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  • Kolečko

    Kolečko, écrit et illustré par Zdenek Seydl, éditions Albatros 1972. Zdeněk Seydl réalise les illustrations de 28 livres pour enfants, la plupart pour la maison d’édition d'État SNDK (jusqu'en 1968, puis devient Albatros). Cinq de ces ouvrages sont illustrés aux crayons-feutres. Kolečko en fait partie, le seul dont il écrit le texte. Il aurait été facile pour Seydl d’écrire en rime, mais il préfère jouer sur l’oralité de la langue, et sur le rythme rendu par la sonorité des mots et de la longueur des syllabes. Si la page de titre prend deux pages c’est pour mieux poser l’intention de jouer avec le lecteur. Le personnage ne peut être entier sans son nez qui est obtenue par addition d’une rose Fi+Lip = Filip ! Sur la page de droite, la devise de ce livre est annoncée : oko vidí daleko ale mysl dále / l'œil voit loin mais l'esprit voit plus loin ! À la droite collée à la reliure en tout petit caractère un poème de Seydl qui invite à : Protože a proč? / Parce que et pourquoi ? Kolečko je jako písmeno O / La petite roue est comme la lettre O anebo panenka v oku, / ou une poupée dans l'œil, kulaté / ronde jako hlava, terč a nebo koláč / comme une tête, une cible ou un gâteau i tečka, et un point kterou končí každá věta. / lequel termine chaque phrase Anebo den. / ou bien le jour Elektrony a protony, / électrons et protons kutálející se v jádru atomu / tournoyant dans le noyau de l’atome jako chlapeček a holčička, / comme un petit garçon et une petite fille hrajou si s míčem, malujou / ils jouent avec une balle, ils peignent na chodník křídou slunce, / sur le trottoir à la craie le soleil kterým začíná každý den znovu zase… / Lequel recommence tous les jours protože a proč? Parce que et pourquoi ? Štěstí leží na rozcestí! Takže… Le bonheur est à la croisée des chemins ! Si bien que …. Modrají se pomněnečky, zelená se / Les myosotis bleuissent, le vert devient vert klokočí, klokočí, kdo se se mnou v tom kolečku, ♪ /…(chanson de šlitr! ) faux pistachier…….. qui est avec moi dans la roue (du monde) kdo se se mnou zatočí… / qui va me faire tournicoter/ tourner la tête … Sous la forme de poème, Seydl invite les parents lecteurs et les enfants à l’imagination car l’esprit voit plus loin …. Mais étonnamment en page 8 un texte assez long, contraint sur la page de gauche écrit par l’éditrice Olga Krejčová : "…… Certains disent que Zdeněk Seydl peint comme des enfants. Oui? Non? Oui et non. Tout n'est pas aussi simple qu'il y paraît. L'œil voit loin, mais l'esprit voit plus loin, dit l'introduction du livre d'images Kolečko. Ce livre a été conçu et peint par Zdenek Seydl pour les enfants fascinés par le mouvement. …….. Laissez-le vous dire : voici le soleil, voici les verres, voici les cerises, voici comment pousse une pomme, voici comment le porridge est mélangé dans une assiette, voici comment ma mère a décoré mon gâteau d'anniversaire... Racontez-nous l'histoire …… C’est ainsi que bougent les aiguilles d’une horloge et c’est ainsi que la balle roule. C’est ainsi que le globe tourne. qu'est-ce que c'est? Nous vivons sur la terre , tous les gens vivent ici, même maman, papa et toi ….... Kolečko, n’est pas un livre qui doit être lu d’un bout à l’autre. Ses peintures sont comme des partitions, chacune étant le début de nombreuses chansons différentes……..Tout d'abord, jetez un œil au livre vous-même, puis ouvrez-le avec votre tout-petit et jouez avec lui à un jeu qui est une joie de mouvement, de vie en général. Et avec le peintre, profitez de la conscience de l'habileté humaine et de la puissance créatrice qui, même dans les plus petites - comme on dit, ne dort pas, mais attend avec impatience de se développer. Olga Krejčová donne les clés de compréhension de cet ouvrage novateur ! Les outils utilisés par Seydl sont enfantins, certes, mais le résultat est qu'ils peuvent charmer petits et grands lecteurs. L'identité graphique est radicale, une abstraction joyeuse. En bref sur l'auteur : Zdenek Seydl (Zdeněk Seidl) (1916-1978) est un artiste polyvalent, notamment peintre, graphiste, typographe, illustrateur, céramiste, scénographe et créateur de films d'animation, designer textile. À l'âge de 13 ans, il remporte le premier prix d'enfants à Prague. Au milieu des années 1930, Zdenek Seydl est diplômé en arts appliqués de Prague. Entre 1932 et 1933, il suit des cours de technique graphique à Prague, puis de 1933 à 1936, il étudie aux Arts Appliqués de Prague. En 1937, il collabore à la décoration du pavillon tchécoslovaque lors de l'exposition universelle de Paris. À la fin des années 1930, il réalise ses premières illustrations pour les éditions František Borový, où il côtoie des personnalités comme Karel et Josef Čapek. Après la Seconde Guerre mondiale, il commence à travailler en tant que graphiste sur les œuvres des frères Čapek, de Josef Lada, et bien d'autres. Il s'inspire de la simplicité et de la spontanéité des couvertures réalisées par Josef Čapek. En 1939, ses premières illustrations sont publiées, "Muži nemilují andělů" (Les hommes n'aiment pas les anges), de Milena Nováková aux éditions Českomoravský Kompas. De 1945 à 1947, il participe à la conception de courts métrages d'animation avec Jiří Brdečká, il est ensuite impliqué dans de nombreuses productions cinématographiques d'animation. Cependant, l'élément le plus marquant de la carrière de Zdenek Seydl est son engagement à la maison d'édition d'État Československý spisovatel en 1949, où il travaille en tant qu'éditeur et directeur artistique et graphiste jusqu'en 1976. Il édite plus de 1500 livres et apporte sa contribution graphique à des centaines d'autres. Il conçoit également une trentaine d'identités graphiques pour des collections. Il fait travailler des talents tels que Milan Grygar (1926-), Jiří Šalamoun (1935-2022), Václav Sivko (1923-1974), et bien d'autres. En 1951, il se marie avec l'illustratrice Helena Zmatliková (1923-2005), dont le travail est très reconnu en Tchécoslovaquie. À la fin des années 1950, il commence à travailler pour le théâtre, concevant des décors et des costumes, notamment pour le théâtre national, et est récompensé à plusieurs reprises pour ses réalisations dans ce domaine. Il reste actif dans ce secteur jusqu'à la fin de sa vie.

  • První Třída

    První Třída Kašička, écrit par Olga Štruncová, illustré par Zdenek Seydl, éditions Albatros, collection Klub mladých čtenářů, Prague 1970. Zdenek Seydl illustre au début des années 70 une série d'ouvrages pour les tout-petits. Composée de 5 titres, tous réalisés aux crayons feutres. Deuxième titre de la série, První Třída Kašička , écrit par Olga Štruncová est un recueil de comptines, de rébus, de jeux de langue, de jeux de mots et de chiffres. Dès la couverture, son goût pour le dessin aux feutres est annoncé. Zdenek Seydl donne un caractère graphique enfantin à cet ouvrage. Il joue avec les lettres et les chiffres en leur ajoutant des éléments humains : yeux, bouches. Il rend vivants tous les éléments de la page qui jouent le rôle de narrateur. Le tout donne un sentiment de liberté, de pagaille joyeusement enfantine : « J'essaie de dessiner pour les enfants aussi simplement que possible, mais en même temps d'être compréhensible. La liberté d'expression, l'abréviation perdent leur sens lorsqu'elles se font au détriment de l'intelligibilité... La poésie, la fantaisie lyrique ne doivent pas manquer dans un livre pour enfants. » 1 - Zdenek Seydl a knihy. Denisa Bytelová, Jiří Hůla, Irena Lehkoživová, éditions Archiv výtvarného umění, 2015. "Le modernisme tchèque, le dadaïsme et le surréalisme, via son goût pour l'absurde, l'humour poétique et l’exagération habitent ce faiseur de livres qu'était Zednek Seydl"2. Il aura illustré de nombreux romans, où le dessin grotesque de ses personnages, vêtus de costumes bariolés, fera merveille. L'identité graphique est radicale, une abstraction réjouissante ! 2 - Zdenek Seydl a knihy, Denisa Bytelová,Jiří Hůla, Irena Lehkoživová, éd. Archiv výtvarného umění, 2015. En bref sur l'auteur : Zdenek Seydl (Zdeněk Seidl) (1916-1978) est un artiste polyvalent, notamment peintre, graphiste, typographe, illustrateur, céramiste, scénographe et créateur de films d'animation, designer textile. À l'âge de 13 ans, il remporte le premier prix d'enfants à Prague. Au milieu des années 1930, Zdenek Seydl est diplômé en arts appliqués de Prague. Entre 1932 et 1933, il suit des cours de technique graphique à Prague, puis de 1933 à 1936, il étudie aux Arts Appliqués de Prague. En 1937, il collabore à la décoration du pavillon tchécoslovaque lors de l'exposition universelle de Paris. À la fin des années 1930, il réalise ses premières illustrations pour les éditions František Borový, où il côtoie des personnalités comme Karel et Josef Čapek. Après la Seconde Guerre mondiale, il commence à travailler en tant que graphiste sur les œuvres des frères Čapek, de Josef Lada, et bien d'autres. Il s'inspire de la simplicité et de la spontanéité des couvertures réalisées par Josef Čapek. En 1939, ses premières illustrations sont publiées, "Muži nemilují andělů" (Les hommes n'aiment pas les anges), de Milena Nováková aux éditions Českomoravský Kompas. De 1945 à 1947, il participe à la conception de courts métrages d'animation avec Jiří Brdečká, et est ensuite impliqué dans de nombreuses autres productions cinématographiques d'animation. Cependant, l'élément le plus marquant de la carrière de Zdenek Seydl est son engagement à la maison d'édition d'État Československý spisovatel en 1949, où il travaille en tant qu'éditeur et directeur artistique et graphiste jusqu'en 1976. Il édite plus de 1500 livres et apporte sa contribution graphique à des centaines d'autres. Il conçoit également une trentaine d'identités graphiques pour des collections. Il fait travailler des talents tels que Milan Grygar (1926-), Jiří Šalamoun (1935-2022), Václav Sivko (1923-1974), et bien d'autres. En 1951, il se marie avec l'illustratrice Helena Zmatliková (1923-2005), dont le travail est très reconnu en Tchécoslovaquie. À la fin des années 1950, il commence à travailler pour le théâtre, concevant des décors et des costumes, notamment pour le théâtre national, et est récompensé à plusieurs reprises pour ses réalisations dans ce domaine. Il reste actif dans ce secteur jusqu'à la fin de sa vie.

  • Maxipes Fík

    Maxipes Fík, écrit par Rudolf Čechura, illustré par Jiří Šalamoun, éditions Albatros, 1981. Publié en France en deux volumes aux éditions La Joie de Lire : 1 - Médor le maxichien, traduit par Krystyna Matysova et Aurélie Rouget-Garma, 2013. 2 - Sacré Médor, traduit par Benoît Meunier, 2014. En cette période communiste, la télévision d'État a besoin de produire du contenu conforme aux directives gouvernementales. En 1975, Jiří Šalamoun participe à la conception d'une série d'animation commandée par la télévision tchèque pour l'émission « Verčeníček » (équivalent à la même époque de « Bonne nuit les petits »). Maxipes Fík (Médor le maxichien), écrit par Rudolf Čechura (1931-2014), raconte l'histoire d'un chien qui devient tellement grand qu'il vit des scènes cocasses mêlant rire, larmes et grotesque. En bref, ce chien est doué de parole et arrête de grandir après avoir bu de la bière. Une histoire drôle, irrévérencieuse et rafraîchissante. Une aventure qui, pourtant, franchit les pièges de la censure. Le film est un succès, mais éclipse quelque peu l'œuvre gigantesque de cet artiste. Les 13 premiers épisodes sont diffusés en 1976, et le succès est tel que 13 autres suivent. (La télévision tchèque commande un épisode coquin pour les adultes qui sera diffusé le 31 décembre 1978.) Le succès pousse à la production de produits dérivés : disques, figurines et livre. En 1979, paraît Maxipes Fík u klokanů (Médor le Maxichien chez les kangourous, éd. Albatros), un leporello pour tout-petits. En 1981, l'album Maxipes Fík, un recueil de 7 histoires, chamboule l'univers graphique du livre pour enfants. Pour chaque dessin animé, il a préparé 80 dessins, que les animateurs adaptent, transforment et colorisent, en utilisant des tons pastels souvent matiérés, avec peu d'aplats. Jiří Šalamoun part de ces dessins, sélectionne les séquences, retravaille les détails. Il se sert d'aplats de couleurs, l'ocre domine, des touches de vert, de rouge et de rose, des couleurs percutantes, et transforme l'ambiance. Il conserve les notifications des numéros d'images en haut à gauche de chaque case (Obr. = obraz veut dire image). Un rappel au dessin animé, mais aussi à sa passion pour les planches de dessins scientifiques. Il compose une histoire séquentielle, une bande dessinée, mais inspirée dans sa construction par des publications populaires (loubok). Il ose faire une bande dessinée en bravant les interdits, la bande dessinée est à ce moment là proscitr par le par le parti communiste. Depuis le début des années 70, sur le même principe, il réalise de multiples sérigraphies, pour la plupart des compositions séquentielles. Il est à l'aise avec cette technique. L'intérêt est le rendu d'impression, bien sûr, mais surtout sa diffusion plus facile face aux règles. Ce n'est pas de la bande dessinée sous forme de livre, et ce n'est pas de "l'art", ce n'est pas de la peinture. Mais véritablement une production populaire, facile à réaliser et diffusable. Pour cet ouvrage il recadre, découpe, extrait des éléments, personnages, mais conserve pour chaque image le cadre. Une énergie se dégage des dessins, un rythme, un mouvement. Il se sert des bulles pour des expressions et onomatopées qui commentent et rythment l'histoire. Le texte du haut est toujours encadré, le texte du bas est dans le cadre. Cette disposition crée une cadence visuelle et de lecture. En cette période de normalisation, il n'hésite pas à caricaturer les policiers, aux postures grotesques et à dévoiler l'ambiguïté des situations. Dans cette période de normalisation, les familles se replient sur elles et le muret disproportionné de la maison d’Aïa en est la parfaite représentation. Jiří Šalamoun n'est pas un dissident, mais au travers de ses dessins souligne l'ambiguïté et l'absurdité de cette époque. " Je suis plus un commentateur qu'un illustrateur" (Jiří Šalamoun, "Possibles visions du monde", 2021, p. 287). Un commentateur subtil aussi de son époque. Ce livre est aussi l'expression de l'attachement, de la générosité artistique que Šalamoun met dans son travail. Il illustre plus de 100 ouvrages, une grande partie étant des romans : "Le dernier des Mohicans", "Bilbo le Hobbit" (interdit très vite après parution),… il crée pour chacun un univers graphique unique au trait dynamique et au ton mordant et grotesque. En bref sur l’auteur : Jiří Šalamoun (1935-2022), il est un artiste, poète, enseignant, affichiste et illustrateur. Il suit des études à l'Académie des beaux-arts de Prague de 1952 à 1956, puis part à Leipzig pour suivre un cursus à l'École supérieure des arts graphiques et du livre de 1956 à 1960. Il commence sa carrière en tant que graphiste dans une revue sur le dessin pour enfants, ce qui le passionne. Au milieu des années 60, il entame une collaboration de plus de vingt ans avec la revue de cinéma Filma Doba, en tant que graphiste, aux côtés de sa femme, Eva Natus-Šalamounová (1936-2018), une artiste allemande d'envergure, illustratrice. Il s'amuse avec la typographie, utilise et dessine diverses polices et tailles de caractères pour en exploiter la puissance artistique, et insère parfois des éléments dessinés par lui-même. Dans les années 60,, la Tchécoslovaquie vit une période de relative liberté, un communisme "à visage humain", et tous les domaines de l'art sont en ébullition, notamment la "nouvelle vague" du cinéma tchèque. En travaillant pour de nombreuses éditions, dont Československý spisovatel et Mladá Fronta, il rencontre d'autres graphistes et illustrateurs talentueux, tels que Vacláv Sivko (1923-1974) et Milan Kopřiva (1929-1977 également leurs dessins. Il illustre plus de 100 ouvrages, une grande partie étant des romans : Le dernier des Mohicans, Bilbo le Hobbit (interdit très vite après parution). Il crée pour chacun un univers graphique unique au trait dynamique et au ton mordant et grotesque.

  • Pan Tau a tisíc zázraků

    Pan Tau a tisíc zázraků, (Monsieur Tau et mille merveilles), écrit par Ota Hofman, illustrations et graphisme de Jiří Šalamoun, typogarphie Milan Kopřiva, éditions Albatros, 1974. Jiří Šalamoun (1935-2022) suit des études à l'Académie des beaux-arts de Prague de 1952 à 1956, puis part à Leipzig pour suivre un cursus à l'École supérieure des arts graphiques et du livre de 1956 à 1960. Il commence sa carrière en tant que graphiste dans une revue sur le dessin pour enfants, ce qui le passionne. Au milieu des années 60, il entame une collaboration de plus de vingt ans avec la revue de cinéma Filma Doba, en tant que graphiste, aux côtés de sa femme, Eva Natus-Šalamounová (1936-2018), une artiste allemande d'envergure, illustratrice. Il s'amuse avec la typographie, utilise diverses polices et tailles de caractères pour en exploiter la puissance artistique, et insère parfois des éléments dessinés par lui-même. À cette époque, la Tchécoslovaquie vit une période de relative liberté, un communisme "à visage humain", et tous les domaines de l'art sont en ébullition, notamment la "nouvelle vague" du cinéma tchèque. En travaillant pour de nombreuses éditions, dont Československý spisovatel et Mladá Fronta, il rencontre d'autres graphistes et illustrateurs talentueux, tels que Vacláv Sivko (1923-1974) et Milan Kopřiva (1929-1977). Ce qui est frappant, c'est la porosité entre leurs missions de graphiste et d'illustrateur. En d'autres termes, ils ne se contentent pas de faire de la mise en page, mais ils insèrent également leurs dessins. En cette période communiste, la télévision d'État a besoin de produire du contenu conforme aux directives gouvernementales. Pour les enfants, la série Pan Tau (Monsieur Tau), un conte de fée moderne d’Ota Hofman (1929-1989), est diffusée à partir de 1973. La construction et certaines atmosphères sont calquées sur le modèle des feuilletons américains tout en conservant leur valeur et leur identité propre. En 1974, la novélisation aux éditions Albatros, Pan Tau a tisíc zázraků (M. Tau et mille merveilles), est illustrée par Jiří Šalamoun, et Milan Kopřiva se charge de la typographie. Šalamoun en fait un livre pop en mélangeant les éléments communs et triviaux. Il est fasciné par la culture américaine, dont il a pu mesurer l'envergure à l'Exposition universelle de Montréal en 1967. Il utilise des aplats de couleurs délimités par des traits noirs, similaires aux affiches réalisées par les artistes américains du Push Pin Studios. Les couleurs sont saturées, fortes, puissantes et lumineuses, comme des néons d'enseignes. Le regard est hypnotisé par ces éléments massifs. Il utilise également une typographie manuscrite pour créer des éléments de décoration ou d'enseigne. Il situe et encadre des objets incohérents à une taille surdimensionnée dans des paysages et des villes, créant un effet psychédélique. Le texte est composé en colonnes, comme dans les journaux, avec quelques photos du film placées à la fin de l'ouvrage, il leur accorde peu d'importance. Pourtant, des éléments identiques, tels que les dés, la bille et les engrenages, réapparaissent dans d'autres de ses ouvrages. En réalité, Šalamoun entame des discussions et les poursuit d'un livre à l'autre. Il possède un vocabulaire de formes artistiques, de symboles et de personnages. Des échos de discussions intérieures propres à lui-même apparaissent dans son travail, offrant une lecture singulière du monde. Cette année-là, une chronique sur son travail paraît dans la revue Graphis (N°168, 1973-1974), aux côtés de Milton Glaser (1929-2020), fondateur avec Seymour Chwast du Push Pin Studios (la couverture étant réalisée par André François). Šalamoun illustre une centaine de livres, réinventant à chaque fois son dessin, son univers et son style graphique. Il est également affichiste pour le théâtre et le cinéma, réalisant des génériques de films animés et collaborant avec le cinéma d'animation. "Mon approche du film reste la même que mon approche du livre. Je ne peux pas et je ne sais pas accompagner une intrigue avec des images ; je suis plus un commentateur qu'un illustrateur (Jiří Šalamoun, Possibles visions du monde, éditions MeMo 2021, p. 287

  • Pust’te basu do rozhlasu

    Pust’te basu do rozhlasu (Je ne suis pas certaine de ma traduction, peut-être "Allumez la basse"), texte de Nora Fried, dessins de Jan Rothe et photographies de V. Schlosser, éditions Karel Synek, (1938 ?). Cet ouvrage insolite arbore une couverture argentée et combine des montages photographiques, des textes et des illustrations. Lors de ma première exploration, le graphisme m'a semblé à la fois surprenant et quelque peu déséquilibré. Cependant, j'ai rapidement saisi qu'il s'agissait d'un recueil regroupant plusieurs histoires autour de la musique. Chacun de ces contes bénéficie d'un univers graphique distinct. On y retrouve un air subtilement maladroit propre à l'avant-garde tchécoslovaque, renforcé par ces jeux de montages qui confèrent au livre un charme attachant. Je n'ai trouvé que très peu d'informations concernant cet ouvrage. Il ne semble pas être présent dans les collections de la Národní knihovna (Bibliothèque nationale) de Prague, ni dans la Moravská Zemská knihovna (équivalent tchèque de la BnF en ce qui concerne le dépôt légal des ouvrages). Le seul site sur lequel j'ai pu trouver une datation est Database Knihy, mais j'ai des doutes quant à sa fiabilité. C'est ainsi que j'ai entrepris d'en apprendre davantage sur l'auteur, Nora Fried (Norbert Frýd, 1913-1976), qui utilisait aussi des pseudonymes. En 1937, il obtient son diplôme en droit à l'université Charles de Prague. Fasciné par le mouvement surréaliste, il entame des études de littérature moderne à la Faculté des arts de l'Université Charles en 1937. Sa thèse sur "La genèse du surréalisme tchèque" est déposée en 1939, mais il ne la soutient qu'en 1945. En 1946, il change son nom de Fried à Frýd. Très actif dans l'entre-deux-guerres, il écrit de la poésie pour les adultes et les enfants, collabore à l'écriture de pièces de théâtre et de pièces radiophoniques pour enfants diffusées sur les ondes de la radio nationale tchécoslovaque. Il contribue à de nombreuses publications, notamment les revues Kulturní večerník D 34, Prager Tagblatt et surtout Haló noviny, où il supervise le supplément pour enfants Holahej en 1934-1935. À partir de 1936, il travaille comme rédacteur, monteur et dramaturge dans les sociétés cinématographiques Metro-Goldwyn-Mayer et RKO Radiofilm jusqu'en 1939. De confession juive, il perd son emploi et devient archiviste puis auxiliaire de la communauté juive de Prague. Incarcéré en 1942 à Terezín, puis à Auschwitz et à Dachau, il s'évade en avril 1945. Après son retour, il travaille comme fonctionnaire du Parti communiste et comme journaliste. En 1947, il devient attaché culturel à l'ambassade du Mexique, puis aux États-Unis à la fin des années 1940. De 1951 à 1953, il est rédacteur en chef à la radio tchécoslovaque, avant de se consacrer à l'écriture en tant que professionnel. Entre 1951 et le début des années 1970, il occupe le poste de délégué à l'UNESCO. Il voyage abondamment en Europe, en Amérique centrale et du Sud (dans les années 1960), et il écrit de nombreux poèmes, contes et histoires pour enfants, des romans d'aventures et des documentaires pour adultes. À la fin des années 1940, il collabore avec la télévision tchécoslovaque et le cinéma d'État. Deux de ses œuvres pour enfants sont adaptées en dessins animés, dont Basa tvrdí muziku (La basse revendique la musique), illustrée par Zdenek Seydl et réalisée par Karel Zeman, ainsi que Proč sedají ptáci na telegrafní dráty (Pourquoi les oiseaux sont assis sur les fils télégraphiques ?). Actuellement, je n'ai pas encore réussi à visionner ces deux films, mais je soupçonne un lien étroit avec le livre présenté. Je vous tiendrai informé(e) très rapidement. Selon Petr Šisler, Pust’te basu do rozhlasu (Allumez la basse), il daterait de 1937 ! Quant au titre "Pohádky o nových věcech" (Histoires de nouvelles choses), il serait daté de 1947. Dans la version que j'ai sous les yeux, il s'agit du sous-titre, ce qui ajoute à la complexité de la datation. Malgré mes efforts, je n'ai toujours pas réussi à établir une date précise. Je suis donc partie en quête d'informations concernant l'éditeur, Karel Synek. Son travail éditorial est principalement axé sur la littérature, et j'ai recensé une cinquantaine d'ouvrages dans diverses bibliothèques et antikvariats, avec une inclination particulière pour l'édition de romans illustrés. En 1925, Karel Synek (1896-1943) rejoint l'entreprise de son père (la maison d'édition praguoise Adolf Synek) qu'il co-dirige à partir de 1928. Il obtient sa propre concession en octobre 1934, et début 1935, il reprend la direction de l'entreprise qu'il renomme Karel Synek. La maison d'édition est contrainte de fermer pendant la guerre sous la pression des Allemands. Malgré le décès de Karel Synek, la maison d'édition reprend quelques années avant de fermer définitivement ses portes en 1948. Je suis donc partie à la recherche d'informations sur les illustrateurs V. Schlosser et Jan Rothe. Pour l'instant, mes recherches n'ont pas produit de résultats significatifs. Cependant, en ce qui concerne ce livre, je peux affirmer avec certitude que les illustrations sont l'œuvre de Jan Rothe ! Un grand merci à Benoit Meunier pour toutes les informations fournies. Elles m'ont grandement éclairée dans cette exploration, alors que j'étais quelque peu perdue. 1 - Nora Fried (Norbert Frýd, Nora étant le diminutif de Norbert) 1913-1976. 2 - http://www.slovnikceskeliteratury.cz/showContent.jsp... Je n'ai pas réussi à retrouver de trace du livre dans Česká literární bibliografie https://vufind.ucl.cas.cz/Search/Results...

  • Tajný lodní deník

    Tajný lodní deník (Journal de bord secret) Ladislav Dvorský, illustré par Jan Schmid, éditions Severočeské nakladatelství, 1966. Tajný lodní deník (Journal de bord secret) est un ouvrage illustré par Jan Schmid, qui incarne tout ce que j'aime dans les livres pour enfants tchèques. Il défie les règles habituelles de mise en page pour donner l'impression d'un véritable journal de bord ayant vécu et traversé des épreuves. Les dessins sont réalisés avec différentes techniques, allant des crayons aux pastels en passant par les encres et les tampons. Les pages présentent des griffonnages, des ratures, du texte dactylographié et des écrits à l'encre manuscrite, créant une atmosphère authentique et étonnante. Jan Schmid joue avec le rythme en alternant des pages dactylographiées avec de courtes phrases sur une double page et des pages complètes accompagnées de partitions ou de croquis. L'utilisation de l'écriture manuscrite enfantine et maladroite ajoute au charme de l'ouvrage. On ressent une intense vivacité dans ces pages, ainsi qu'une vie foisonnante d'imprévus, de suspense, de jeux et de découvertes étranges. Jan Schmid ouvre la porte à l'extraordinaire, à la surprise et à la tension narrative, interprétant avec humour les rencontres et les découvertes. L'avant-propos révèle qu'il s'agit du journal de bord secret d'une expédition maritime menée en secret par Martin Večerka, alias Marty, et Čestmír Klas, alias Čen. Ce serment secret est scellé par une goutte de leur sang (rose) et ils navigueront sous le signe de Neptune. Le journal de bord détaille la liste des objets à emporter, parmi lesquels un télescope, une canne munie d'une fourchette pour attraper les serpents, un réveil, trois photos (père, mère et sœur), une cloche pour convoquer l'équipage, un canon de navire et bien d'autres. En somme, cet ouvrage offre un délicieux voyage imaginaire où chaque petit détail, insignifiant pour les adultes, revêt une grande importance pour les enfants. Les deux compères sont rejoints dans cette aventure folle par deux amies, Kambala et Titánie. Cette dernière remet en question la liste initiale, composée principalement de gâteaux secs et de poisson séché, en y ajoutant des omelettes à la confiture de groseille. On peut soupçonner que cette expédition en mer est davantage un jeu qu'une réalité. Les points de connexion entre la réalité et l'invention sont subtilement évoqués, ce qui confère au récit une note touchante. Le jeu entre l'écriture dactylographiée et manuscrite renforce cette sensation, rythmée par les jours qui passent plutôt que par les numéros de pages ou de chapitres. Jan Schmid a réalisé à la fois les illustrations et le graphisme, concevant les pages comme un petit théâtre de mots et d'images, intégré dans un jeu mystérieux et fascinant. Ce livre représente également la rencontre de deux passionnés de théâtre, de deux auteurs, dramaturges, metteurs en scène et scénaristes : Ladislav Dvorský et Jan Schmid. Ce dernier dirige aujourd'hui encore le Studio Ypsilon, voué au théâtre contemporain pour adultes et enfants, ainsi qu'au théâtre de marionnettes. En 1966, c'est Ladislav Dvorský qui assume la direction de cette maison d'édition. Cependant, il est licencié et exclu de l'Union des écrivains tchèques en 1970, à l'époque où la période de normalisation brutale prend son élan. Il y a une formule que j’ai lue qui m’a ramenée à une époque soupçonnée "camarade professeur" ! Le malaise s’est installé. Il est difficile parfois de s’enchanter pour des publications crées sous un régime totalitaire. En résumé sur les auteurs : Jan Schmid (1936) est un dramaturge, metteur en scène, acteur, artiste, publiciste culturel, illustrateur et professeur de théâtre. Après avoir terminé ses études aux Arts Appliqués de Prague (VŠUP/UMPRUM), Jan Schmid travaille brièvement au théâtre de Liberec en tant que concepteur et réalisateur. En 1963, il fonde le Studio Ypsilon dont il devient le directeur artistique. À partir de 1990, il en prend également la direction. Il demeure actif au sein du studio Liberec et demeure dévoué au théâtre expérimental et aux marionnettes. Durant sa carrière il collabore à de nombreux films. Jusqu'à présent, j'ai identifié 3 livres pour enfants dont il a réalisé les illustrations. Ladislav Dvorský (1931-1995) est un écrivain tchèque, auteur de livres pour enfants et pour jeunes, poète, romancier, dramaturge, publiciste, linguiste et traducteur. En 1953, il obtient son diplôme en tchèque et en russe à la Faculté d'Éducation de l'Université Charles de Prague. De 1953 à 1959, il enseigne dans les écoles professionnelles de Teplice et de Liberec. Il reprend ensuite des cours à distance et en 1969, il soutient sa thèse en phonétique et obtient le titre de PhD. De 1959 à 1961, il est maître de conférences au Département de Langues de l'Université d'Ingénierie de Liberec. En 1965, il devient directeur à la maison d'édition Severočeský ; cependant, dès 1970, il est licencié et exclu de l'Union des écrivains tchèques. Dans les années 1970 et 1980, il ne trouve pas d'emploi stable - il enseigne les langues étrangères en privé, joue du violon dans un orchestre thermal, dirige un groupe théâtral, enseigne à l'école d'art populaire de Česká Lípa et pendant deux ans, il conseille la section culture linguistique des diffuseurs tchèques de la télévision. En 1990, il devient directeur de la maison d'édition Liberecký tiskáren (LIT), en 1991, il est nommé professeur adjoint à la Faculté d'Éducation de l'Université Charles, et à partir de 1992, il devient rédacteur en chef du service éditorial. Il réalise également de nombreuses traductions. Il écrit une trentaine de livres pour enfants et crée un personnage espiègle nommé Bubetka, illustré par Miloš Nesvadba (1925-2020). Severočeské nakladatelství, dont le nom complet est Severočeské krajské nakladatelství (maison d'édition de la Bohême du nord) (1960-1992), est né de la fusion de deux maisons d'édition régionales, à savoir Liberecké knižní nakladatelství (KLN) et Ústecké nakladatelství (KN). En 1965, Ladislav Dvorský (1931-1995) est devenu directeur, occasionnant ainsi un changement de nom et une fusion avec les imprimeurs de Liberecký, qui avaient été séparés de l'entreprise Severografie. De début 1969 jusqu'en mars 1970, grâce à cette association avec une imprimerie moderne, la maison d'édition a été en mesure de mieux affronter les défis contemporains de l'industrie graphique. Par conséquent, elle a pu considérablement élargir sa production dès le début des années 70. Sous la coupe du régime, la maison d’édition se développe mais est incapable de se réinventer après 1989 !

  • Moje Zoo

    Moje Zoo (Mon zoo) Josef Sekyra, éditions Albatros 1976. Ce petit livre tout-carton destiné aux tout-petits, au graphisme conceptuel singulier, a attiré mon attention. Je ne trouve que peu d'imagiers en carton pour les tout-petits dans les antikvariats tchèques, et la plupart d'entre eux contiennent du texte. Ces livres sont destinés aux plus jeunes enfants, qui parfois les manipulent maladroitement ou les grignotent... Cela les rend vulnérables au fil du temps. Cependant, celui-ci a quelque chose de spécial, un graphisme étonnant et une touche de déjà vu. Josef Sekyra semble très proche du travail d'illustration de Cruz Novillo, un graphiste et designer espagnol, qui a réalisé un abécédaire des animaux" en boîtes d'allumettes en 1968. Je n'ai pas d'informations confirmant que ces petites boîtes d'allumettes aient été diffusées en Tchécoslovaquie. Néanmoins, le traitement graphique est remarquablement similaire. Les animaux sont représentés à l'aide de formes géométriques, parfois déconstruites pour créer l'image. Sekyra pousse plus loin l'utilisation de ces formes géométriques pour mettre en valeur certaines parties physiques des animaux, comme les pattes, les oreilles, les écailles ou le museau. L'agencement de ces modules géométriques : ronds, rectangulaires… crée un effet visuel statique. Tous les animaux semblent nous fixer du regard. Les contours de ces formes sont tracés en noir épais, délimitant des aplats de couleur. Josef Sekyra utilise une palette de couleurs proche de celle des animaux eux-mêmes : le marron pour l'ours, le vert pour le serpent, la girafe en jaune. À l'inverse, Cruz Novillo explore des couleurs plus inattendues : l'ours est jaune, l'hippopotame est violet, le rhinocéros est rose. Ce livre me rappelle également le travail de Dick Bruna, caractérisé par des traits épais, des aplats de couleurs vives et des formes géométriques élégantes aux courbes harmonieuses..." Pour l’instant je n’ai trouvé aucune information sur l’auteur et illustrateur Josef Sekyra, sauf ses dates : 1942-2004.

  • Medvěd medvědu medvědem

    Medvěd medvědu medvědem, Jiří Plachetka, illustrations de Václav Kabát, graphisme de Milan Kopřiva, éditions SVĚT SOVĚTŮ, 1967. Václav Kabát est un artiste très respecté et reconnu en République tchèque. J'étais très étonnée lorsque je discutais avec des collectionneurs, des graphistes ou des illustrateurs, car son nom revenait sans cesse. J'avais croisé certains de ses ouvrages, mais quelque chose de trop classique me laissait totalement indifférente... J'ai répertorié jusqu'à présent 82 titres qu'il a illustrés, mais je pense qu'il en manque... Je cherchais donc le livre le plus singulier de cet artiste, jusqu'à ce que je découvre celui-ci ! Medvěd medvědu medvědem est un livre étonnant par son traitement et ses illustrations. Ce livre raconte les aventures de l'Académie des sciences des ours, composée de six personnes, dont l'objet de leurs recherches est les ours... L'histoire est totalement farfelue, mêlant recherche, enquête et données scientifiques fantaisistes. Václav Kabát se distingue par son dessin qui différencie ces deux catégories. D'un côté, les membres de l'académie sont dessinés au trait à l'encre, regorgeant de détails incongrus, et les personnages adoptent souvent des postures proches de la caricature. De l'autre, les ours sont illustrés avec de grands aplats de noir, où seules des ombres blanches délimitent certains aspects de leur morphologie, comme le museau, les pattes, les yeux... Le dessin les rend d'autant plus mystérieux. Parfois, ces deux mondes se rencontrent et donnent lieu à des pages exceptionnelles d'anthropomorphisme. Toutefois, les illustrations conservent un grand respect pour ces plantigrades. Václav Kabát insère délicieusement des éléments manuscrits pour faire parler les personnages par des phrases courtes qui contextualisent un moment ou par des onomatopées ! Il met en valeur des éléments que l'auteur lui-même n'a pas exprimés, mais qui suivent l'intrigue ou l'atmosphère. Tout cela apporte un dynamisme et de l'humour à ce dessin en noir et blanc. Il me semble évident que le travail de ces deux compères, tous deux graphistes, a créé une émulation autour de cet ouvrage. Dans ce livre, Milan Kopřiva (1929-1997) déploie tout son talent. Il utilise l'espace de la page au maximum, avec un texte en deux colonnes comme dans la presse. Les éléments sont disposés de manière à délimiter des rimes plutôt que des sections, ce qui confère une rythmique visuelle très marquée. Il joue avec différentes typographies, variant leurs tailles, les faisant danser, surgir ou se fondre avec les onomatopées, toujours en harmonie avec le texte et la page. L'utilisation judicieuse des espaces blancs, avec le dessin et les typographies dépassant toutes les règles de mise en page, aboutit pourtant à un équilibre et une élégance rares. Les pages sont empreintes de burlesque, de grotesque et de joie. Il joue également avec les fonds noirs imprimés en blanc pour mettre l'accent sur un événement. Le choix économique de n'utiliser que le noir et le rouge parvient pourtant à rendre ce livre surprenant et joyeux ! Et pour couronner le tout, une petite cerise sur le gâteau : les numéros de pages composés de chiffres à additionner et à soustraire, un jeu amusant, par exemple, 34+24+24 (= 86) ou celle d'à côté 72+57-57 (= 87). Je trouve géniale l'idée de dire "j'en suis à la page 35+35+44", c'est le nombre total de pages de cet ouvrage ! Ils en font peut-être un peu trop, mais c'est pour mon plus grand bonheur ! En bref sur les auteurs : Václav Kabát (né en 1932) étudie à l'École nationale de graphisme de Prague de 1947 à 1951, puis à l'Académie des beaux-arts de Prague de 1951 à 1958. Après ses études, il devient indépendant en tant que graphiste et illustrateur, travaillant principalement pour de nombreuses maisons d'édition, dont Mladá Fronta, SNDK (qui devient Albatros en 1968). De plus, il collabore avec de nombreuses revues. Il participe à de nombreuses expositions collectives dès le milieu des années 70, notamment à Leipzig, Bologne et Prague. En 1974, il reçoit une mention à la foire du livre jeunesse de Bologne pour le livre Thurberovy knihy Tŕinácteryhodiny. Il contribue à l'illustration et au graphisme de plus d'une centaine de livres, dont la moitié sont destinés aux enfants. Jiří Plachetka (1927-2012), pour lequel j'ai trouvé très peu d'informations, écrit 9 livres pour enfants entre 1947 et 2003. Milan Kopřiva (1929-1997) est graphiste et typographe. Il étudie à l'Université des Arts Appliqués de Prague de 1948 à 1953, où il poursuit ses études jusqu'en 1955. Après avoir terminé l'école, il travaille comme rédacteur artistique pour le journal Rudé právo. De 1963 à 1965, il est employé au ČTK (Česká tisková kancelář, Agence de presse nationale) en tant que rédacteur graphique pour le nouveau magazine 100+1 intérêt étranger. À partir de 1965, il devient freelance. Il collabore au graphisme de près de 700 livres et réalise des dizaines d'affiches, de catalogues et de tirages occasionnels. Il est le graphiste de la plupart des livres pour la jeunesse de la maison d'édition Mladá fronta. Il reçoit de nombreuses récompenses pour son travail et travaille en étroite collaboration avec de grands artistes tchèques et slovaques (Adolf Born, Jiří Šalamoun, Zdeněk Mézl, Václav Kabát, František Skála, et des photographes (Josef Koudelka, Miroslav Hucek … .) et d'autres personnalités de la culture tchécoslovaque.

  • Rybí říkačky

    Rybí říkačky (Rimes de/des poissons), texte et illustrations deJosef Jíra, éditions Olympia, 1969. Je connaissais déjà cet artiste peintre, mais j'ai été surprise de découvrir un ouvrage pour enfants illustré par lui. Après des recherches, j'ai constaté qu'il avait en effet illustré deux livres pour enfants chez le même éditeur, publiés la même année ! Ce livre au format cartonné en forme de leporello est destiné aux tout-petits. Son travail aux pastels dégage une fraîcheur étonnante, avec une spontanéité et une gaieté qui sont probablement dues à l'utilisation de couleurs vives. Ce livre est un documentaire en poèmes sur les poissons. Les poissons sont dotés de personnalité, certainement grâce à l'observation minutieuse de l'auteur. Leurs différences sont mises en avant en fonction de leur habitat : lacs, rivières, étangs et cours d'eau d'Europe centrale ! Cela offre un beau panorama des poissons de rivières et de lacs que l'on peut trouver en Tchéquie. Il est à noter que la pêche et la cueillette de champignons sont des activités très appréciées par la plupart des Tchèques. La typographie manuscrite est fréquemment utilisée dans les livres pour enfants tchèques depuis le début du 2àe siècle et continue de l'être aujourd'hui. Dans cet ouvrage, le travail de typographie manuscrite est particulièrement intéressant. Dans l'encadré, le texte est écrit en rimes et ouvre la porte à ce documentaire poétique : « Eau, eau, eau et vies extérieures / Petit poisson - Tout le monde est différent, ils ont une apparence différente – il y a une carpe - le deuxième est paresseux et le troisième, je ne dirai pas ». Par un trait semi-épais, l'auteur met en évidence l'originalité de ce documentaire, laissant place à l'humour et à l'anthropomorphisme des poissons. Les caractères humains ainsi que leurs défauts ou particularités, comme la paresse, sont présentés à travers des rimes amusantes. Fait frappant, la construction avec le texte encadré et le titre en gros caractères rappelle la tradition des Loubok1 (loubki au pluriel), qui est une imagerie populaire russe également répandue en Europe centrale. C'est un texte minimal parfois encadré, laissant place à l'image et à son interprétation. On retrouve certains aspects du Loubok également dans le contenu. Le dessin suit la lignée de certains primitivistes tchèques, ce qui le rend à la fois intéressant et joyeux ! Ce livre est publié par les éditions Olympia (1954), et cela n'est pas un hasard. Cette maison d'édition tchèque, principalement orientée vers la littérature liée au sport et aux loisirs, s'est tournée vers les livres pour enfants depuis le début des années 60. En cherchant de nouveaux projets, elle a trouvé en Josef Jíra le parfait combo, car il avait été un sportif de haut niveau et était déjà reconnu en tant qu'artiste. Le champ du livre lui a été laissé. Je n'ai pas trouvé de trace de réédition... Il se peut que cet ouvrage n'ait pas rencontré le succès commercial escompté. Les éditions Olympia (1954) ont été créées en 1954 en tant qu'entreprise de l'Association tchécoslovaque d'éducation physique, publiant des livres et périodiques centrés sur le sport. En 1991, la maison d'édition est transformée en société par actions. À la suite de la dissolution de la Tchécoslovaquie en 1993, elle est devenue la propriété de l'Association tchèque d'éducation physique. Cette maison d'édition est toujours en activité. En bref sur l’auteur : Josef Jíra (1929-1999) est peintre, graphiste et illustrateur. En 1943, il commence des études à l'école professionnelle de bijouterie de Turnov. En 1946, il rentre à l'Académie des beaux-arts de Prague. En 1949, il est accepté à l'école de Miloslav Holé. et quitte volontairement alors l'académie. Dès son plus jeune âge, il peint beaucoup, mais en même temps il se consacre au sport (en 1946, il devient membre de l'équipe nationale tchécoslovaque de ski). Sa carrière sportive se termine par deux blessures en 1950 et 1954. Cependant, il skie passionnément toute sa vie, deux autres blessures (1973, 1989) entraînent toujours une mobilité réduite, il ne peut donc peindre qu'en atelier, principalement des portraits. Après 1954, il se consacre pleinement aux arts visuels. Au début, il vit du graphisme promotionnel, principalement pour subvenir aux besoins de sa famille. Il accepte des commandes d'illustrations de livres. Tout en continuant à peindre. Son premier succès survient en 1955, lorsqu'il reçoit une bourse d'un an. Jíra fut l'un des membres fondateurs du groupe M 57 et participe à toutes ses expositions (1959, 1960, 1962, 1969 et 1970). Le groupe est fondé en 1954, mais en raison de désaccords avec l'Association des artistes tchèques, sa première exposition n'a été autorisée qu'en 1959. Josef Jíra voyage davantage à la fin des années 1950 et surtout dans les années 1960. Il participe à l'exposition universelle Expo 58 à Bruxelles. Au cours des années suivantes, il visite Léningrad, Paris, l'Égypte, l'Italie, la Grèce, l'Espagne, la Suède, Cuba, l'Arménie, la Géorgie et plusieurs autres pays. Tous ces voyages ont eu une influence significative sur son œuvre. Mais ces voyages, surtout dans les premières années lui permettent de connaître l'art contemporain mondial ; il s'intéresse particulièrement aux œuvres des expressionnistes. Il laisse une œuvre picturale immense. 1 - Le Loubok (en russe : лубок), ou loubki au pluriel, est une estampe populaire russe gravée généralement sur bois. Les loubki se présentent sous la forme de graphismes simples et narratifs inspirés de la littérature, d'histoires religieuses et populaires. On peut les comparer aux gravures d'Épinal de l'imagerie Pellerin, mais originellement, ils s'inscrivent dans la lignée bien plus vaste et générique de l'imagerie populaire qui se développe en Europe à partir de la fin du XVe siècle, qui voit fleurir de nombreux opuscules, des livrets, qui ne sont ni des livres, ni des journaux.

  • Na minutku o mamutku

    Na minutku o mamutku, (Petit mamouth1) de Wiktor Woroszylski, illustré par Milan Grygar, édité par SNDK en 1968. Na minutku o mamutku (Petit mammouth1) est une œuvre remarquable du point de vue graphique. La représentation singulière des mammouths, découpés en pochoir, avec des détails mis en avant grâce à des collages et des fonds de couleur, tels que le vert sapin, le rouge et le bleu, qui évoluent en fonction du rythme de l'histoire, fait de ce livre une expérience visuelle unique. Les formes des mammouths se détachent des fonds colorés, laissant apparaître la couleur du papier et créant ainsi une présence visuelle marquante. La typographie manuscrite de Milan Grygar ajoute une touche de modernité à cet ouvrage publié en 1968. Chaque illustration, encadrée dans un carré, transforme le livre en une véritable galerie de peinture pour les enfants, mais aussi pour nous ! En bref sur l’artiste Milan Grygar (1926) est un artiste polyvalent tchèque, comprenant à la fois la création artistique, la conception graphique, l'affichage, la typographie et l'illustration. Diplômé des Arts Appliqués de Prague (UNMPRUM) en 1950, Milan Grygar est aujourd'hui l'une des figures majeures de l'art contemporain en République tchèque. Au cours des années 60, il s'aventure dans des expérimentations graphiques qui fusionnent le son et l'illustration, sous l'influence de John Cage et du mouvement Fluxus. Son travail entretient un lien avec l'héritage spirituel que la musique représente pour des artistes tels que Kandinsky, Delaunay et Kupka. En parallèle, il conçoit 165 affiches pour le cinéma, collabore en tant que graphiste sur plus de 50 ouvrages destinés aux adultes et aux enfants, et illustre une dizaine de livres pour enfants. Na minutku o mamutku est le troisième livre pour lequel il contribue à la conception graphique et à l'illustration. Ses recherches artistiques visant à rendre le son visible dans les images produites se manifestent également dans ses illustrations pour enfants. Il fut le compagnon de vie de Květa Pacovská, une autre artiste de renom. 1 - Petit mamouth est le titre français de la versions polonaise de l'album (avec les illustrations de Józef Wilkoń), traduit par Malgorta Somrag-Goldberg, paru aux éditions MeMo en 2008.

  • Početnice 3

    Početnice 3 (Arithmétique 3) couverture, graphisme et illustrations de Karel Vodák, éditions Státní Pedagogické Nakladatelství (Maison d'édition pédagogique d'État), 1973. J'ai découvert plusieurs ouvrages scolaires qui témoignent d'une grande liberté artistique et conceptuelle, parmi lesquels se trouve celui-ci. La majorité d'entre eux ont vu le jour en pleine période de normalisation, une époque difficile marquée par un contrôle et une forte censure du pouvoir communiste en Tchécoslovaquie. Pourtant, cet ouvrage d'arithmétique brille par sa liberté abstraite et conceptuelle. Les pages sont un savant mélange de dessins, de photographies et de typographie. Les couleurs primaires résonnent avec vigueur, et les chiffres prennent vie sur les pages avec malice et élégance. Un jeu subtil de couleurs en aplats et de transparences apporte une singularité dans les matières et les textures. À travers le graphisme soigné et les illustrations de Karel Vodák, ce livre illustre parfaitement l'harmonie entre le contenu et la forme, offrant une esthétique élégante qui en fait un ouvrage scolaire singulier. Certaines pages me rappellent le travail de Ladislav Sutnar (1897-1976), qui a lui aussi su marier avec brio l'art et la fonctionnalité dans ses créations. Il est fascinant de découvrir des ouvrages scolaires qui se démarquent par leur audace artistique et conceptuelle, surtout lorsque leur création coïncide avec une période de normalisation. Les manuels scolaires sont souvent le reflet des valeurs et des idéologies prédominantes à un moment spécifique de l'Histoire, et ces exemples uniques ouvrent des perspectives passionnantes sur les approches pédagogiques, culturelles et artistiques conventionnelles ou non de cette époque. Ils témoignent également de la manière dont les artistes ont saisi l'opportunité offerte par les livres pour enfants et les manuels scolaires pour exprimer leur créativité artistique de manière originale et offrir un espace de liberté artistique aux lecteurs. En bref sur l’auteur : Karel Vodák (1923-2000), peintre, graphiste, typographe et illustrateur. Il est diplômé des Arts Appliqués de Prague (UMPRUM) en 1950. Dès le milieu des années 40, il se lance dans l'illustration pour l'édition et contribue au graphisme de nombreux livres. Au début des années 60, il se tourne vers la création d'affiches de cinéma et s'intéresse à la philatélie en concevant des timbres. Il excelle dans ce dernier domaine et remporte de nombreux prix internationaux. Au cours de sa vie, il conçoit 22 timbres-poste, crée 27 affiches de films, réalise 185 couvertures de livres et produit près de 1 500 illustrations de livres, bien que malheureusement assez peu dans le domaine de la littérature jeunesse. Ses œuvres témoignent d'une diversité impressionnante et d'une créativité qui transcende les médias et les disciplines artistiques.

  • Dachenka ou la vie d'un bébé chien

    Dachenka ou la vie d’un bébé chien (Dášeňka čili život štěněte, Karel Čapek Fr. Borový 1932), Karel Čapek, graphisme Karel Teige, traduit par Anna et Jacques Arnaudiès, postface de Xavier Galmiche, éditions MeMo, 2015. N'ayant pas pu photographier ni la première, ni la deuxième édition, j'ai choisi de poster la version française. Bien que certains détails et la typographie aient été modifiés, la qualité d'impression, le respect global de la mise en page, ainsi que les scans des photos de Karel Čapek, réalisés dans ses archives personnelles à Prague par les éditions MeMo, m'ont semblé suffisamment fidèles. Cela constitue un bel hommage à cet ouvrage, qui est également disponible en France. En 1932, un ouvrage destiné aux enfants vient bouleverser l'univers littéraire et graphique du livre pour enfants en Tchécoslovaquie. Dachenka ou la vie d'un bébé chien (Dášeňka čili Život štěněte) publié par les éditions Fr. Borový contenant le texte, les dessins et les photographies de Karel Čapek, le graphisme est réalisé par Karel Teige (1900-1951), publié par les éditions Borový. Karel Čapek (1890-1938), une figure littéraire et intellectuelle de l'entre-deux-guerres, est intimement lié au destin de la nouvelle nation tchécoslovaque et entretient des relations étroites avec le président Tomáš Garrigue Masaryk (TGM 1850-1937). En plus de ses entretiens publiés, il est un écrivain et dramaturge prolifique, ses écrits étant parfois teintés de politique (comme La guerre des salamandres et La maladie blanche). Il se révèle également être un conteur lyrique et contemplatif de son époque. Ses écrits, empreints d'une simplicité ironique et douce, sont souvent jalonnés de réflexions sur la vie et les événements traversant son pays. Dans Dachenka, il parvient à combiner légèreté et profondeur, créant ainsi une expérience de lecture riche et nuancée. L'éditeur František Borový entretient également une relation proche avec Karel Čapek. Ce dernier soutient cette maison d'édition qui, dès 1912, a diffusé des auteurs tchèques engagés contre la domination austro-hongroise ainsi que des créations contemporaines. Au-delà de la simple production d'ouvrages, František Borový comprend que les éditeurs, tout comme les artistes et graphistes, doivent se regrouper pour diffuser la création littéraire contemporaine tout en produisant de beaux livres. C'est ainsi qu'il se rapproche d'éditeurs, d'imprimeurs, de graphistes, d'auteurs et d'intellectuels tchèques. Karel Teige, quant à lui, exerce régulièrement en tant que graphiste, critique et théoricien de l'art pour différentes revues, dont la revue RED et Kmen, ainsi que pour la maison d'édition Borový. L'éditeur réunit ainsi ces deux personnalités, Karel Čapek et Karel Teige. Cependant, le second éprouve des réserves envers le premier en raison de ses engagements autour de la création et des tensions liées au folklore. Alors que Karel Čapek prône une certaine ouverture aux légendes, au merveilleux et au folklore tchèque, pouvant être intégrés dans les œuvres contemporaines, Teige préconise quant à lui un renouveau complet. Il s'investit activement dans une lutte contre les contes de fées présents dans les livres pour enfants. Pour cet ouvrage Karel Teige a travaillé avec un empilement de matériaux : chroniques, dessins et photographies de Karel Čapek. Les chroniques ont été publiées dans la rubrique pour enfants intitulée "Le Coin des Enfants" du journal Lidové Noviny, en 1931-1932. Ces chroniques étaient agrémentées des illustrations de l'auteur, présentées de manière séquentielle – en deux, trois, voire même huit scènes consécutives, afin de capturer les avancées et les facéties drôlatiques de Dachenka. Ces séquences dessinées étaient souvent numérotées. Passionné de photographie, Karel Čapek réalisait des photographies de sa propre chienne Iris. Cependant, le mystère entourant l'ajout de ces photos pour l'édition du livre persiste. C'est là que Karel Teige intervient : il s'approprie les textes et les séquences dessinées, puis intègre les photos à la fin du livre. Karel Teige fait preuve d'une grande liberté dans la disposition des illustrations. Il retire les numéros des séquences, faisant ainsi cohabiter les images de manière très libre, tout en maintenant une cohérence entre le texte et les dessins. Karel Teige joue également avec la taille et la disposition des images dans l’espace de la page, des illustrations, il explore un équilibre nouveau. Par le biais de la taille de la typographie et des dessins, il met en avant certains éléments de la personnalité et des facéties de Dachenka. Lorsqu'elles étaient publiées dans la presse, le format des dessins et des séquences convenait parfaitement à une publication en colonnes, agrémentées de séquences illustrées. Cependant, Karel Teige a dû composer avec l'espace de la page et le bloc de texte, édité au format album en grande taille. Il adopte les principes du photomontage constructiviste dans un livre destiné à un large lectorat. Pour l'édition de Dašeňka, il suit les exigences constructivistes : « Une harmonie moderne, la page du livre n'est pas réglée par l'axe, mais est créée en équilibrant les contrastes entre les lettres grandes et petites, les lettres grasses et fines, les zones imprimées et non imprimées, les contrastes de couleurs, les images grandes et petites, etc.1». Il insuffle du dynamisme à la page tout en créant une véritable lisibilité tant pour le texte que pour les images. Pour les photos, il joue sur la taille, la répétition en différents formats de certaines photos (voir la page Dachenka grandit ), ajoute quelques éléments textuels succincts et intègre parfois des dessins. L'histoire de Dachenka prend une nouvelle forme, presque comme un roman photo conceptuel, un complément esthétique essentiel pour cet ouvrage constructiviste et fonctionnaliste. Une simplicité élégante est rendue par les formes épurées. L'équilibre chromatique subtil, la typographie raffinée et les photographies intégrées créent une harmonie visuelle qui amplifie l'impact émotionnel des mots. Les illustrations réalisées par Čapek lui-même ajoutent une dimension personnelle à l'ensemble, où les images et les textes se fondent avec élégance. Karel Teige transcende les normes habituelles du design du livre pour enfants et repousse les frontières traditionnelles de la littérature en proposant une fusion exceptionnelle entre l'esthétique graphique et la virtuosité littéraire. L'ouvrage adopte un style constructiviste et fonctionnaliste, où les lignes géométriques évoquent une simplicité épurée. L'équilibre chromatique subtil, la typographie raffinée et les photographies intégrées créent une harmonie visuelle qui amplifie l'impact émotionnel des mots. Car Čapek aborde dans Dachenka le lien d'amitié entre lui et sa petite chienne, explorant ainsi une idée plus générale sur la question du rapport de confiance et d’amour entre les animaux et les humains, et ce qui définit notre humanité. En cette année 1932, cette relation prend une signification particulière à la lumière des événements historiques, créant ainsi une interaction profonde entre l'œuvre, le lecteur et le contexte. En 1933, Hitler arrive au pouvoir en Allemagne. Cette œuvre demeure un exemple inspirant de l'impact que peut avoir la conjonction de l'écriture et du graphisme dans la littérature. Un peu auparavant, en 1931, en France, était publié L’histoire de Babar le petit éléphant, écrit et illustré par Jean de Brunhoff, marquant ainsi l’avènement du livre moderne pour enfants en France. Jean de Brunhoff façonne une narration visuelle et textuelle qui exploite l’espace de la page pour accompagner la lecture et créer une tension et une surprise dans l'expérience de lecture. Dachenka est conçu pour être une œuvre artistique complète, offrant aux lecteurs une immersion artistique et littéraire authentique, dont les nouveaux codes esthétiques transcendent l’expérience de lecture. C'est un ouvrage fondateur pour la jeune génération tchécoslovaque. Dachenka, sous sa forme d'album, résulte ainsi de deux perspectives distinctes sur les arts, la société et des engagements politiques opposés. D'un côté, il y a la perspective axée sur la modernité, le constructivisme et le fonctionnalisme, menée par Karel Teige, enseignant au Bauhaus et communiste engagé, qui cherche également à éradiquer les vestiges germanophones laissés par l'Empire austro-hongrois. De l'autre, Karel Čapek adopte une approche moderne tout en honorant son passé. Tel un observateur bienveillant, il réfléchit aux conséquences de cette modernité à tout prix. Il attire régulièrement l'attention sur des questions telles que la mécanisation, la modernité et l'endoctrinement religieux (comme illustré dans la pièce "R.U.R."), ainsi que sur la montée du nazisme (comme dans "La maladie blanche"). 1-Karel Teige a typografie, article Fototypografická kniha, p. 163-164), Polana Bregantová, Lenka Bydžovská et Karel Srp, éditions Abor Vitae 2009.

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