čtvrtek. Elle a illustré une trentaine d'ouvrages pour enfants et laissé une production artistique considérable. Il est évident qu'il est nécessaire d'explorer de toute urgence la contribution de Gabriela Dubská, ou son absence de contribution, aux travaux des illustrateurs de SNDK/Albatros. Notes : 1 - O Markové Panence a motýlu Emanuelovi (La poupée de pavot/coquelicot et le papillon Emanuel), écrit par Václav Čtvrtek, illustré par Gabriela Dubská, réalisé par Václav Bedřich, studios Bratři v triku, production Československá televize et Krátký film Praha, 1972. La série a été diffusée en France pour la première fois à l'automne 1975, suivie de quatre rediffusions entre décembre 1975 et juillet 1977. Les épisodes de la série sont disponibles ici : lien extranet https://www.youtube.com/watch?v=nL4eKyndnes&t=2393s 2 - "Večerníček" est une émission de télévision destinée aux enfants, très populaire en Tchécoslovaquie. Elle a débuté en 1963 en tant que programme dominical, puis est passée à un format hebdomadaire en 1965, diffusé le soir à 18h45. Ce qui distingue cette émission est son engagement à programmer presque exclusivement des productions tchécoslovaques, notamment du studio Bratři v triku et de Krátký film Praha. Dans les années 70, une période de normalisation politique, alors que la répression était intense, cette émission a su offrir aux spectateurs un univers visuel délicieusement excentrique. Les animateurs ont fait preuve d'ingéniosité pour contourner les contraintes techniques, créant ainsi des animations fascinantes. La musique composée pour ces dessins animés était de haute qualité, et les histoires étaient conçues pour captiver tout en laissant place à l'imaginaire. Les personnages étaient bien développés. Cette émission a programmé au milieu des années 70 des histoires insolites au graphisme décalé, telles que "Maxipes fík" et "Médor le maxichien", scénarisées par Rudolf Čechura et dessinées par Jiří Šalmoun. On peut la comparer à "Bonne nuit les petits", à ceci près qu'en Tchéquie, l'émission existe toujours, permettant aux gens de découvrir ou de redécouvrir certains des dessins animés d'époque sur la chaîne de la ČT. Voici une vidéo montrant l'évolution du générique de l'émission, avec un générique spécial pour le 40e anniversaire particulièrement mignon à 7 min 29 s : lien extranet 3 - Le "Salon Topič", nommé d'après son fondateur František Topič, a été créé en 1886. Il a commencé comme une librairie et une maison d'édition en langue tchèque, avec une galerie d'exposition et un salon littéraire attenants. Dans ses publications, expositions et rencontres littéraires, le Salon Topič s'est efforcé de populariser la culture tchèque. Au fil du temps, il a changé de lieu, mais est resté un espace d'exposition et une librairie. Aujourd'hui, ce lieu emblématique de la culture tchèque est partiellement occupé par une banque, mais le nom de Topič reste inscrit en mosaïque sur le magnifique bâtiment de la Národní třída. 4 - "SNDK" (Státní nakladatelství dětské knihy, maison d'édition nationale de livres pour enfants), créé en 1949, est devenu les éditions "Albatros" en 1969. Il s'agit de la principale maison d'édition jeunesse pour enfants en Tchécoslovaquie, qui a été le refuge de nombreux artistes pendant la période communiste.

  • Skládanky z papíru, pro male i velké

    Skládanky z papíru, pro male i velké (puzzles (pliés)/ origamis de papier, pour les petits et les grands), Václav Penc, illustration R. Lander, éditions Vladimír Žikeš, Prague, 1948. Parfois, j'achète des livres parce qu'ils me procurent une véritable claque de joie graphique ! Même si cette émotion intense qu'ils suscitent n'a pas de sens, l'esthétique de ces livres m'ébranle. Pour l'instant, il n'est pas nécessaire que je fasse des recherches, donc je partage simplement ces images.

  • Zpověď humoristova a jiné povídky

    Zpověď humoristova a jiné povídky (Confession d'un humoriste et autres nouvelles), O.Henry, traduction de Stanislav Klimá, illustrations Stanislav Duda, éditions Melantrich, 1972. Satnislav Duda excelle dans l'illustration des histoires à suspense et Zpověď humoristova a jiné povídky en est la parfaite illustration. Dans ce livre, l'humour et la malice se complètent tout en laissant une part au suspense. Le point de vue adopté par le dessin invite à regarder les éléments du texte différemment. Le jeu de couleurs noir, orange et blanc pose les bases de l'enquête. Drôle, coquin et parfois inquiétant, son dessin est astucieux. Son trait vif, énergique, tout en rondeur et très fin, accompagne malicieusement le texte en jouant avec les perspectives. Parfois en contre-plongée pour nous placer au rang des spectateurs, ou en mettant en relief un seul élément de l'image par l'utilisation de disproportions. L'utilisation de la couleur orange est toujours pertinente, elle souligne un ou plusieurs éléments pour les mettre en valeur. En bref sur l'auteur : Stanislav Duda (1921-2008) est illustrateur, affichiste, graphiste et peintre. Il fait partie de ces artistes du grotesque qui, comme Jiří Šalamoun, sont très actifs depuis le milieu des années 50 jusqu'à la fin des années 90. Il intègre les Arts appliqués de Prague (VŠUP Vysokéškole uměleckoprůmyslová v Praze) en 1941 et en sort diplômé en 1947. De 1948 à 1953, il travaille dans le domaine de la publicité. Il développe également de manière significative des solutions créatives pour des expositions nationales ou étrangères (Bruxelles en 1958, Milan en 1968, Montréal en 1975, entre autres). De nombreux prix lui sont attribués dans ce domaine. Parallèlement, il illustre plus d'une soixantaine de livres pour enfants dans différents genres. Il reçoit des mentions et des prix pour le concours des Plus Beaux Livres tchèques de l'année (Nejkrásnějšíčeské knihy roku). Il réalise aussi quarantaine d’affiches pour le cinéma.

  • Jak krtek ke kalhotkám přišel

    Jak Krtek ke kalhotkám přišel (Comment la Petite Taupe se fit un pantalon) Eduard Petiška, réalisateur et animateur Zdeněk Miler, éditions SNDK (Státní nakladatelství dětské knihy), 1960. Il s'agit de la novélisation du premier film mettant en scène la petite Taupe (aussi appelée Taupek/Taupinette), Comment la Petite Taupe a confectionné son pantalon. Ce film est basé sur le film de 1957 et raconte la genèse de la création des dessins animés pour les tout-petits, dans le but de promouvoir la production tchécoslovaque, mettant en avant le lin et l'automobile. L'objectif était de créer des dessins animés malins, à l'opposé des dessins animés "hystériques" américains, pour montrer ainsi le savoir-faire tchécoslovaque en matière d'animation. Le cinéma d'animation est un domaine de la culture tchécoslovaque qui rayonne déjà à l'étranger, et il est mis en valeur par les autorités communistes. Zdeněk Miler n'est pas un novice, il collabore depuis 1948 avec les studios indépendants "Bratři v triku"1. En 1956, ce studio est placé sous la supervision centrale de l'entreprise d'État "Krátký film" (Films courts), ce qui marque un tournant dans la carrière de Zdeněk Miler. Pour créer un personnage, il cherchait un animal peu représenté dans la littérature pour enfants et le cinéma d'animation. En trébuchant sur une taupinière, l'idée lui est venue de faire d'une petite taupe le héroïne ! (J'ai lu cette information dans la presse, et j'aime à penser qu'elle est vraie, mais qui sait !). Ce qui est frappant, c'est le décor dans lequel évolue cette petite taupe, fait d'une flore et d'une faune délicates et vivantes. Les personnages secondaires sont tous attachants, et leurs expressions sont très expressives. Les films sont sans paroles, avec juste de la musique pour accompagner l'action. Pourtant, ils sont compréhensibles par les petits et les grands. Le succès est au rendez-vous, la presse s'en empare, et le livre est diffusé à l'étranger par les éditions "Artia"2 dès 1959 en France, puis dans d'autres pays d'Europe : France3, Italie, Angleterre, Allemagne... Il paraîtra un an plus tard en Tchécoslovaquie. Il faudra tout de même attendre 1963 pour voir un nouveau film de cette série, suivi d'une cinquantaine d'épisodes. Concernant le livre, il s'agit d'une novélisation, mais plutôt que de simplement copier les films et d'y ajouter du texte, des éléments des personnages sont extraits pour mettre en avant leurs actions et leurs interactions. Certains personnages sont détourés sur fond blanc pour enrichir l'histoire visuellement, permettant ainsi une lecture différente de l'œuvre. À la différence des films, qui sont sans paroles, le livre en contient du texte. Zdeněk Miler se concentre sur le jeune public à travers des dessins légers, amusants et aux couleurs vives, sur des fonds pittoresques aux tons pastel doux. Il anime de manière humoristique les personnages pour expliquer aux enfants divers phénomènes ou lois de la nature, souvent influencés par des facteurs civilisationnels. De manière ludique, il éclaire pour eux le sens des choses qui les entourent. La maquette du livre est parfois maladroite, mais elle dégage un charme certain, et l'objet est plus qu'un simple produit dérivé. Il est bien réalisé, imprimé avec soin, et le papier est de qualité ! Je comprends pourquoi ce livre et ce film ont enchanté le public ! En bref sur les auteurs : Zdenek Miler, de son vrai nom Zdeněk Müller (1921-2011), est un illustrateur, animateur et réalisateur de dessins animés. En 1938, il est admis à l'École des arts appliqués (UMPRUM) de Prague, en section photographie. Après la fermeture des universités et son implication dans les manifestations anti-nazis, il part à Zlín en 1941, où il travaille comme animateur et dessinateur au département des films de l'entreprise Bat'a. Quelques années après la Libération, en 1948, il rejoint le studio indépendant "Bratři v triku" en tant qu'animateur, artiste, scénariste et réalisateur. Il est également l'auteur du logo du studio. Il finit par diriger le studio. En 1956, il vit le rattachement à l'entreprise d'État "Krátký film". C'est alors qu'il reçoit la commande d'une série éducative et porteuse de savoir technologique, devant servir de faire-valoir culturel tchécoslovaque. Le succès est au rendez-vous, et il en résulte une cinquantaine d'épisodes. C'est ainsi qu'il crée la Petite Taupe (également appelée Taupek ou Taupinette). Miler a collaboré à une vingtaine de films d'animation au cours de sa carrière, avec les plus grands réalisateurs tchèques, tels qu'Eduard Hofman, Hermína Týrlová, Vladimír Lehký, Břetislav Dvořák et Jan Karpaš. Il a illustré une trentaine de livres pour enfants. Atteint de la maladie de Lyme, il cesse de dessiner en 2002 et il s'éteint en 2011. Eduard Petiška (1924-1987) est un écrivain tchèque. Dès son enfance, il est attiré par les histoires et lit abondamment. En 1945, il entame des études de littérature comparée et allemande à l'Université Charles. Parallèlement, il suit des cours d'esthétique, d'anthropologie et d'ethnographie. C'est à ce moment-là qu'il s'implique dans la vie culturelle de Prague. Il écrit de la poésie, de la prose et des articles pour la presse, tout en pratiquant la traduction. Il commence à collaborer avec le cinéma et la radio. Cependant, en 1948, tout s'arrête brutalement avec la prise de pouvoir communiste. Refusant de rejoindre le parti communiste, il trouve un nouvel élan dans le cinéma d'animation. Le succès international de ses œuvres lui permet de poursuivre son travail d'écriture en marge du système en place. Eduard Petiška est l'auteur de plus de 90 titres. Ses livres ont été traduits dans plusieurs dizaines de langues et ont rencontré un large succès à l'étranger. Parmi ses œuvres les plus célèbres, on compte les fables et légendes grecques antiques ainsi que les histoires mettant en scène la Petite Taupe. Petiška a exploré de nombreux genres littéraires, en tant que poète, romancier, nouvelliste, auteur de livres pour enfants et jeunes adultes, dramaturge, théoricien de la littérature jeunesse et traducteur. 1 - "Bratři v triku" était un studio de cinéma produisant des films d'animation depuis 1945. Il tirait son nom des trois frères qui y travaillaient, l'animateur sourd Boris Masník et ses frères Ivan et Vojen. À cette époque, c'était l'un des studios indépendants, studios et créateurs d'animation qui, pendant le régime totalitaire, étaient, sans exception, placés sous la supervision centrale de l'entreprise d'État "Krátký film". Le célèbre logo du studio, représentant trois petits garçons portant des T-shirts rayés, a été conçu par Zdeněk Miler, le père de la petite taupe. 2 - La maison d'édition d'État "Artia" a été créée peu après, en 1953. Elle se consacrait à l'exportation pour générer des devises pour le régime tchécoslovaque qui en manquait cruellement à l'époque. "Artia" répondait à des commandes précises d'éditeurs étrangers ou leur proposait des ouvrages "clés en main". Ainsi, pendant quarante ans, via entre autres les réseaux du PCF (Parti communiste français), les livres pour enfants de Jiří Trnka, Zdeněk Miler, Zdeněk Burian (Les Animaux préhistoriques) et les pop-up de l'illustrateur et ingénieur papier Vojtěch Kubašta étaient distribués en France. Entre 1954 et 1965, "Artia" a publié plus de 3000 titres dans 26 pays et en 17 langues. La collection de contes du monde entier publiée en France sous le label des éditions Gründ est la plus connue. Ces livres, à la fabrication soignée et aux illustrations aquarellées et poétiques, ont contribué à l'idée d'une "école tchécoslovaque" de l'illustration, comprenant des auteurs établis tels qu'Adolf Born, Ota Janeček et Eva Bednářová, mais aussi des artistes sur la liste noire du régime, tels que Rudolf Lukeš. Parallèlement, "Artia" a produit des pop-up réalisés par Kubašta pour la firme Walt Disney. 3 - La version française du livre, publiée en 1959, a été traduite par Jeanne-Marie de Glérolles et éditée par la Guilde du livre / Clairefontaine à Lausanne, conçue par Artia ! Curieusement, elle est parue en France un an avant sa version tchèque !

  • Rybí říkačky

    Rybí říkačky (Rimes de/des poissons), texte et illustrations deJosef Jíra, éditions Olympia, 1969. Je connaissais déjà cet artiste peintre, mais j'ai été surprise de découvrir un ouvrage pour enfants illustré par lui. Après des recherches, j'ai constaté qu'il avait en effet illustré deux livres pour enfants chez le même éditeur, publiés la même année ! Ce livre au format cartonné en forme de leporello est destiné aux tout-petits. Son travail aux pastels dégage une fraîcheur étonnante, avec une spontanéité et une gaieté qui sont probablement dues à l'utilisation de couleurs vives. Ce livre est un documentaire en poèmes sur les poissons. Les poissons sont dotés de personnalité, certainement grâce à l'observation minutieuse de l'auteur. Leurs différences sont mises en avant en fonction de leur habitat : lacs, rivières, étangs et cours d'eau d'Europe centrale ! Cela offre un beau panorama des poissons de rivières et de lacs que l'on peut trouver en Tchéquie. Il est à noter que la pêche et la cueillette de champignons sont des activités très appréciées par la plupart des Tchèques. La typographie manuscrite est fréquemment utilisée dans les livres pour enfants tchèques depuis le début du 2àe siècle et continue de l'être aujourd'hui. Dans cet ouvrage, le travail de typographie manuscrite est particulièrement intéressant. Dans l'encadré, le texte est écrit en rimes et ouvre la porte à ce documentaire poétique : « Eau, eau, eau et vies extérieures / Petit poisson - Tout le monde est différent, ils ont une apparence différente – il y a une carpe - le deuxième est paresseux et le troisième, je ne dirai pas ». Par un trait semi-épais, l'auteur met en évidence l'originalité de ce documentaire, laissant place à l'humour et à l'anthropomorphisme des poissons. Les caractères humains ainsi que leurs défauts ou particularités, comme la paresse, sont présentés à travers des rimes amusantes. Fait frappant, la construction avec le texte encadré et le titre en gros caractères rappelle la tradition des Loubok1 (loubki au pluriel), qui est une imagerie populaire russe également répandue en Europe centrale. C'est un texte minimal parfois encadré, laissant place à l'image et à son interprétation. On retrouve certains aspects du Loubok également dans le contenu. Le dessin suit la lignée de certains primitivistes tchèques, ce qui le rend à la fois intéressant et joyeux ! Ce livre est publié par les éditions Olympia (1954), et cela n'est pas un hasard. Cette maison d'édition tchèque, principalement orientée vers la littérature liée au sport et aux loisirs, s'est tournée vers les livres pour enfants depuis le début des années 60. En cherchant de nouveaux projets, elle a trouvé en Josef Jíra le parfait combo, car il avait été un sportif de haut niveau et était déjà reconnu en tant qu'artiste. Le champ du livre lui a été laissé. Je n'ai pas trouvé de trace de réédition... Il se peut que cet ouvrage n'ait pas rencontré le succès commercial escompté. Les éditions Olympia (1954) ont été créées en 1954 en tant qu'entreprise de l'Association tchécoslovaque d'éducation physique, publiant des livres et périodiques centrés sur le sport. En 1991, la maison d'édition est transformée en société par actions. À la suite de la dissolution de la Tchécoslovaquie en 1993, elle est devenue la propriété de l'Association tchèque d'éducation physique. Cette maison d'édition est toujours en activité. En bref sur l’auteur : Josef Jíra (1929-1999) est peintre, graphiste et illustrateur. En 1943, il commence des études à l'école professionnelle de bijouterie de Turnov. En 1946, il rentre à l'Académie des beaux-arts de Prague. En 1949, il est accepté à l'école de Miloslav Holé. et quitte volontairement alors l'académie. Dès son plus jeune âge, il peint beaucoup, mais en même temps il se consacre au sport (en 1946, il devient membre de l'équipe nationale tchécoslovaque de ski). Sa carrière sportive se termine par deux blessures en 1950 et 1954. Cependant, il skie passionnément toute sa vie, deux autres blessures (1973, 1989) entraînent toujours une mobilité réduite, il ne peut donc peindre qu'en atelier, principalement des portraits. Après 1954, il se consacre pleinement aux arts visuels. Au début, il vit du graphisme promotionnel, principalement pour subvenir aux besoins de sa famille. Il accepte des commandes d'illustrations de livres. Tout en continuant à peindre. Son premier succès survient en 1955, lorsqu'il reçoit une bourse d'un an. Jíra fut l'un des membres fondateurs du groupe M 57 et participe à toutes ses expositions (1959, 1960, 1962, 1969 et 1970). Le groupe est fondé en 1954, mais en raison de désaccords avec l'Association des artistes tchèques, sa première exposition n'a été autorisée qu'en 1959. Josef Jíra voyage davantage à la fin des années 1950 et surtout dans les années 1960. Il participe à l'exposition universelle Expo 58 à Bruxelles. Au cours des années suivantes, il visite Léningrad, Paris, l'Égypte, l'Italie, la Grèce, l'Espagne, la Suède, Cuba, l'Arménie, la Géorgie et plusieurs autres pays. Tous ces voyages ont eu une influence significative sur son œuvre. Mais ces voyages, surtout dans les premières années lui permettent de connaître l'art contemporain mondial ; il s'intéresse particulièrement aux œuvres des expressionnistes. Il laisse une œuvre picturale immense. 1 - Le Loubok (en russe : лубок), ou loubki au pluriel, est une estampe populaire russe gravée généralement sur bois. Les loubki se présentent sous la forme de graphismes simples et narratifs inspirés de la littérature, d'histoires religieuses et populaires. On peut les comparer aux gravures d'Épinal de l'imagerie Pellerin, mais originellement, ils s'inscrivent dans la lignée bien plus vaste et générique de l'imagerie populaire qui se développe en Europe à partir de la fin du XVe siècle, qui voit fleurir de nombreux opuscules, des livrets, qui ne sont ni des livres, ni des journaux.

  • Na minutku o mamutku

    Na minutku o mamutku, (Petit mamouth1) de Wiktor Woroszylski, illustré par Milan Grygar, édité par SNDK en 1968. Na minutku o mamutku (Petit mammouth1) est une œuvre remarquable du point de vue graphique. La représentation singulière des mammouths, découpés en pochoir, avec des détails mis en avant grâce à des collages et des fonds de couleur, tels que le vert sapin, le rouge et le bleu, qui évoluent en fonction du rythme de l'histoire, fait de ce livre une expérience visuelle unique. Les formes des mammouths se détachent des fonds colorés, laissant apparaître la couleur du papier et créant ainsi une présence visuelle marquante. La typographie manuscrite de Milan Grygar ajoute une touche de modernité à cet ouvrage publié en 1968. Chaque illustration, encadrée dans un carré, transforme le livre en une véritable galerie de peinture pour les enfants, mais aussi pour nous ! En bref sur l’artiste Milan Grygar (1926) est un artiste polyvalent tchèque, comprenant à la fois la création artistique, la conception graphique, l'affichage, la typographie et l'illustration. Diplômé des Arts Appliqués de Prague (UNMPRUM) en 1950, Milan Grygar est aujourd'hui l'une des figures majeures de l'art contemporain en République tchèque. Au cours des années 60, il s'aventure dans des expérimentations graphiques qui fusionnent le son et l'illustration, sous l'influence de John Cage et du mouvement Fluxus. Son travail entretient un lien avec l'héritage spirituel que la musique représente pour des artistes tels que Kandinsky, Delaunay et Kupka. En parallèle, il conçoit 165 affiches pour le cinéma, collabore en tant que graphiste sur plus de 50 ouvrages destinés aux adultes et aux enfants, et illustre une dizaine de livres pour enfants. Na minutku o mamutku est le troisième livre pour lequel il contribue à la conception graphique et à l'illustration. Ses recherches artistiques visant à rendre le son visible dans les images produites se manifestent également dans ses illustrations pour enfants. Il fut le compagnon de vie de Květa Pacovská, une autre artiste de renom. 1 - Petit mamouth est le titre français de la versions polonaise de l'album (avec les illustrations de Józef Wilkoń), traduit par Malgorta Somrag-Goldberg, paru aux éditions MeMo en 2008.

  • Dachenka ou la vie d'un bébé chien

    Dachenka ou la vie d’un bébé chien (Dášeňka čili život štěněte, Karel Čapek Fr. Borový 1932), Karel Čapek, graphisme Karel Teige, traduit par Anna et Jacques Arnaudiès, postface de Xavier Galmiche, éditions MeMo, 2015. N'ayant pas pu photographier ni la première, ni la deuxième édition, j'ai choisi de poster la version française. Bien que certains détails et la typographie aient été modifiés, la qualité d'impression, le respect global de la mise en page, ainsi que les scans des photos de Karel Čapek, réalisés dans ses archives personnelles à Prague par les éditions MeMo, m'ont semblé suffisamment fidèles. Cela constitue un bel hommage à cet ouvrage, qui est également disponible en France. En 1932, un ouvrage destiné aux enfants vient bouleverser l'univers littéraire et graphique du livre pour enfants en Tchécoslovaquie. Dachenka ou la vie d'un bébé chien (Dášeňka čili Život štěněte) publié par les éditions Fr. Borový contenant le texte, les dessins et les photographies de Karel Čapek, le graphisme est réalisé par Karel Teige (1900-1951), publié par les éditions Borový. Karel Čapek (1890-1938), une figure littéraire et intellectuelle de l'entre-deux-guerres, est intimement lié au destin de la nouvelle nation tchécoslovaque et entretient des relations étroites avec le président Tomáš Garrigue Masaryk (TGM 1850-1937). En plus de ses entretiens publiés, il est un écrivain et dramaturge prolifique, ses écrits étant parfois teintés de politique (comme La guerre des salamandres et La maladie blanche). Il se révèle également être un conteur lyrique et contemplatif de son époque. Ses écrits, empreints d'une simplicité ironique et douce, sont souvent jalonnés de réflexions sur la vie et les événements traversant son pays. Dans Dachenka, il parvient à combiner légèreté et profondeur, créant ainsi une expérience de lecture riche et nuancée. L'éditeur František Borový entretient également une relation proche avec Karel Čapek. Ce dernier soutient cette maison d'édition qui, dès 1912, a diffusé des auteurs tchèques engagés contre la domination austro-hongroise ainsi que des créations contemporaines. Au-delà de la simple production d'ouvrages, František Borový comprend que les éditeurs, tout comme les artistes et graphistes, doivent se regrouper pour diffuser la création littéraire contemporaine tout en produisant de beaux livres. C'est ainsi qu'il se rapproche d'éditeurs, d'imprimeurs, de graphistes, d'auteurs et d'intellectuels tchèques. Karel Teige, quant à lui, exerce régulièrement en tant que graphiste, critique et théoricien de l'art pour différentes revues, dont la revue RED et Kmen, ainsi que pour la maison d'édition Borový. L'éditeur réunit ainsi ces deux personnalités, Karel Čapek et Karel Teige. Cependant, le second éprouve des réserves envers le premier en raison de ses engagements autour de la création et des tensions liées au folklore. Alors que Karel Čapek prône une certaine ouverture aux légendes, au merveilleux et au folklore tchèque, pouvant être intégrés dans les œuvres contemporaines, Teige préconise quant à lui un renouveau complet. Il s'investit activement dans une lutte contre les contes de fées présents dans les livres pour enfants. Pour cet ouvrage Karel Teige a travaillé avec un empilement de matériaux : chroniques, dessins et photographies de Karel Čapek. Les chroniques ont été publiées dans la rubrique pour enfants intitulée "Le Coin des Enfants" du journal Lidové Noviny, en 1931-1932. Ces chroniques étaient agrémentées des illustrations de l'auteur, présentées de manière séquentielle – en deux, trois, voire même huit scènes consécutives, afin de capturer les avancées et les facéties drôlatiques de Dachenka. Ces séquences dessinées étaient souvent numérotées. Passionné de photographie, Karel Čapek réalisait des photographies de sa propre chienne Iris. Cependant, le mystère entourant l'ajout de ces photos pour l'édition du livre persiste. C'est là que Karel Teige intervient : il s'approprie les textes et les séquences dessinées, puis intègre les photos à la fin du livre. Karel Teige fait preuve d'une grande liberté dans la disposition des illustrations. Il retire les numéros des séquences, faisant ainsi cohabiter les images de manière très libre, tout en maintenant une cohérence entre le texte et les dessins. Karel Teige joue également avec la taille et la disposition des images dans l’espace de la page, des illustrations, il explore un équilibre nouveau. Par le biais de la taille de la typographie et des dessins, il met en avant certains éléments de la personnalité et des facéties de Dachenka. Lorsqu'elles étaient publiées dans la presse, le format des dessins et des séquences convenait parfaitement à une publication en colonnes, agrémentées de séquences illustrées. Cependant, Karel Teige a dû composer avec l'espace de la page et le bloc de texte, édité au format album en grande taille. Il adopte les principes du photomontage constructiviste dans un livre destiné à un large lectorat. Pour l'édition de Dašeňka, il suit les exigences constructivistes : « Une harmonie moderne, la page du livre n'est pas réglée par l'axe, mais est créée en équilibrant les contrastes entre les lettres grandes et petites, les lettres grasses et fines, les zones imprimées et non imprimées, les contrastes de couleurs, les images grandes et petites, etc.1». Il insuffle du dynamisme à la page tout en créant une véritable lisibilité tant pour le texte que pour les images. Pour les photos, il joue sur la taille, la répétition en différents formats de certaines photos (voir la page Dachenka grandit ), ajoute quelques éléments textuels succincts et intègre parfois des dessins. L'histoire de Dachenka prend une nouvelle forme, presque comme un roman photo conceptuel, un complément esthétique essentiel pour cet ouvrage constructiviste et fonctionnaliste. Une simplicité élégante est rendue par les formes épurées. L'équilibre chromatique subtil, la typographie raffinée et les photographies intégrées créent une harmonie visuelle qui amplifie l'impact émotionnel des mots. Les illustrations réalisées par Čapek lui-même ajoutent une dimension personnelle à l'ensemble, où les images et les textes se fondent avec élégance. Karel Teige transcende les normes habituelles du design du livre pour enfants et repousse les frontières traditionnelles de la littérature en proposant une fusion exceptionnelle entre l'esthétique graphique et la virtuosité littéraire. L'ouvrage adopte un style constructiviste et fonctionnaliste, où les lignes géométriques évoquent une simplicité épurée. L'équilibre chromatique subtil, la typographie raffinée et les photographies intégrées créent une harmonie visuelle qui amplifie l'impact émotionnel des mots. Car Čapek aborde dans Dachenka le lien d'amitié entre lui et sa petite chienne, explorant ainsi une idée plus générale sur la question du rapport de confiance et d’amour entre les animaux et les humains, et ce qui définit notre humanité. En cette année 1932, cette relation prend une signification particulière à la lumière des événements historiques, créant ainsi une interaction profonde entre l'œuvre, le lecteur et le contexte. En 1933, Hitler arrive au pouvoir en Allemagne. Cette œuvre demeure un exemple inspirant de l'impact que peut avoir la conjonction de l'écriture et du graphisme dans la littérature. Un peu auparavant, en 1931, en France, était publié L’histoire de Babar le petit éléphant, écrit et illustré par Jean de Brunhoff, marquant ainsi l’avènement du livre moderne pour enfants en France. Jean de Brunhoff façonne une narration visuelle et textuelle qui exploite l’espace de la page pour accompagner la lecture et créer une tension et une surprise dans l'expérience de lecture. Dachenka est conçu pour être une œuvre artistique complète, offrant aux lecteurs une immersion artistique et littéraire authentique, dont les nouveaux codes esthétiques transcendent l’expérience de lecture. C'est un ouvrage fondateur pour la jeune génération tchécoslovaque. Dachenka, sous sa forme d'album, résulte ainsi de deux perspectives distinctes sur les arts, la société et des engagements politiques opposés. D'un côté, il y a la perspective axée sur la modernité, le constructivisme et le fonctionnalisme, menée par Karel Teige, enseignant au Bauhaus et communiste engagé, qui cherche également à éradiquer les vestiges germanophones laissés par l'Empire austro-hongrois. De l'autre, Karel Čapek adopte une approche moderne tout en honorant son passé. Tel un observateur bienveillant, il réfléchit aux conséquences de cette modernité à tout prix. Il attire régulièrement l'attention sur des questions telles que la mécanisation, la modernité et l'endoctrinement religieux (comme illustré dans la pièce "R.U.R."), ainsi que sur la montée du nazisme (comme dans "La maladie blanche"). 1-Karel Teige a typografie, article Fototypografická kniha, p. 163-164), Polana Bregantová, Lenka Bydžovská et Karel Srp, éditions Abor Vitae 2009.

  • Početnice 3

    Početnice 3 (Arithmétique 3) couverture, graphisme et illustrations de Karel Vodák, éditions Státní Pedagogické Nakladatelství (Maison d'édition pédagogique d'État), 1973. J'ai découvert plusieurs ouvrages scolaires qui témoignent d'une grande liberté artistique et conceptuelle, parmi lesquels se trouve celui-ci. La majorité d'entre eux ont vu le jour en pleine période de normalisation, une époque difficile marquée par un contrôle et une forte censure du pouvoir communiste en Tchécoslovaquie. Pourtant, cet ouvrage d'arithmétique brille par sa liberté abstraite et conceptuelle. Les pages sont un savant mélange de dessins, de photographies et de typographie. Les couleurs primaires résonnent avec vigueur, et les chiffres prennent vie sur les pages avec malice et élégance. Un jeu subtil de couleurs en aplats et de transparences apporte une singularité dans les matières et les textures. À travers le graphisme soigné et les illustrations de Karel Vodák, ce livre illustre parfaitement l'harmonie entre le contenu et la forme, offrant une esthétique élégante qui en fait un ouvrage scolaire singulier. Certaines pages me rappellent le travail de Ladislav Sutnar (1897-1976), qui a lui aussi su marier avec brio l'art et la fonctionnalité dans ses créations. Il est fascinant de découvrir des ouvrages scolaires qui se démarquent par leur audace artistique et conceptuelle, surtout lorsque leur création coïncide avec une période de normalisation. Les manuels scolaires sont souvent le reflet des valeurs et des idéologies prédominantes à un moment spécifique de l'Histoire, et ces exemples uniques ouvrent des perspectives passionnantes sur les approches pédagogiques, culturelles et artistiques conventionnelles ou non de cette époque. Ils témoignent également de la manière dont les artistes ont saisi l'opportunité offerte par les livres pour enfants et les manuels scolaires pour exprimer leur créativité artistique de manière originale et offrir un espace de liberté artistique aux lecteurs. En bref sur l’auteur : Karel Vodák (1923-2000), peintre, graphiste, typographe et illustrateur. Il est diplômé des Arts Appliqués de Prague (UMPRUM) en 1950. Dès le milieu des années 40, il se lance dans l'illustration pour l'édition et contribue au graphisme de nombreux livres. Au début des années 60, il se tourne vers la création d'affiches de cinéma et s'intéresse à la philatélie en concevant des timbres. Il excelle dans ce dernier domaine et remporte de nombreux prix internationaux. Au cours de sa vie, il conçoit 22 timbres-poste, crée 27 affiches de films, réalise 185 couvertures de livres et produit près de 1 500 illustrations de livres, bien que malheureusement assez peu dans le domaine de la littérature jeunesse. Ses œuvres témoignent d'une diversité impressionnante et d'une créativité qui transcende les médias et les disciplines artistiques.

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