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- Vlatisvěda 3
Vlatisvěda 3 (Éducation civique), éditions OPS a OŠK ONV BRNO VENKOV (Campagne de Brno), sans date (période communiste). Pleine de curiosité à l'égard des livres scolaires tchèques, je n'ai pu résister à l'envie d'acquérir cet ouvrage particulier : Vlatisvěda 3 OPS a OŠK ONV BRNO VENKOV (Campagne de Brno) ! Même si aucune date n'est précisée, les noms de l'inspecteur scolaire de l'époque, Jan Gross, ainsi que de l'équipe enseignante y figurent. Je pourrais entreprendre des recherches pour établir une datation précise, mais les indications présentes laissent entrevoir une influence communiste marquée. Le thème de ce livre est particulièrement captivant : il s'agit d'un guide destiné aux enseignants, composé de recommandations précises et d'instructions pédagogiques pour l'enseignement des "Sciences de la Vie et de la Terre", comme on les appelle en France de nos jours. La fabrication et la conception de cet ouvrage m'émeuvent grandement. Pratiquement à la manière des "Samizdats", le texte du livre est dactylographié recto verso, et il est accompagné de nombreuses planches illustrées : fleurs, plantes, fermes, animaux, villes, panneaux indicateurs... Certaines illustrations sont même en couleur ! Je me demande combien d'exemplaires ont été imprimés, et cela suscite ma curiosité. Cet ouvrage semble véritablement incarner un témoignage poignant de l'époque, avec ses directives éducatives fortement imprégnées de la philosophie communiste. La manière dont il a été conçu, avec une esthétique évoquant les techniques de publication alternative des "Samizdats", le distingue. Contrairement à ces derniers, cet ouvrage a été élaboré pour être partagé, mais sa production artisanale a probablement été limitée, ce qui suggère qu'il a été édité en petit nombre. Une enquête plus approfondie pourrait apporter des éclaircissements sur sa distribution et sur l'impact qu'il a pu avoir sur l'enseignement de l'époque. Ce livre, à travers ses caractéristiques artistiques et éducatives, pourrait éclairer des aspects importants de l'histoire éducative et culturelle de cette période complexe.
- Kniha vnímání
Kniha vnímání, (Le livre de la perception), écrit et ilustré par Lucie Lučanská, éditions Lux - Michal Štěpánek, 2022. Kniha vnímání est à l'origine le projet de fin d'étude de Lucie Lučanská à UMPRUM (Arts appliqués de Prague) qu'elle a retravaillé. C'est une exploration des sens en images. L'atmosphère graphique change pour chaque sens. Une précision dans l'illustration transmet ce que les sens évoquent dans nos vies. Une pépite visuelle, avec des éléments d'impression et d'effets : visuels (effets d'optique), tactiles (des parties en volumes légèrement glacées et pailletées) et olfactifs (l'essence du pain à découvrir !), gustatifs (la découverte du sucré, salé, froid, chaud...) permettent une découverte complète des sens, tout en délicatesse pertinente ! Une sensation d'impression en riso donne à cet ouvrage un délicieux velouté visuel. Le dépaysement sensoriel est assuré ! Il y a aussi dans ce livre une modernité teintée du passé par certains éléments, comme la typographie manuscrite et les soulignements, qui donne une coloration particulière, tchèque …. Lucie Lučanská est véritablement impressionnante. En 2019, elle a également illustré un ouvrage qui m'a marquée graphiquement, Alef, Bet, Ted à découvrir…
- Je ráno
Je ráno, écrit et illustré par Je ráno, éditions Baobab, 2019.
- Záhada kolem albatrosa
Záhada kolem albatrosa (Le mystère de l'albatros) texte de Jiří Marek, illustrations de Stanislav Duda, éditions Svoboda, 1970. Stanislav Duda se distingue dans l'illustration de romans d'enquête, notamment avec Záhada kolem albatrosu. Dans ce livre, l'humour et la malice se complètent tout en laissant une part au suspense. Le point de vue du dessin invite à regarder les éléments du texte différemment. Le jeu de couleurs noir, rouge orangé, l’orange et blanc pose les bases de l'enquête. Et donne un cadre aux détails. Avec brio, il dépeint les intrigues et les mystères de l'intrigue, donnant vie aux personnages. Son trait est dynamique et une impression de mouvement s’en dégage. Son sens de l'humour subtil et sa finesse artistique font de chaque page une expérience visuelle. Les couleurs qu'il utilise, notamment le noir, le rouge et le blanc, renforcent l'atmosphère de mystère et de suspense qui règne dans ces romans. Stanislav Duda mêle l'humour à l'intrigue. Ses illustrations captivent le lecteur, le plongeant encore plus profondément dans l'histoire et l'incitant à chercher des indices cachés dans les détails du dessin. En résumé, il apporte une dimension visuelle essentielle à cette enquête. En bref sur l'auteur : Stanislav Duda (1921-2008) est illustrateur, affichiste, graphiste et peintre. Il fait partie de ces artistes du grotesque qui, comme Jiří Šalamoun, sont très actifs depuis le milieu des années 50 jusqu'à la fin des années 90. Il intègre les Arts appliqués de Prague (VŠUP Vysoké škole uměleckoprůmyslová v Praze) en 1941 et en sort diplômé en 1947. De 1948 à 1953, il travaille dans le domaine de la publicité. Il développe également de manière significative des solutions créatives pour des expositions nationales ou étrangères (Bruxelles en 1958, Milan en 1968, Montréal en 1975, entre autres). De nombreux prix lui sont attribués dans ce domaine. Parallèlement, il illustre plus d'une soixantaine de livres pour enfants dans différents genres. Il reçoit des mentions et des prix pour le concours des Plus Beaux Livres tchèques de l'année (Nejkrásnější české knihy roku). Il réalise aussi une quarantaine d’affiches pour le cinéma !
- Jak šel Brousek na vandr
Jak šel Brousek na vandr (Comment la meule s'est mise à vagabonder), Jan Skácel, illustrations de Jan Kubíček, graphisme de Lumír Ševčík, SNDK (Státní nakladatelství dětské knihy, maison d'édition nationale de livres pour enfants), 1961. Jan Kubíček a un dessin très stylisé. Les formes géométriques sont omniprésentes tout en laissant un champ assez large à l’interprétation, à l’humour, à la générosité et à l’enfance. En résumé, c'est l’histoire d’une petite meule qui s’ennuie et qui s’empoussière. Maltraitée par son propriétaire, elle prend la route et roule, roule, du champ à la rivière, en passant par les collines et arrive en ville. Elle trouve enfin sa place dans une usine et la joie d’être utile au plus grand nombre. Cette histoire est saupoudrée d’idéaux communistes mais je la trouve quand même mignonne. Cet ouvrage illustré par Jan Kubíček est l’un de ses premiers livres pour enfants, moins radical dans son traitement que ceux qu’il réalisera plus tard. Mais l’on sent les prémices du travail tout en géométrie de Jan Kubíček. La personnification de la meule est une vraie réussite, elle émeut, fait rire et donne une belle dynamique à cet album. Elle est aussi vive que Roule galette. En bref sur l’auteur : Jan Kubíček (1927-2013) est peintre, photographe, graphiste, affichiste et illustrateur. Diplômé des arts appliqués de Prague en 1953, il étudie la scénographie à l'Académie des arts du spectacle de Prague de 1954 à 1957. Il est l'un des représentants les plus radicaux d'Europe centrale de l'art constructiviste et concret. Il illustre un grand nombre de livres pour enfants et réalise des constructions en plexiglas ! Pour tous ceux qui connaissent ma passion pour le mobilier et les jouets en plastique. Je suis donc en train de préparer un dossier et peut-être que le résultat sera posté ici très bientôt ! Il faut souligner que le travail du graphiste (rédacteur artistique) Lumír Ševčík est assez exceptionnel : la mise en page, l’utilisation de fonds découpés en couleurs mettent en valeur le dessin ! Il arrive à rendre compte du rythme. Je parlerai peut-être un jour de ce graphiste génial !
- Pohádka o staré tramvaji
Pohádka o staré tramvaji (Le conte du vieux tramway), écrit par Ota Hofman et illustré par Alois Mikulka, publié par la maison d'édition nationale de livres pour enfants (SNDK) en 1961 et réédité en 1972. Alois Mikulka (1933-) est un illustrateur aux dessins joyeux, naïvement grotesques et stylisés. Certains se distinguent par une précieuse particularité : une imitation écrite et dessinée de blagues d'enfants. Les pages de ces livres sont variées, avec des coupes, des réécritures et des corrections, créant un effet joyeusement absurde ! Cependant, cette particularité se retrouve assez peu dans les deux ouvrages dont je vais parler maintenant. Malgré cela, on peut discerner un besoin d'insérer de l'écriture manuscrite. Pohádka o staré tramvaji (Le conte du vieux tramway) est le premier livre pour enfants illustré par Alois Mikulka en 1961. Pour cette nouvelle édition, onze ans plus tard, il intervient à nouveau sur l'ensemble de ses dessins. C'est un peu comme un Ping-Pong graphique en termes d'évolution, et le plus étonnant, c'est que les deux versions sont extrêmement réussies ! Une décennie plus tard, lors d'une interview précédant un colloque Ibby en 1980, il explique à quel point il considère l'intégration du jeu comme cruciale dans l'activité créative et comment il aime dessiner en collaboration avec les enfants. Il admire l'immédiateté des enfants, leur jeu sans inhibitions ni limites, leur fantaisie débridée et leur amour de l'absurde et du plaisir. Cette attitude libre et sans contrainte est clairement visible lorsqu'on compare ces deux éditions. Au milieu des années 60, il commence à utiliser des pastels gras et des crayons de couleur pour se rapprocher davantage du style de dessin des enfants ! Cette réinterprétation n'est pas une coïncidence, intervenant au début des années 70. Les éditions Albatros ont vu le jour à partir des éditions SNDK (Maison d'édition d'État de livres pour enfants). Cette dernière a été fondée en avril 1949 dans le cadre de la vague de nationalisation et de fusion d'entreprises privées consécutive à la prise de pouvoir des communistes en février 1948. Elle a initié sa production en se basant sur les modèles soviétiques, avec Václav Netušil en tant que premier directeur. En 1952, un changement de direction s'amorce avec l'arrivée du nouveau rédacteur en chef, Karel Nový. En 1956, Bohumil Říha prend la direction et Václav Stejskal devient rédacteur en chef. La maison d'édition rassemble alors de nombreux auteurs et traducteurs de renom pour son travail. En 1964, elle compte parmi les sept cofondatrices de la Foire du Bologne et crée également le Club des jeunes lecteurs (Klub Mladých Čtenářů) en Tchécoslovaquie la même année. Ce club de lecteurs, qui possède aussi une galerie et propose des abonnements, donne naissance à la collection de livres Klub Mladých Čtenářů au début des années 60. En 1969, avec l'évolution politique et la période de normalisation après le Printemps de Prague, le gouvernement prend le contrôle de SNDK, qui devient alors Albatros. Des changements surviennent non seulement au niveau de la direction et des éditeurs, mais également au niveau de l'orientation politique, avec l'abandon de nombreux projets éditoriaux et l'interdiction de nombreux auteurs. Certains d'entre eux publieront sous pseudonyme avec le soutien d'éditeurs courageux. Des textes sont réécrits pour se conformer à la norme de la réalité socialiste et réinterprétés graphiquement. Anisi dans le texte de Pohádka o staré tramvaji, le tramway change de couleur, passant du rouge au bleu, comme si la couleur rouge devait se restreindre au parti politique, mais il termine en couleur dorée. Ces légères modifications dans le texte et la réinterprétation graphique pleine de liberté s'alignent avec la direction politique stricte et cette nouvelle collection Klub Mladých Čtenářů. Il est possible que la censure ait été moins attentive aux illustrations. Cette réédition a permis de rémunérer les deux artistes impliqués. En bref sur l'auteur : Alois Mikulka (né en 1933) est un peintre, sculpteur, auteur et un illustrateur joyeux de livres pour enfants. Après avoir étudié aux Arts appliqués de Brno, il poursuit ses études aux Beaux-Arts de Bratislava, où il obtient son diplôme en 1958. Son travail artistique se concentre principalement sur la peinture et la sculpture. L'illustration occupe une place relativement modeste dans son corpus créatif, bien qu'il ait tout de même illustré près d'une centaine d'albums, dont certains sont encore réédités aujourd'hui ! Il écrit, dessine et peint pour des magazines tels que Mateřídouška, Sluníček, et Sedmičkapionýrů. Il réside à Brno.
- Pan Tau a tisíc zázraků
Pan Tau a tisíc zázraků, (Monsieur Tau et mille merveilles), écrit par Ota Hofman, illustrations et graphisme de Jiří Šalamoun, typogarphie Milan Kopřiva, éditions Albatros, 1974. Jiří Šalamoun (1935-2022) suit des études à l'Académie des beaux-arts de Prague de 1952 à 1956, puis part à Leipzig pour suivre un cursus à l'École supérieure des arts graphiques et du livre de 1956 à 1960. Il commence sa carrière en tant que graphiste dans une revue sur le dessin pour enfants, ce qui le passionne. Au milieu des années 60, il entame une collaboration de plus de vingt ans avec la revue de cinéma Filma Doba, en tant que graphiste, aux côtés de sa femme, Eva Natus-Šalamounová (1936-2018), une artiste allemande d'envergure, illustratrice. Il s'amuse avec la typographie, utilise diverses polices et tailles de caractères pour en exploiter la puissance artistique, et insère parfois des éléments dessinés par lui-même. À cette époque, la Tchécoslovaquie vit une période de relative liberté, un communisme "à visage humain", et tous les domaines de l'art sont en ébullition, notamment la "nouvelle vague" du cinéma tchèque. En travaillant pour de nombreuses éditions, dont Československý spisovatel et Mladá Fronta, il rencontre d'autres graphistes et illustrateurs talentueux, tels que Vacláv Sivko (1923-1974) et Milan Kopřiva (1929-1977). Ce qui est frappant, c'est la porosité entre leurs missions de graphiste et d'illustrateur. En d'autres termes, ils ne se contentent pas de faire de la mise en page, mais ils insèrent également leurs dessins. En cette période communiste, la télévision d'État a besoin de produire du contenu conforme aux directives gouvernementales. Pour les enfants, la série Pan Tau (Monsieur Tau), un conte de fée moderne d’Ota Hofman (1929-1989), est diffusée à partir de 1973. La construction et certaines atmosphères sont calquées sur le modèle des feuilletons américains tout en conservant leur valeur et leur identité propre. En 1974, la novélisation aux éditions Albatros, Pan Tau a tisíc zázraků (M. Tau et mille merveilles), est illustrée par Jiří Šalamoun, et Milan Kopřiva se charge de la typographie. Šalamoun en fait un livre pop en mélangeant les éléments communs et triviaux. Il est fasciné par la culture américaine, dont il a pu mesurer l'envergure à l'Exposition universelle de Montréal en 1967. Il utilise des aplats de couleurs délimités par des traits noirs, similaires aux affiches réalisées par les artistes américains du Push Pin Studios. Les couleurs sont saturées, fortes, puissantes et lumineuses, comme des néons d'enseignes. Le regard est hypnotisé par ces éléments massifs. Il utilise également une typographie manuscrite pour créer des éléments de décoration ou d'enseigne. Il situe et encadre des objets incohérents à une taille surdimensionnée dans des paysages et des villes, créant un effet psychédélique. Le texte est composé en colonnes, comme dans les journaux, avec quelques photos du film placées à la fin de l'ouvrage, il leur accorde peu d'importance. Pourtant, des éléments identiques, tels que les dés, la bille et les engrenages, réapparaissent dans d'autres de ses ouvrages. En réalité, Šalamoun entame des discussions et les poursuit d'un livre à l'autre. Il possède un vocabulaire de formes artistiques, de symboles et de personnages. Des échos de discussions intérieures propres à lui-même apparaissent dans son travail, offrant une lecture singulière du monde. Cette année-là, une chronique sur son travail paraît dans la revue Graphis (N°168, 1973-1974), aux côtés de Milton Glaser (1929-2020), fondateur avec Seymour Chwast du Push Pin Studios (la couverture étant réalisée par André François). Šalamoun illustre une centaine de livres, réinventant à chaque fois son dessin, son univers et son style graphique. Il est également affichiste pour le théâtre et le cinéma, réalisant des génériques de films animés et collaborant avec le cinéma d'animation. "Mon approche du film reste la même que mon approche du livre. Je ne peux pas et je ne sais pas accompagner une intrigue avec des images ; je suis plus un commentateur qu'un illustrateur (Jiří Šalamoun, Possibles visions du monde, éditions MeMo 2021, p. 287
- Na minutku o mamutku
Na minutku o mamutku, Wiktor Woroslzylski, Ping-Pong illustré par Milan Grygar et Józef Wilkoń. Souvent, un même texte est mis en images par différents illustrateurs. Je pose ici un simple ping-pong d’images d’un même texte illustré par deux artistes : Milan Grygar (version tchèque) et Józef Wilkoń (version polonaise1). N’ayant pas accès à la version originale polonaise, je m'engage dans ce ping-pong avec la version française parue en France sous le titre de Petit mammouth en 2008 aux éditions MeMo. Le jeu est donc biaisé ! Na minutku o mamutku, de Wiktor Woroszylski, illustré par Milan Grygar, éd. SNDK (Státní nakladatelství dětské knihy), 1968. Petit mammouth (Dużo śmiechu trochę smutku to historia o mamutku), de Wiktor Woroszylski, illustré par Józef Wilkoń, éditions MeMo, 2008, d'après l'édition originale des éditions Czytelnik, 1961. Cette version est particulièrement époustouflante au niveau graphique. La représentation singulière des mammouths en découpe de pochoirs, les détails mis en évidence par des collages ainsi que les fonds aux couleurs changeantes (vert sapin, rouge et bleu), qui évoluent en fonction du rythme de l'histoire, font de ce livre une expérimentation aux formes uniques. Les formes des mammouths laissent apparaître la couleur du papier, se détachant des fonds colorés et créant ainsi une forte présence visuelle. La typographie du titre, manuscrite par Milan Grygar, ajoute une touche de modernité à cet ouvrage publié en 1968. Chaque illustration, encadrée dans un carré, constitue une véritable galerie de peinture pour les enfants, et même pour nous... Pourtant, je suis profondément attachée à la version polonaise, Dużo śmiechu, trochę smutku to historia o mamutku, illustrée par Józef Wilkoń (1930-) et publiée en 1961. Elle demeure intemporelle et émouvante. L'influence sensible de l'art préhistorique, combinée à la création de Józef Wilkoń, en fait une œuvre à part. L'atmosphère préhistorique posée par Wilkoń établit le cadre. Cependant, le traitement des couleurs et des traits apporte une touche contemporaine, en harmonie avec l'histoire de ce petit mammouth. Car ce récit résonne avec les thèmes des fables pour enfants qui touchent chacun à un moment donné de sa vie : grandir, agir, avoir peur. L'humour et la poésie du texte apportent de la légèreté à cette histoire. En résumé, ces deux interprétations graphiques sont à la fois percutantes et radicales, tout en suivant des directions opposées. Je suis admiratrice... Une précision : il y a un déséquilibre textuel dans la version tchèque. Le choix délibéré d'alterner des doubles pages de texte a allégé les pages illustrées. En bref sur les illustrateurs : Milan Grygar (1926-) est un artiste, graphiste, affichiste, typographe et illustrateur tchèque. Diplômé des Arts Appliqués de Prague (UNMPRUM) en 1950, Milan Grygar est aujourd'hui l'une des plus grandes figures de l'art contemporain tchèque. Au début des années 60, il entreprend des explorations graphiques mêlant le son et l'illustration, influencé par John Cage et le mouvement Fluxus. Son travail maintient un lien avec l'héritage spirituel que la musique représentait pour des artistes tels que Kandinsky, Delaunay et Kupka. En parallèle, il réalise 165 affiches pour le cinéma, collabore en tant que graphiste sur plus de 50 ouvrages pour adultes et enfants, et illustre une dizaine d'ouvrages pour enfants. Na minutku o mamutku est le troisième livre pour lequel il contribue au graphisme et à l'illustration. Ses recherches artistiques, qui visent à rendre le son visible dans les images produites, se manifestent également dans ses illustrations pour enfants. Il fut le compagnon de vie de Květa Pacovská. Józef Wilkoń (1930 né en Pologne) est diplômé en Histoire de l'Art de l'Université Jagellonne (1954) et en Peinture de l'Académie des Beaux-Arts de Cracovie (1955). Bien qu'il ait abordé différents domaines artistiques, il est surtout connu pour ses illustrations. Il a illustré plus de 120 livres en Pologne et plus de 60 titres dans d'autres pays. Il a commencé sa carrière d'illustrateur en 1956. Aujourd'hui, il est considéré comme l'un des maîtres de l'illustration polonaise. Ses études en histoire de l'art et sa grande sensibilité esthétique lui permettent de s'inspirer de réalisations d'autres cultures et de l'art du passé. Cet ouvrage en est un bel exemple. Ses illustrations créent des mondes extrêmement cohérents, même s'ils diffèrent sur de nombreux aspects.
- Pust’te basu do rozhlasu
Pust’te basu do rozhlasu (Je ne suis pas certaine de ma traduction, peut-être "Allumez la basse"), texte de Nora Fried, dessins de Jan Rothe et photographies de V. Schlosser, éditions Karel Synek, (1938 ?). Cet ouvrage insolite arbore une couverture argentée et combine des montages photographiques, des textes et des illustrations. Lors de ma première exploration, le graphisme m'a semblé à la fois surprenant et quelque peu déséquilibré. Cependant, j'ai rapidement saisi qu'il s'agissait d'un recueil regroupant plusieurs histoires autour de la musique. Chacun de ces contes bénéficie d'un univers graphique distinct. On y retrouve un air subtilement maladroit propre à l'avant-garde tchécoslovaque, renforcé par ces jeux de montages qui confèrent au livre un charme attachant. Je n'ai trouvé que très peu d'informations concernant cet ouvrage. Il ne semble pas être présent dans les collections de la Národní knihovna (Bibliothèque nationale) de Prague, ni dans la Moravská Zemská knihovna (équivalent tchèque de la BnF en ce qui concerne le dépôt légal des ouvrages). Le seul site sur lequel j'ai pu trouver une datation est Database Knihy, mais j'ai des doutes quant à sa fiabilité. C'est ainsi que j'ai entrepris d'en apprendre davantage sur l'auteur, Nora Fried (Norbert Frýd, 1913-1976), qui utilisait aussi des pseudonymes. En 1937, il obtient son diplôme en droit à l'université Charles de Prague. Fasciné par le mouvement surréaliste, il entame des études de littérature moderne à la Faculté des arts de l'Université Charles en 1937. Sa thèse sur "La genèse du surréalisme tchèque" est déposée en 1939, mais il ne la soutient qu'en 1945. En 1946, il change son nom de Fried à Frýd. Très actif dans l'entre-deux-guerres, il écrit de la poésie pour les adultes et les enfants, collabore à l'écriture de pièces de théâtre et de pièces radiophoniques pour enfants diffusées sur les ondes de la radio nationale tchécoslovaque. Il contribue à de nombreuses publications, notamment les revues Kulturní večerník D 34, Prager Tagblatt et surtout Haló noviny, où il supervise le supplément pour enfants Holahej en 1934-1935. À partir de 1936, il travaille comme rédacteur, monteur et dramaturge dans les sociétés cinématographiques Metro-Goldwyn-Mayer et RKO Radiofilm jusqu'en 1939. De confession juive, il perd son emploi et devient archiviste puis auxiliaire de la communauté juive de Prague. Incarcéré en 1942 à Terezín, puis à Auschwitz et à Dachau, il s'évade en avril 1945. Après son retour, il travaille comme fonctionnaire du Parti communiste et comme journaliste. En 1947, il devient attaché culturel à l'ambassade du Mexique, puis aux États-Unis à la fin des années 1940. De 1951 à 1953, il est rédacteur en chef à la radio tchécoslovaque, avant de se consacrer à l'écriture en tant que professionnel. Entre 1951 et le début des années 1970, il occupe le poste de délégué à l'UNESCO. Il voyage abondamment en Europe, en Amérique centrale et du Sud (dans les années 1960), et il écrit de nombreux poèmes, contes et histoires pour enfants, des romans d'aventures et des documentaires pour adultes. À la fin des années 1940, il collabore avec la télévision tchécoslovaque et le cinéma d'État. Deux de ses œuvres pour enfants sont adaptées en dessins animés, dont Basa tvrdí muziku (La basse revendique la musique), illustrée par Zdenek Seydl et réalisée par Karel Zeman, ainsi que Proč sedají ptáci na telegrafní dráty (Pourquoi les oiseaux sont assis sur les fils télégraphiques ?). Actuellement, je n'ai pas encore réussi à visionner ces deux films, mais je soupçonne un lien étroit avec le livre présenté. Je vous tiendrai informé(e) très rapidement. Selon Petr Šisler, Pust’te basu do rozhlasu (Allumez la basse), il daterait de 1937 ! Quant au titre "Pohádky o nových věcech" (Histoires de nouvelles choses), il serait daté de 1947. Dans la version que j'ai sous les yeux, il s'agit du sous-titre, ce qui ajoute à la complexité de la datation. Malgré mes efforts, je n'ai toujours pas réussi à établir une date précise. Je suis donc partie en quête d'informations concernant l'éditeur, Karel Synek. Son travail éditorial est principalement axé sur la littérature, et j'ai recensé une cinquantaine d'ouvrages dans diverses bibliothèques et antikvariats, avec une inclination particulière pour l'édition de romans illustrés. En 1925, Karel Synek (1896-1943) rejoint l'entreprise de son père (la maison d'édition praguoise Adolf Synek) qu'il co-dirige à partir de 1928. Il obtient sa propre concession en octobre 1934, et début 1935, il reprend la direction de l'entreprise qu'il renomme Karel Synek. La maison d'édition est contrainte de fermer pendant la guerre sous la pression des Allemands. Malgré le décès de Karel Synek, la maison d'édition reprend quelques années avant de fermer définitivement ses portes en 1948. Je suis donc partie à la recherche d'informations sur les illustrateurs V. Schlosser et Jan Rothe. Pour l'instant, mes recherches n'ont pas produit de résultats significatifs. Cependant, en ce qui concerne ce livre, je peux affirmer avec certitude que les illustrations sont l'œuvre de Jan Rothe ! Un grand merci à Benoit Meunier pour toutes les informations fournies. Elles m'ont grandement éclairée dans cette exploration, alors que j'étais quelque peu perdue. 1 - Nora Fried (Norbert Frýd, Nora étant le diminutif de Norbert) 1913-1976. 2 - http://www.slovnikceskeliteratury.cz/showContent.jsp... Je n'ai pas réussi à retrouver de trace du livre dans Česká literární bibliografie https://vufind.ucl.cas.cz/Search/Results...
- Tajný lodní deník
Tajný lodní deník (Journal de bord secret) Ladislav Dvorský, illustré par Jan Schmid, éditions Severočeské nakladatelství, 1966. Tajný lodní deník (Journal de bord secret) est un ouvrage illustré par Jan Schmid, qui incarne tout ce que j'aime dans les livres pour enfants tchèques. Il défie les règles habituelles de mise en page pour donner l'impression d'un véritable journal de bord ayant vécu et traversé des épreuves. Les dessins sont réalisés avec différentes techniques, allant des crayons aux pastels en passant par les encres et les tampons. Les pages présentent des griffonnages, des ratures, du texte dactylographié et des écrits à l'encre manuscrite, créant une atmosphère authentique et étonnante. Jan Schmid joue avec le rythme en alternant des pages dactylographiées avec de courtes phrases sur une double page et des pages complètes accompagnées de partitions ou de croquis. L'utilisation de l'écriture manuscrite enfantine et maladroite ajoute au charme de l'ouvrage. On ressent une intense vivacité dans ces pages, ainsi qu'une vie foisonnante d'imprévus, de suspense, de jeux et de découvertes étranges. Jan Schmid ouvre la porte à l'extraordinaire, à la surprise et à la tension narrative, interprétant avec humour les rencontres et les découvertes. L'avant-propos révèle qu'il s'agit du journal de bord secret d'une expédition maritime menée en secret par Martin Večerka, alias Marty, et Čestmír Klas, alias Čen. Ce serment secret est scellé par une goutte de leur sang (rose) et ils navigueront sous le signe de Neptune. Le journal de bord détaille la liste des objets à emporter, parmi lesquels un télescope, une canne munie d'une fourchette pour attraper les serpents, un réveil, trois photos (père, mère et sœur), une cloche pour convoquer l'équipage, un canon de navire et bien d'autres. En somme, cet ouvrage offre un délicieux voyage imaginaire où chaque petit détail, insignifiant pour les adultes, revêt une grande importance pour les enfants. Les deux compères sont rejoints dans cette aventure folle par deux amies, Kambala et Titánie. Cette dernière remet en question la liste initiale, composée principalement de gâteaux secs et de poisson séché, en y ajoutant des omelettes à la confiture de groseille. On peut soupçonner que cette expédition en mer est davantage un jeu qu'une réalité. Les points de connexion entre la réalité et l'invention sont subtilement évoqués, ce qui confère au récit une note touchante. Le jeu entre l'écriture dactylographiée et manuscrite renforce cette sensation, rythmée par les jours qui passent plutôt que par les numéros de pages ou de chapitres. Jan Schmid a réalisé à la fois les illustrations et le graphisme, concevant les pages comme un petit théâtre de mots et d'images, intégré dans un jeu mystérieux et fascinant. Ce livre représente également la rencontre de deux passionnés de théâtre, de deux auteurs, dramaturges, metteurs en scène et scénaristes : Ladislav Dvorský et Jan Schmid. Ce dernier dirige aujourd'hui encore le Studio Ypsilon, voué au théâtre contemporain pour adultes et enfants, ainsi qu'au théâtre de marionnettes. En 1966, c'est Ladislav Dvorský qui assume la direction de cette maison d'édition. Cependant, il est licencié et exclu de l'Union des écrivains tchèques en 1970, à l'époque où la période de normalisation brutale prend son élan. Il y a une formule que j’ai lue qui m’a ramenée à une époque soupçonnée "camarade professeur" ! Le malaise s’est installé. Il est difficile parfois de s’enchanter pour des publications crées sous un régime totalitaire. En résumé sur les auteurs : Jan Schmid (1936) est un dramaturge, metteur en scène, acteur, artiste, publiciste culturel, illustrateur et professeur de théâtre. Après avoir terminé ses études aux Arts Appliqués de Prague (VŠUP/UMPRUM), Jan Schmid travaille brièvement au théâtre de Liberec en tant que concepteur et réalisateur. En 1963, il fonde le Studio Ypsilon dont il devient le directeur artistique. À partir de 1990, il en prend également la direction. Il demeure actif au sein du studio Liberec et demeure dévoué au théâtre expérimental et aux marionnettes. Durant sa carrière il collabore à de nombreux films. Jusqu'à présent, j'ai identifié 3 livres pour enfants dont il a réalisé les illustrations. Ladislav Dvorský (1931-1995) est un écrivain tchèque, auteur de livres pour enfants et pour jeunes, poète, romancier, dramaturge, publiciste, linguiste et traducteur. En 1953, il obtient son diplôme en tchèque et en russe à la Faculté d'Éducation de l'Université Charles de Prague. De 1953 à 1959, il enseigne dans les écoles professionnelles de Teplice et de Liberec. Il reprend ensuite des cours à distance et en 1969, il soutient sa thèse en phonétique et obtient le titre de PhD. De 1959 à 1961, il est maître de conférences au Département de Langues de l'Université d'Ingénierie de Liberec. En 1965, il devient directeur à la maison d'édition Severočeský ; cependant, dès 1970, il est licencié et exclu de l'Union des écrivains tchèques. Dans les années 1970 et 1980, il ne trouve pas d'emploi stable - il enseigne les langues étrangères en privé, joue du violon dans un orchestre thermal, dirige un groupe théâtral, enseigne à l'école d'art populaire de Česká Lípa et pendant deux ans, il conseille la section culture linguistique des diffuseurs tchèques de la télévision. En 1990, il devient directeur de la maison d'édition Liberecký tiskáren (LIT), en 1991, il est nommé professeur adjoint à la Faculté d'Éducation de l'Université Charles, et à partir de 1992, il devient rédacteur en chef du service éditorial. Il réalise également de nombreuses traductions. Il écrit une trentaine de livres pour enfants et crée un personnage espiègle nommé Bubetka, illustré par Miloš Nesvadba (1925-2020). Severočeské nakladatelství, dont le nom complet est Severočeské krajské nakladatelství (maison d'édition de la Bohême du nord) (1960-1992), est né de la fusion de deux maisons d'édition régionales, à savoir Liberecké knižní nakladatelství (KLN) et Ústecké nakladatelství (KN). En 1965, Ladislav Dvorský (1931-1995) est devenu directeur, occasionnant ainsi un changement de nom et une fusion avec les imprimeurs de Liberecký, qui avaient été séparés de l'entreprise Severografie. De début 1969 jusqu'en mars 1970, grâce à cette association avec une imprimerie moderne, la maison d'édition a été en mesure de mieux affronter les défis contemporains de l'industrie graphique. Par conséquent, elle a pu considérablement élargir sa production dès le début des années 70. Sous la coupe du régime, la maison d’édition se développe mais est incapable de se réinventer après 1989 !
- Na naší peci dějí se věci!
Na naší peci dějí se věci! Na plotně naší v pekáčích straší (Il se passe des choses étranges dans notre fourneau ! Notre four est hanté), Pohádka s obrazy - vypravuje Tobiáš Eliáš Tisovský (Un conte de fées en images raconté par T.E Vytovski), édions E. Weinfurter1, 1924. La première édition date de 1912 (en petit format et illustré). 1 - E. Weinfurter est une librairie, un magasin d'images et une maison d'édition. Elle a été fondée par Eduard Weinfurter en 1899, et son activité a cessé en 1948. La maison d'édition était orientée vers la littérature technique, commerciale et économique, les manuels pour les écoles professionnelles et la fiction, la littérature pour la jeunesse. Elle publiait principalement des ouvrages en langue tchèque et quelques ouvrages en langue allemande. Elle éditait dès le départ des ouvrages pour enfants : livres d'images, poèmes et contes de fées, jusqu'à des histoires d'aventures. Les livres destinés aux enfants étaient tous illustrés par des artistes tels que Václav Čutta, Jan Dědina, Rudolf Mates, Artuš Scheiner, Karel Šimůnek, Otakar Štáfl, Karel Vítek, Oldřich Vlach, et plus tard Zdeněk Burian, Pavel Černý et Jaroslav Malý. Malheureusement, il n'existe pas de catalogue de sa production ! Dans un cadre réaliste, T.E. Tisovský nous invite à une flânerie féérique, un conte de fées. Les humains affrontent des situations complexes parfois dues à leur ignorance. Au final, ils sont secourus par des êtres enchanteurs (fées et lutins), des légumes et des champignons (des cèpes2). T.E. Tisovský introduit aussi avec ingéniosité des personnages de la mythologie tchèque comme Krakonoš. En résumé, c'est un conte de fées parfois un peu effrayant mais qui sait apaiser les peurs grâce à l'action de personnages féériques et mythologiques. Tout cela est ponctué par quelques proverbes tchèques. Et tout commence, pour mon plus grand plaisir, dans la cuisine. Ce conte est délicieusement vieillot ! La construction en images de cet album est particulièrement intrigante. Je ne sais pas si c'est l'auteur qui a donné des indications précises à l'illustrateur ou si ce dernier a eu l'idée de construire la narration visuelle de cette manière, mais c'est ingénieux ! Un simple coup d'œil à la couverture suffit pour comprendre que nous n'avons pas affaire à un livre pour enfants traditionnel ! Les casseroles et la bouilloire sont personnifiées. Elles sont généreuses par leurs formes arrondies et malicieuses par leurs regards. Elles possèdent des pieds pour nous inviter à suivre leurs aventures. Au second plan, les pommes de terre dans la casserole sont captivées par le récit. 2 - Le cèpe est le champignon national tchèque, sa cueillette est un sport pratiqué à haut niveau. En tchèque, il y a un verbe et un vocabulaire très précis pour dire « cueillir des champignons » : Houbařit, « le cueilleur de champignons » se dit Houbaři et « la cueillette des champignons » Houbaření. Petit vocabulaire rassemblé par Pascale Parry, merci ! 3 - Krakonoš ou Rýbrcoul (en allemand Rübezahl, en polonais Liczyrzepa) est un esprit mythique des montagnes, qui sous diverses formes protège l'ensemble des Monts des Géants des chasseurs de trésors avides, des braconniers et autres mécréants. Il évoque pour moi la délicieuse bière de la ville de Trutnov. L'incarnation humaine des différents éléments est drôle tout en restant élégante. La personnification des ustensiles et des légumes et des cèpes2 ne me semble pas singulière pour l'époque. Des artistes du XIXe siècle comme Edward Lear et Granville s'amusaient avec les animaux et les plantes ! Aux États-Unis, T. Benjamin Faucett nous régalait de personnifications de fruits et légumes. Dès la première page, les principaux personnages de ce conte sont mis en place : les ustensiles culinaires (récipients, casseroles, poêle, faitout, four, poêle à bûches) et d'autres objets comme la pendule. Les enfants n'apparaissent que sur la deuxième page pour signifier leur second rôle. Des bruits étranges de casseroles sur le fourneau naissent une histoire terrible de sorcières qui aiment perdre les enfants, pour se régaler de leurs cris. Mais la gentille fée sait réconforter les enfants perdus avec une bonne soupe qui les rend si forts qu'ils chassent la méchante sorcière ! Certainement une fée de la cuisine. Les histoires s'enchaînent et rebondissent sur la poêle de la première page dans laquelle les œufs au plat grésillent. L'elfe les fait frire. Il nous apprend aussi que même si les œufs de Pâques en chocolat semblent meilleurs que les œufs de poule, il ne faut pas se moquer d'eux car de ces œufs naissent de jolis poussins. À chaque nouvelle aventure, un élément particulier de la première page est mis en scène ! Un récit graphiquement très malin ! En bref sur l'auteur : Tobiáš Eliáš Tisovský (1863-1939) passe ses années scolaires à České Heřmanice et Vysoké Mýto. Il obtient un diplôme de l'enseignement supérieur de Litomyšl, puis de l'Université technique tchèque de Prague. Il travaille quelque temps en tant que chimiste dans une sucrerie à Městec Králové. En 1892, il rejoint la Direction financière de l'État en tant qu'auditeur-contrôleur comptable., puis plus tard, le conseil de contrôle en chef et est devenu directeur. Entre 1892 et 1910, il travaille au bureau des impôts de Tábor, puis jusqu'à sa retraite à Prague. En parallèle, c'est un auteur prolifique pour adultes et enfants, et il réalise des traductions. Il écrit surtout des nouvelles et des histoires pour les adultes, et des contes de fées pour les enfants. Au tournant des XIXe et XXe siècles, la plus grande partie de sa fiction est consacrée à la culture spécifiquement tchèque et à son folklore en relation avec la nature et les mythes. Dans un décor du quotidien, il joue avec l'anthropomorphisme et la personnification des objets. Il brouille les pistes en utilisant des pseudonymes : Vlk Tisovský et Hvězda Jaromír. Ce dernier est surtout utilisé pour les traductions d'ouvrages pour enfants. En 1906, il a traduit le Baron Prášil4 illustré par Miloš Slovák, qui est paru en format album illustré en 1923, un an avant Na naší peci dějí se věci ! Na plotně naší v pekáčích straší. En 1911, il traduit Le merveilleux voyage de Nils Holgersson à travers la Suède de Selma Lagerlöf. Au cours de sa vie, il écrit une cinquantaine d'ouvrages, dont une dizaine pour enfants, mais pour l'instant, je ne sais toujours pas s'il a une activité d'illustrateur. Donc, le mystère reste entier en ce qui concerne les illustrations, mais j'ai quelques hypothèses sur lesquelles je travaille. 4 - En 1906, première traduction de Baron Prášil (Baron de Crac / Le baron de Munchausen) de T.E Vytovski sous le pseudonyme Hvězda Jaromír. En 1921, parution en album illustré par Miloš Slovák, aux éditions Šolc a Šimáček.
- Moje Zoo
Moje Zoo (Mon zoo) Josef Sekyra, éditions Albatros 1976. Ce petit livre tout-carton destiné aux tout-petits, au graphisme conceptuel singulier, a attiré mon attention. Je ne trouve que peu d'imagiers en carton pour les tout-petits dans les antikvariats tchèques, et la plupart d'entre eux contiennent du texte. Ces livres sont destinés aux plus jeunes enfants, qui parfois les manipulent maladroitement ou les grignotent... Cela les rend vulnérables au fil du temps. Cependant, celui-ci a quelque chose de spécial, un graphisme étonnant et une touche de déjà vu. Josef Sekyra semble très proche du travail d'illustration de Cruz Novillo, un graphiste et designer espagnol, qui a réalisé un abécédaire des animaux" en boîtes d'allumettes en 1968. Je n'ai pas d'informations confirmant que ces petites boîtes d'allumettes aient été diffusées en Tchécoslovaquie. Néanmoins, le traitement graphique est remarquablement similaire. Les animaux sont représentés à l'aide de formes géométriques, parfois déconstruites pour créer l'image. Sekyra pousse plus loin l'utilisation de ces formes géométriques pour mettre en valeur certaines parties physiques des animaux, comme les pattes, les oreilles, les écailles ou le museau. L'agencement de ces modules géométriques : ronds, rectangulaires… crée un effet visuel statique. Tous les animaux semblent nous fixer du regard. Les contours de ces formes sont tracés en noir épais, délimitant des aplats de couleur. Josef Sekyra utilise une palette de couleurs proche de celle des animaux eux-mêmes : le marron pour l'ours, le vert pour le serpent, la girafe en jaune. À l'inverse, Cruz Novillo explore des couleurs plus inattendues : l'ours est jaune, l'hippopotame est violet, le rhinocéros est rose. Ce livre me rappelle également le travail de Dick Bruna, caractérisé par des traits épais, des aplats de couleurs vives et des formes géométriques élégantes aux courbes harmonieuses..." Pour l’instant je n’ai trouvé aucune information sur l’auteur et illustrateur Josef Sekyra, sauf ses dates : 1942-2004.












