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Maxipes Fík, écrit par Rudolf Čechura, illustré par Jiří Šalamoun, éditions Albatros, 1981.

Publié en France en deux volumes aux éditions La Joie de Lire :

1 - Médor le maxichien, traduit par Krystyna Matysova et Aurélie Rouget-Garma, 2013.

2 - Sacré Médor, traduit par Benoît Meunier, 2014.


En cette période communiste, la télévision d'État a besoin de produire du contenu conforme aux directives gouvernementales. En 1975, Jiří Šalamoun participe à la conception d'une série d'animation commandée par la télévision tchèque pour l'émission « Verčeníček » (équivalent à la même époque de « Bonne nuit les petits »). Maxipes Fík (Médor le maxichien), écrit par Rudolf Čechura (1931-2014), raconte l'histoire d'un chien qui devient tellement grand qu'il vit des scènes cocasses mêlant rire, larmes et grotesque. En bref, ce chien est doué de parole et arrête de grandir après avoir bu de la bière. Une histoire drôle, irrévérencieuse et rafraîchissante. Une aventure qui, pourtant, franchit les pièges de la censure. Le film est un succès, mais éclipse quelque peu l'œuvre gigantesque de cet artiste. Les 13 premiers épisodes sont diffusés en 1976, et le succès est tel que 13 autres suivent. (La télévision tchèque commande un épisode coquin pour les adultes qui sera diffusé le 31 décembre 1978.)


Le succès pousse à la production de produits dérivés : disques, figurines et livre. En 1979, paraît Maxipes Fík u klokanů (Médor le Maxichien chez les kangourous, éd. Albatros), un leporello pour tout-petits. En 1981, l'album Maxipes Fík, un recueil de 7 histoires, chamboule l'univers graphique du livre pour enfants. Pour chaque dessin animé, il a préparé 80 dessins, que les animateurs adaptent, transforment et colorisent, en utilisant des tons pastels souvent matiérés, avec peu d'aplats. Jiří Šalamoun part de ces dessins, sélectionne les séquences, retravaille les détails. Il se sert d'aplats de couleurs, l'ocre domine, des touches de vert, de rouge et de rose, des couleurs percutantes, et transforme l'ambiance. Il conserve les notifications des numéros d'images en haut à gauche de chaque case (Obr. = obraz veut dire image). Un rappel au dessin animé, mais aussi à sa passion pour les planches de dessins scientifiques. Il compose une histoire séquentielle, une bande dessinée, mais inspirée dans sa construction par des publications populaires (loubok). Il ose faire une bande dessinée en bravant les interdits, la bande dessinée est à ce moment là proscitr par le par le parti communiste.

Depuis le début des années 70, sur le même principe, il réalise de multiples sérigraphies, pour la plupart des compositions séquentielles. Il est à l'aise avec cette technique. L'intérêt est le rendu d'impression, bien sûr, mais surtout sa diffusion plus facile face aux règles. Ce n'est pas de la bande dessinée sous forme de livre, et ce n'est pas de "l'art", ce n'est pas de la peinture. Mais véritablement une production populaire, facile à réaliser et diffusable.

Pour cet ouvrage il recadre, découpe, extrait des éléments, personnages, mais conserve pour chaque image le cadre. Une énergie se dégage des dessins, un rythme, un mouvement. Il se sert des bulles pour des expressions et onomatopées qui commentent et rythment l'histoire. Le texte du haut est toujours encadré, le texte du bas est dans le cadre. Cette disposition crée une cadence visuelle et de lecture. En cette période de normalisation, il n'hésite pas à caricaturer les policiers, aux postures grotesques et à dévoiler l'ambiguïté des situations. Dans cette période de normalisation, les familles se replient sur elles et le muret disproportionné de la maison d’Aïa en est la parfaite représentation. Jiří Šalamoun n'est pas un dissident, mais au travers de ses dessins souligne l'ambiguïté et l'absurdité de cette époque.

" Je suis plus un commentateur qu'un illustrateur" (Jiří Šalamoun, "Possibles visions du monde", 2021, p. 287). Un commentateur subtil aussi de son époque.

Ce livre est aussi l'expression de l'attachement, de la générosité artistique que Šalamoun met dans son travail. Il illustre plus de 100 ouvrages, une grande partie étant des romans : "Le dernier des Mohicans", "Bilbo le Hobbit" (interdit très vite après parution),… il crée pour chacun un univers graphique unique au trait dynamique et au ton mordant et grotesque.

En bref sur l’auteur :

Jiří Šalamoun (1935-2022), il est un artiste, poète, enseignant, affichiste et illustrateur. Il suit des études à l'Académie des beaux-arts de Prague de 1952 à 1956, puis part à Leipzig pour suivre un cursus à l'École supérieure des arts graphiques et du livre de 1956 à 1960. Il commence sa carrière en tant que graphiste dans une revue sur le dessin pour enfants, ce qui le passionne. Au milieu des années 60, il entame une collaboration de plus de vingt ans avec la revue de cinéma Filma Doba, en tant que graphiste, aux côtés de sa femme, Eva Natus-Šalamounová (1936-2018), une artiste allemande d'envergure, illustratrice. Il s'amuse avec la typographie, utilise et dessine diverses polices et tailles de caractères pour en exploiter la puissance artistique, et insère parfois des éléments dessinés par lui-même. Dans les années 60,, la Tchécoslovaquie vit une période de relative liberté, un communisme "à visage humain", et tous les domaines de l'art sont en ébullition, notamment la "nouvelle vague" du cinéma tchèque. En travaillant pour de nombreuses éditions, dont Československý spisovatel et Mladá Fronta, il rencontre d'autres graphistes et illustrateurs talentueux, tels que Vacláv Sivko (1923-1974) et Milan Kopřiva (1929-1977 également leurs dessins.

Il illustre plus de 100 ouvrages, une grande partie étant des romans : Le dernier des Mohicans, Bilbo le Hobbit (interdit très vite après parution). Il crée pour chacun un univers graphique unique au trait dynamique et au ton mordant et grotesque.



























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